Après avoir été grâcié, Fujimori demande "pardon"...

mercredi 27 décembre 2017
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Après avoir été grâcié, Fujimori demande "pardon" aux Péruviens
Depuis son lit d’hôpital, l’ex-président péruvien Alberto Fujimori a demandé mardi "pardon" pour les actes commis par son gouvernement (1990-2000), deux jours après une grâce controversée accordée par le chef de l’Etat Pedro Pablo Kuczynski.

"Je suis conscient que les résultats sous mon gouvernement ont, en partie, été bien accueillis, mais je reconnais que j’ai également déçu une partie de mes compatriotes. Je leur demande pardon du fond du coeur", a déclaré Fujimori, 79 ans, condamné à 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité, dans une vidéo publiée sur Facebook.

L’ancien homme fort du Pérou, visiblement mal en point, est filmé sur son lit d’hôpital, légèrement relevé. Blouse blanche et mains jointes sur le ventre, il s’exprime lentement, entouré d’appareils médicaux.

Dimanche, Pedro Pablo Kuczynski lui a accordé une grâce "humanitaire", alors qu’il s’était engagé durant sa campagne électorale de 2016 à ne pas le libérer.

Cette décision a provoqué une crise politique au Pérou contre le président, qui venait jeudi d’éviter une destitution par le Parlement, après avoir reçu le soutien d’une partie du fujimorisme, mouvement politique fondé par l’ex-homme fort du Pérou, pourtant dans l’opposition.

Plus de 5.000 Péruviens ont manifesté lundi soir à Lima pour dénoncer la grâce accordée à Fujimori et exiger la démission de "PPK" (acronyme et surnom de Pedro Pablo Kuczynski), qu’ils accusent d’avoir négocié politiquement cette mesure.

Le chef de l’Etat s’en est défendu lundi, assurant vouloir ainsi réconcilier le pays et éviter que M. Fujimori meure incarcéré.

"Je suis convaincu que, si nous nous sentons démocrates, nous ne devons pas permettre qu’Alberto Fujimori meure en prison, car la justice, ce n’est pas la vengeance", a déclaré M. Kuczynski dans un message à la nation lundi soir.

"Cela a été la décision la plus difficile à prendre", a assuré le président de centre droit, âgé de 79 ans.

Président de 1990 à 2000, Alberto Fujimori, d’origine japonaise, purgeait depuis 2007 une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité pour avoir commandité l’assassinat de 25 personnes aux mains d’un escadron de la mort durant la guerre contre les guérilleros du Sentier lumineux (extrême gauche maoïste).

Il a été hospitalisé samedi pour arythmie et tension artérielle basse.

- ’Traitement de faveur’ -

"La nouvelle de la grâce humanitaire que m’a octroyée le président m’a pris par surprise dans cette unité de soins intensifs. Cela m’a causé un impact fort, avec un mélange de sentiments de grande joie et de chagrin", a déclaré mardi M. Fujimori dans sa vidéo.

AFP/Archives
© AFP/Archives

Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski et Keiko Fujimori, fille d’Alberto Fujimori, en juillet 2017 à Lima

Sa fille Keiko Fujimori, défaite de justesse face à M. Kuczynski en 2016 et à l’origine de la motion déposée pour le destituer, a salué la décision du chef de l’Etat : "Aujourd’hui, c’est un grand jour pour ma famille et pour le fujimorime. Enfin mon père est libre".

Mais l’annonce a suscité la colère d’une partie des Péruviens, encore traumatisés par les abus commis sous son gouvernement dans son combat contre les guérillas.

AFP
© AFP

Un manifestant brandit une pancarte qualifiant Fujimori d’"assassin et dictateur" pendant une manifestation contre la grâce accordée à l’ancien président, le 25 décembre à Lima

"Si vous, monsieur le président, graciez Fujimori sans suivre la procédure et sans l’avis d’une commission médicale impartiale, alors vous détournez cette procédure et vous piétinez le droit à la justice des proches", a réagi Gisela Ortiz, soeur d’une victime de l’escadron de la mort, sur Twitter.

"Cela fait 25 ans que nous n’avons pas de Noël et il y a des absences douloureuses", a-t-elle ajouté.

José Miguel Vivanco, directeur pour les Amériques de l’ONG Human Rights Watch, a lui aussi critiqué la mesure : "Au lieu de réaffirmer que, dans un Etat de droit, il n’y a de traitement de faveur pour personne, l’idée restera pour toujours que sa libération a été une vulgaire négociation politique en échange du maintien de Pedro Pablo Kuczynski au pouvoir", a-t-il écrit sur Twitter.

De nombreux analystes insistent sur le coût politique du geste de PPK, qui pourrait se retourner contre lui.

"La parole du président a perdu toute sa valeur et il ne va plus être soutenu", souligne l’expert politique Arturo Maldonado, dans le journal El Comercio. "Les circonstances d’octroi de cette grâce, à une date aussi symbolique que Noël, génère une sensation de frustration et de colère".

Auteur : courrierinternational.com





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