Comment le Japon cherche à rivaliser avec la Chine en Afrique

jeudi 29 août 2019
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RFI - Le Japon accueille à partir de ce mercredi 28 août dans le port de Yokohama son sommet triennal avec l’Afrique.

Cette grande messe de la coopération, la 7e du genre, vise ouvertement à renforcer davantage les liens économiques entre l’archipel et le continent où le grand voisin chinois est omniprésent. Des dizaines de chefs d’État africains ont été invités. Mais impossible hier d’avoir la liste exacte des présents. Le ministère japonais des Affaires étrangères a refusé de donner des noms avant l’ouverture, redoutant que certains annulent sous la pression de Pékin.

C’est dire l’intense compétition à laquelle se livrent aujourd’hui les pays qui veulent rivaliser avec la Chine pour séduire l’Afrique. La Chine étant la grande puissance omniprésente sur le continent, que ce soit en termes d’aide au développement, d’investissement, de prêt et de commerce.

Le Japon a-t-il les moyens de rattraper son grand voisin ?

Le Japon a eu une bonne intuition en créant ce forum en 1993, quand les autres se détournent de l’Afrique pour s’intéresser aux pays de l’ex-bloc soviétique. Mais cet avantage temporel a été bref car Pékin a très vite organisé son propre évènement et déployé une stratégie africaine très offensive. Depuis cette première Ticad, Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique, l’archipel nippon a distribué 47 milliards de dollars sur le continent alors que la Chine y consacre maintenant 60 milliards par an. En termes financiers impossible donc de lutter à armes égales avec Pékin. Idem en termes d’investissement direct : le Japon a investi en 2017 cinq fois moins que la Chine.

Tokyo a pourtant d’autres atouts. Et cherche à mieux faire connaître sa valeur ajoutée : d’abord des compétences reconnues en termes d’infrastructure de qualité, « de qualité » un terme récurrent dans le discours des officiels nippons soucieux de se différencier des Chinois. Leur maîtrise de la haute technologie est un autre atout incontestable des Japonais.

Les pays africains sont-ils sensibles à ces différences ?

Le Japon a été pendant longtemps un donateur peu intrusif, une qualité appréciée en Afrique. Par ailleurs, le fait qu’il veuille s’impliquer davantage coïncide avec la montée d’une certaine méfiance à l’égard des projets chinois. La Tanzanie par exemple a finalement refusé l’investissement chinois de 10 milliards de dollars proposé pour rénover le port de Bayamago. Il y a donc une conjonction favorable. Maintenant, les procédures japonaises minutieuses d’examen des projets sont très longues et cela peut rebuter les pays intéressés. Et puis si le gouvernement nippon est de plus en plus pro-africain, les entreprises nippones peinent à suivre. Elles sont d’ailleurs invitées à cette conférence, comme elles l’étaient à la précédente qui s’est tenu au Kenya.

Quelles seront les retombées concrètes de ce sommet ?

Un prêt de 400 milliards de yen, soit 3,4 milliards d’euros devrait être confirmé pour la construction d’éoliennes en Egypte et de centrales géothermiques au Kenya et à Djibouti. Le quotidien des affaires Nikkei évoque une seconde enveloppe de 300 milliards de yens pour d’autres projets d’infrastructures, « de qualité » bien sûr. Ces cadeaux ont bien sûr une contre-partie : depuis des années Tokyo recherche le soutien des pays africains pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

En bref...

►À Hong Kong, Cathay Pacific Airways cherche à empêcher la tenue d’une manifestation devant son siège, tout près de l’aéroport international de l’île.

Sous la pression du gouvernement chinois la compagnie aérienne a licencié les employés qui ont participé à des manifestations. Et c’est d’ailleurs pour protester contre ces licenciements que les syndicats appellent à défiler. Le rassemblement a été interdit par la police et donc relocalisé dans un autre quartier de Hong Kong.

►En Inde, la Banque centrale a annoncé le versement de 22 milliards d’euros au gouvernement de Narendra Modi.

Un coup de pouce bienvenu pour alimenter le plan de relance de l’économie indienne en panne depuis plusieurs trimestres. Mais c’est aussi un nouveau coup de canif porté à la Réserve fédérale de l’Inde et à son statut indépendant. Ces derniers mois plusieurs hauts dirigeants de cette institution gardienne de la monnaie ont préféré démissionné plutôt que de céder aux ingérences du Premier ministre.

Par Dominique Baillard





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