Des produits de santé au dernier kilomètre, un défi pour les pays du Sahel (la Mauritanie en exemple)

samedi 22 décembre 2018
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Une session particulière tenue le 11 décembre 2018, un jour avant la 7ème Réunion Annuelle du Partenariat de Ouagadougou (P.O), à Dakar au Sénégal, avait réuni les techniciens de santé des 9 pays membres ainsi que les partenaires techniques. Cette session avait porté sur les Chaînes de valeur d’Approvisionnement des Produits de Santé (CAPS). Les pays membres du Partenariat, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Togo, ont fait le point sur la disponibilité des produits de santé, en particulier les contraceptifs, au dernier kilomètre dans leur pays respectif.

Le panel a été animé par Alexandra F. de la Fondation Gates, Norbert Coulibaly de l’UNFPA, Fatimata Sy, Directrice de l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou et Brian Matema de « Reproductive Health ». Au centre des discussions au cours de cette session, l’importance d’une bonne gestion des CAPS.

L’œil des partenaires

Pour Brian Matema, l’optimisation des chaînes d’approvisionnement passe par la bonne gestion des CAPS, du fournisseur jusqu’au dernier consommateur au dernier kilomètre, ajoutée à une bonne gestion des stocks pour prévenir toute rupture, et l’existence d’une bonne logistique de transport.

Norbert Coulibaly soutiendra pour sa part que les pays à faible revenu font face à beaucoup de besoins, mais aussi à de sérieux problèmes de santé publique ainsi que des difficultés de mise en œuvre de leur politique de santé qui est souvent tributaire de financements extérieurs. A cela s’ajoutent selon lui, des industries pharmaceutiques embryonnaires et de forts taux d’importations. Il a toutefois relevé des efforts consentis depuis quelques années par les pays du Partenariat de Ouagadougou dans la mise en place de centrales d’achats de plus en plus performantes, ainsi que l’existence dans ces pays de laboratoires de contrôle de la qualité, même s’ils ont encore besoin de renforcement. Les défis restent d’après lui liés à la disponibilité des médicaments au dernier kilomètre dans ces différents pays. Les populations continuent, dira-t-il, à parcourir 30 à 40 kilomètres pour se procurer des médicaments, mettant en exergue les difficultés rencontrées par les pays du P.O pour honorer les engagements de Bamako sur « la santé pour tous ».

Fatimata Sy quant à elle, a rappelé un slogan bien connu au sein du Partenariat de Ouagadougou, « pas de produits, pas de programme ». Elle a souligné que les besoins non satisfaits en produits de contraception restent très élevé dans la région, malgré les efforts déployés dans ce cadre pour offrir la possibilité pour les jeunes filles en particulier de bénéficier des produits jusqu’au dernier kilomètre, conformément au principe de l’accessibilité du produit géographiquement et financièrement. Selon elle, la bonne gestion des CAPS est un pilier de l’Initiative FP 2020, conformément aux engagements pris par les Etats membres du Partenariat devant la communauté internationale. Cette question reste, dira-t-elle, au cœur du mandat de l’UCPO qui n’a épargné aucun effort pour mettre en synergie les interventions et les opportunités, les expériences et les ressources, pour réduire les risques de rupture de stock et rendre disponible les produits partout et à tout instant.

Pour Alexandra, l’importance particulière liée à la bonne gestion des CAPS et de la ressource humaine, ainsi que la disponibilité de données fiables, sont au cœur de tous les programmes de planning familial soutenus par la Fondation Gates. S’y ajoutent, selon elle, l’importance attachée aux outils de gestions et aux modèles mis en œuvre.

Les experts s’accordent à jauger une bonne gestion des CAPS, par les « Six Bons », bon produit, bonne conservation, bonne qualité, livré au bon moment, en bonne quantité et dans la bonne formation sanitaire.

Ainsi, l’USAID, l’un des plus importants bailleurs (plus de 1milliard de dollars U.S),
s’est doté d’un mécanisme d’appui performant aux communautés, en bon partenaire disponible à apporter son aide dans la bonne gestion des CAPS, comme elle l’a déjà prouvé dans plusieurs pays dont la Mauritanie. Les défis et les opportunités dans ce domaine restent ainsi liés aux ressources financières, d’où la bonne note attribuée au Burkina Faso qui a considérablement augmenté sa contribution nationale dans le financement de sa Chaîne d’approvisionnement en produits de santé, avec un budget de 3 milliards de francs Cfa. D’où les performances enregistrées en matière d’indicateurs de santé, notamment en santé reproductive et en planning familial.

Absence de coordination régionale, un sérieux handicap

L’autre maillon faible dans les CAPS au niveau des pays du Partenariat selon les experts, est l’absence de coordination au niveau régional et l’irrégularité des rapports de suivi. Ainsi, l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS) a permis ces deux dernières années des échanges de produits entre pays.

Des opportunités existent pourtant au niveau des pays du P.O d’après les experts, qui citent l’existence de réels progrès ces dernières années en matière de santé et de l’existence d’une masse critique d’expertise. Tous les pays en sont aujourd’hui à la 2ème génération des Plans nationaux budgétisés sur la PF, avec l’existence d’instances de suivi de mise en œuvre, d’un comité de sécurisation des produits performants, même si des goulots d’étranglement persistent dans les CAPS.

Il s’agira aujourd’hui pour les pays du PO de développer un plaidoyer fort pour l’indépendance financière dans la gestion des CAPS et pour s’affranchir de l’aide extérieure, d’où l’appel lancé aux parlementaires pour voter des budgets conséquents en faveur de la santé.

Par la suite, les représentants des pays membres du P.O sont passés l’un après l’autre, pour faire le point sur la situation des CAPS au niveau de leur pays respectif. Il s’est dégagé de l’ensemble, la similitude des situations et des résultats atteints.

Une CAPS à l’état embryonnaire en Mauritanie

Dr.Sidi Mohamed Abdel Aziz, Coordinateur du Programme National de la Santé de la Reproduction (PNSR) en Mauritanie a fait le point sur la situation de la Chaîne d’Approvisionnement des Produits de Santé (CAPS) dans son pays. Il en a déduit un système encore embryonnaire, mettant en exergue les défis énormes pour sa mise en œuvre, citant le caractère vaste du territoire et la dispersion d’une population à faible densité sur cet immense espace. Bien que la Mauritanie offre la gratuité des produits contraceptifs (avec ses avantages et ses inconvénients), les agents de santé communautaire restent selon lui peu motivés.

L’évaluation de la CAPS s’exerce ainsi, selon Dr.Sidi Mohamed Abdel Aziz, dans un contexte marqué par l’introduction du « Sayana Press », l’existence d’une Centrale d’Achat en Médicament (CAMEC) et un appui constant de l’UNFPA. Parmi les défis qui se posent à la mise en place d’une CAPS performante, Dr.Sidi Mohamed Abdel Aziz cite la faible capacité de la CAMEC et les insuffisances au niveau de la logistique et des ressources humaines tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Il existe cependant selon lui quelques opportunités, comme le rôle de leadership que joue la CAMEC et la réussite du Projet EMEL dans la distribution des produits alimentaires sur l’ensemble du territoire et qui fournit le modèle choisi pour mettre en œuvre une bonne gestion du CAPS dans le domaine des produits de santé, jusqu’au dernier kilomètre.

Cheikh Aïdara





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