A Ouagadougou, les féministes ouest-africaines adressent des messages forts aux décideurs

vendredi 14 décembre 2018
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Elles sont vingt-huit féministes Ouest-africaines, actives, dynamiques et engagées pour le changement et pour promouvoir le pouvoir de la femme. Réunies à Ouagadougou du 27 au 30 novembre 2018, sous l’égide de l’ONG internationale « Equilibre et Population (Equipop) », elles ont à la fin de leurs travaux adressé des messages forts aux décideurs. Ces jeunes activistes réclament pour la femme, le pouvoir de disposer librement de son corps, le pouvoir du savoir, le pouvoir économique et le pouvoir politique.

En effet, au cours de l’atelier organisé par « Equipop », les acteurs et actrices du changement en Afrique de l’Ouest se sont exprimés au nom de leur pays, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal. La promotion des droits de la femme, notamment ses droits sexuels et reproductifs, sont ainsi au cœur de leur combat.

Pour arriver à cette fin commune, ils ont construit de larges alliances, se joignant à l’élan déjà porté dans l’espace Ouest-africain francophone, par des énergies nouvelles, créatives et courageuses. En effet, les violences sexistes, les mariages ou l’excision des enfants, ne sont plus des sujets tabous, secrètement entretenus dans l’intimité inhibitrice des familles. Ces sujets sont aujourd’hui traités sur la place publique, dans les réseaux sociaux, à travers de jeunes leaders qui ont pris le relais des parents dans l’éducation sexuelle de leurs enfants.

Ces rencontres initiées par « Equipop », ONG créée en 1993 par des médecins et des journalistes, deviennent de plus en plus des espaces d’expression, d’échanges et de construction d’actions communes pour faire entendre la voix des femmes au niveau régional et international. Le prochain sommet du G7 prévu en 2019, mais aussi les autres processus institutionnels en cours, sont des tribunes dont elles comptent profiter pour se faire entendre.

Lors de la 7ème réunion du Partenariat de Ouagadougou qui vient de s’achever à Dakar (12-14 décembre 2018), les jeunes et les femmes de ces mêmes pays d’Afrique de l’Ouest francophone, ont également fait entendre leurs voix, revenant sur les mêmes revendications exprimées par les féministes à Ouagadougou.

Cheikh Aidara alias Dieh Moctar Cheikh Saad Bouh

Interview de Dieynaba NDIOM, féministe mauritanienne, présidente de l’Alliance régionale des réseaux des jeunes ambassadeurs pour la planification familiale

Pouvez-vous nous faire une synthèse et nous mettre dans le contexte de la rencontre de Ouagadougou ?
Dieynabou NDiom
 : cette rencontre a permis de faire entendre la voix des jeunes féministes. Elle a réuni tous les mouvements et associations actifs de l’Afrique de l’Ouest qui travaillent dans la promotion des droits de la femme. Ce cadre a été un véritable lieu d’échanges entre pays, échanges de pratiques notamment, mais cela a été surtout un cadre de travail pour développer ensemble des projets qui pourraient être exécutés dans chaque pays. Ce fut l’occasion de travailler avec d’autres collègues qui vivent certainement d’autres réalités mais avec qui nous partageons des contextes socioculturels presque similaires. Donc, la productivité a été au cœur de l’atelier, car nous avons beaucoup travaillé pour réfléchir à des projets qui peuvent être exécutés d’une manière simultanée dans les pays, mais aussi comment faire le plaidoyer sur le plan international.

Quelles leçons avez-vous tiré de cette expérience avec les autres femmes dont vous partagez certainement le parcours ?
Dieynaba NDiom
 : le fait que les pays invités présentent presque les mêmes réalités socioculturelles propres à l’Afrique de l’Ouest, cela nous a facilité la tâche pour porter des projets ensembles, parce que nous avons des réalités qui ne diffèrent pas beaucoup. C’est une réalité que j’ai personnellement découvert au cours de cet atelier, d’autant qu’il y a des pays qui m’était presque inconnus. A travers cet atelier, j’ai su en réalité que tous nos pays vivent les mêmes réalités. Donc, il est important de porter le même plaidoyer, et pourquoi pas des projets similaires. Personnellement, j’ai été agréablement surprise de découvrir que le féminisme n’est pas nouveau en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest, que c’est un mouvement pluriséculaire, qu’il y a eu des gens qui ont toujours porté le combat de la femme. Ce qui déconstruit la théorie de ceux qui font de l’Occident, le berceau du féminisme. Cela me rend plus confortable dans mon combat.

Où placer la Mauritanienne dans ce mouvement féministe, notamment le combat pour le droit à la santé reproductive et la planification familiale ?
Dieynaba NDiom
 : on a beaucoup parlé de la santé de la reproduction (SR) et de la planification au cours de l’atelier. Nous en avons aussi parlé au cours des travaux de groupe. Je dirais que la femme mauritanienne, comme le Mauritanien en général, a encore du chemin à faire, mais on avance quand même, petit à petit. Ainsi, l’adoption de la Loi de 2017 sur la santé de la reproduction, malgré ses manquements, peut être considérée comme un progrès car elle offre un cadre juridique utile par rapport à ces questions. En tant qu’acteurs de la société civile, nous allons travailler pour que la Mauritanie respecte ses engagements, dont un environnement capable de répondre aux besoins des femmes en matière de santé de la reproduction. C’est donc une forme de militantisme que nous menons dans le domaine de la SR, avec l’espoir de faire bouger les lignes, que cela soit en termes de plaidoyer , d’offres ou de disponibilité des services et produits de contraception. Le chemin est encore long, mais nous sommes actifs pour booster la situation, avec le concours de tous les acteurs impliqués.

Pensez-vous en définitive que le contexte mauritanien se prête au mouvement féminisme tel qu’il se développe dans l’espace Ouest-africain ?
Dieynaba NDiom
 : le féminisme a bel et bien sa place en Mauritanie, parce que c’est aussi une société patriarcale. Beaucoup de personnes portent le combat sans se revendiquer féministes, car ce terme est mal compris. Il est source d’amalgame et comporte beaucoup d’ambiguïté. Quand on parle à ces gens de féminisme, ils l’associent automatiquement à des pratiques qui se passent ailleurs et qui les choquent par rapport à leurs réalités. Ils ne comprennent pas que le féminisme est toute activité qui aspire à l’égalité entre les sexes, égalité politique, économique et culturelle. Ainsi, tout celui qui œuvre à la promotion de ces droits pour la femme, est féministe, qu’il le revendique ou pas. En conclusion je dirais que dans un pays patriarcal comme la Mauritanie, être féministe, c’est presque un devoir.

Propos recueillis par Cheikh Aïdara





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