Clinique mobile Santé Reproductive et Violences Basées sur le Genre, un besoin fort exprimé par les femmes rurales du Trarza

mardi 6 avril 2021
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Pendant douze jours, du 15 au 26 mars 2021, une clinique mobile constituée de deux assistantes sociales, une sage-femme et une infirmière, a sillonné plus d’une dizaine de localités du Trarza. L’objectif, fournir des services de santé sexuelle reproductive et violences basées sur le genre à des femmes en état de grossesse ou en âge de procréer vivant dans des villages peu accessibles aux structures de santé et sinistrés par les inondations de 2020.

«  Partout où nous sommes passées, il y avait une foule de femmes pressées de recevoir conseils, services en santé sexuelle et reproductive (SSR) et violences basées sur le genre (VBG) ». C’est en ces termes que Fary Souleymane Bâ, infirmière à la Direction de l’Action Sanitaire (DRAS) de Rosso, capitale de la Wilaya du Trarza, a témoigné.

Membre de la clinique mobile qui a sillonné du 15 au 26 mars 2021 plusieurs localités du Trarza, elle estime que cette initiative a été hautement appréciée par les femmes qui, pour des raisons d’enclavement ou de moyens financiers, n’ont pas accès aux services sociaux de base, notamment des services SSR et VBG. « Nous sommes allées à NDiago, Birett, Zira, Keur Macène, Breun, Dieuk, Rosso, Moïssa, Medina Fanaye, Amara, Oum Ghoura, Gagni, Thiambène, Chigara et Garak. L’affluence était partout importante et il y avait beaucoup de cas d’infection, d’anémie et de mariages d’enfants » a-t-elle affirmé.

L’accès aux soins SSR et VBG, une urgence au Trarza

Sur la même lancée, Labouda Fofana, sage-femme à la DRAS de Rosso, a apporté plus de précision. Selon elle, «  les objectifs de la clinique mobile ont été largement atteints, mais les besoins sont encore toujours plus forts ». Elle recommande d’organiser si possible une clinique mobile tous les trois mois. Selon elle, les attentes des femmes dans ces zones enclavées de la région du Trarza, sinistrées par les inondations de 2020 et ayant peu d’accès aux structures de santé, sont très récurrentes.

Labouda Fofana a regretté le stock insuffisant de médicaments dont la clinique mobile était dotée, ce qui fait que beaucoup de femmes, selon elle, n’ont pas eu accès à ce service, notamment les femmes en état de grossesse. « Beaucoup de femmes nous ont aussi demandé des moustiquaires imprégnées, mais on n’en avait pas » a-t-elle ajouté. « Nous avons procédé à 5 retraits d’implants pour des femmes qui, pour des raisons d’éloignement, ne pouvaient pas venir jusqu’à Rosso » a-t-elle affirmé.

Ainsi, la clinique mobile SSR et VBG du Trarza a enregistré 245 cas d’infections sexuellement transmissibles (IST), 19 cas d’anémie, 5 hypertendues artérielles et deux cas de VBG (viols) dont les survivantes ont bénéficié d’une prise en charge médicale et psychosociale. Elle a aussi offert 142 consultations prénatales et 27 consultations post-natales. La clinique a distribué 173 condoms masculins, 170 pullules et 31 injections contraceptives,

C’est surtout le nombre élevé de mariages d’enfants (entre 12 et 14 ans) qui fait monter le curseur VBG dans ces localités éloignées et enclavées, selon le personnel de la clinique mobile.

Médina Fanaye, l’impression d’abandon

Bien que centenaire, le village Médina Fanaye Mauritanie ne peut être retrouvé qu’en demandant le chemin de son pendant plus célèbre, de l’autre côté de la rive. Pour dire l’enclavement jusqu’à la non identification sur carte de cette localité située à une trentaine de kilomètres de la route Rosso-Boghé, aux bordures du Fleuve Sénégal. Là, vit une population d’agriculteurs dont la production en riz et en céréales est constamment vandalisée par les troupeaux de phacochères qui leur disputent le terroir.

