Rabat, entre le must et le rustique

mardi 28 novembre 2017
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Le Maroc est un pays formidable. Rabat, la capitale, avec ses belles avenues, ses splendides immeubles, sa belle architecture, ses foisonnantes terrasses qui ne dorment pas, ses magasins aux articles bien achalandés et ses splendides mosquées, mais aussi son réseau routier et son chemin de fer, surtout son fameux tramway, n’a rien à envier à Paris, Madrid, Londres ou Bonn. Plusieurs migrants africains s’y sont d’ailleurs installés, y trouvant finalement un pan de leur mirage occidental.

Rabat, c’est aussi un grand carrefour des arts et de la culture. Beaucoup d’artistes africains, fuyant les régimes d’oppression chez eux, y ont trouvé en même temps un refuge sûr et une source inépuisable d’inspiration. On y rencontre des artistes confirmés et des journalistes culturels de toutes les nationalités, attirés par l’environnement de créativité qui baigne le Royaume. On y rencontre également des artistes paumés qui ont raté le coche, telle cette ancienne artiste devenue clocharde, à cause d’une maladie, laisse-t-elle comprendre. Tout cela est dactylographié dans un bout de papier qu’elle dépose gentiment, sourire aux lèvres, sur la table des clients. Mais si le corps est malheureux, il se dégage d’elle un sourire malicieux et cette grâce majestueuse des habitués des grandes scènes.

Le festival « VISA FOR MUSIC » qui vient de baisser les rideaux le samedi 25 novembre 2017 après quatre jours et trois nuits de folie, dans l’étincelant Théâtre Mohamed V, a permis à cette faune venue d’ici et d’ailleurs de se fondre dans une parfaite communion d’âme, entre concerts, expositions et conférence.

Le Maroc, c’est surtout une tolérance religieuse et morale à nul autre pareil dans le monde arabe. Ici, les filles peuvent déambuler, cheveux au vent, en jean moulant, ou s’emmitoufler dans leur bourka en toute pudeur. Dans la capitale marocaine, on peut en effet croiser de fervents croyants sortant à l’aube de la mosquée de la Médina, et tomber quelques mètres plus loin, sur des scènes ludiques, tel cet ivrogne, la langue pâteuse, rouspétant contre un magasinier qui l’empêchait de cuver son vin en le chassant à coups de balai au petit matin. Un mélange de permissivité, de ferveur religieuse et de libertinage non ostentatoire. Sans gendarme de conscience.

Rabat, c’est surtout quelques vestiges du 18ème siècle, mélange d’art baroque et de scènes de vie qui vous rappellent l’Europe des Lumières, un zest d’Orient lorsque Bagdad inondait le monde de son savoir, un brin d’Andalousie avec ses soirées musicales, un coin retrouvé de l’Asie, de ses sonorités langoureuses. Les cireurs de chaussure avec leur caisse en bois ciré et leur repose pied, n’ont jamais exercé ici un métier considéré ailleurs comme mort un certain temps, puis ressuscité.

Contrairement à d’autres pays où la profession est dévolue aux enfants, ici c’est le domaine des vieux. Tous ceux qui transportent leur boîtier aux alentours de la splendide avenue Mohamed V et qui viennent dénicher les souliers jusqu’en dessous des cafés, sont d’un certain âge. Un clin d’œil à Marcello Faraggi, cet ancien journaliste devenu en 2015 cireur de chaussures parce que comme il le dit ; « J’ai toujours aimé soigner le cuir, c’est magnifique de soigner et ne pas jeter les choses »

Rabat, c’est aussi les bouquinistes dont le trésor étalé à même le sol, révèle parfois des titres qui vous rappellent, nostalgiques, quelques lectures d’ados. Un tableau qui a presque disparu des rues de Nouakchott connu dans les années 70-80 comme le refuge attitré des lecteurs assidus des BD, des SAS, des Guy des Cars, aux alentours de ce qui fut le plus grand immeuble de la capitale, Afarco, aujourd’hui réduit à un nain.

Dans les avenues bondées de Rabat, où le jour et la nuit se confondent, le restaurant « Les Voyageurs » adossé au vieux souk, offre du Hariri originel et le couscous du vendredi. Un parfum du Maroc des années 20 mélangés aux cris des danseurs de rue et les onomatopée joyeux et tonitruants des vendeurs à la criée.

Si Rabat offre de la joie et du bonheur, il a aussi sa mauvaise conscience, toutes ces femmes, bébés sur les genoux, ses vieux au dos cassé, qui vous tendent la main, pour y recevoir parfois, à défaut de pauvres piécettes en dirham, le mépris de ceux qui savent beaucoup dépenser et peu offrir.

Cheikh Aidara





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