Le village Médina Fanaye fait partie des douze localités du Trarza à avoir bénéficié de la clinique mobile organisée par le Ministère de la Santé et le Ministère des Affaires sociales, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

« Nous nous sentons abandonnés par notre Etat  » déplore, les larmes presque aux yeux, Houlèye Camara, une sexagénaire, femme du chef du village.

Accoucheuse traditionnelle formée par la DRAS de Rosso, elle partage avec son autre congénère, Marième NDiong, formée elle-aussi par la DRAS, la lourde et difficile tâche d’assister les femmes de Médina Fanaye et des villages environnants (six au total). Elle déclare qu’elle recevait auparavant des formations et des renforcements de capacités de la part de la DRAS de Rosso, mais depuis près de dix ans, tout s’est arrêté. « Aucune équipe médicale ni aucune autorité tout court, n’a plus visité ce village » a-t-elle martelé.

Selon Houlèye Camara, les femmes souffrent surtout d’anémie, et il n’y a aucun médicament disponible dans le village, ni de matériel ou d’équipement pour les accouchements ou pour assister les femmes en état de grossesse. « Le centre de santé le plus proche est à Tékane, 10 kilomètres plus à l’Est. Pendant la saison des pluies, tous les accès sont bloqués aussi bien vers Tékane que vers Médina Fanaye Sénégal  » explique-t-elle.

Selon elle, en cas de complication, il ne reste aux familles que l’invocation de la miséricorde divine. « Une femme qui habite dans l’un des villages environnants ne m’a jamais sollicitée pour les accouchements de sa fille.
Aussi, lorsqu’elle m’a appelé un soir, j’ai aussitôt compris qu’il s’agissait d’un accouchement difficile. Effectivement, c’était le cas. J’ai dit à son mari, qu’il fallait évacuer la jeune fille de toute urgence à Tékane. Il faisait nuit et les inondations partout. Elle a succombé avant même d’arriver au centre de santé
 » témoigne-t-elle. Comme moyen de transport, dit-elle, les villages dans ces contrées ne disposent que de charrettes.

Houlèye Camara déplore surtout l’état de délabrement de la Case de Santé construite en 2002 par le Corps de la Paix des Etats-Unis. Le bâtiment constitué de deux salles, une salle de consultation et une salle d’accouchement, n’est plus que ruine. A l’intérieur, une toiture affaissée, une table d’accouchement brisée et en rouille.

Houlèye Camara dit avoir apprécié, comme toutes les femmes du village, le passage de la clinique mobile. « Les femmes ont bénéficié de distribution de médicaments et de kits  » a-t-elle déclaré. Une femme, Hawa MBodj, qui souffrait toujours d’anémie, a pu ainsi bénéficier d’une évacuation par le biais de la clinique à Rosso, selon elle.

Aminata Dieng, une jeune fille de 27 ans, mariée en 2009 et mère de quatre enfants, témoigne : «  J’ai bien apprécié le passage de la clinique mobile. D’ailleurs, c’est à mes yeux l’évènement phare de ce début d’année. Toutes les femmes du village et des villages avoisinants ont afflué pour profiter des soins qui étaient dispensés. Moi, j’ai eu un sac contenant un voile, deux slips, une brosse à dent, une pâte dentifrice, plus du savon. Les femmes enceintes ont eu un autre type de sac, on nous a dit qu’il contient du matériel d’accouchement. Vous ne savez pas quand est-ce que la clinique va revenir ? Nous en avons toujours besoin, nous qui vivons très éloignés de Tékane, notamment pendant l’hivernage  ».

Amara, le courte halte de la clinique

Située au bord de la Nationale, à mi-chemin entre Rosso et Boghé, le village Amara, semble moins enclavé que les autres, bien que ses habitant souffrent pendant l’hivernage et ses inondations.

Valla Mint Issa Ould Ahmed Kory est une jeune bénévole au poste de santé du village Amara. Elle a participé aux activités de la clinique mobile pendant son bref passage. Selon elle, la clinique a effectué plusieurs consultations pré et post-natales, offerts quelques services radios. Elle a déploré cependant la courte durée du passage, 3 heures de temps, y compris celui accordé à la sensibilisation. Résultat, « beaucoup de femmes n’étaient pas au courant du passage de la clinique mobile et n’ont pas pu bénéficier de ses services  » déplore-t-elle.

Cheikh Aïdara





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