Galères hospitalières

vendredi 10 février 2017
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La ville de Nouakchott compte trois centres hospitaliers nationaux : le CHN qui date de la fin des années soixante, l’hôpital Cheikh Zayed et l’hôpital de l’Amitié.

Ces trois structures devraient, normalement, décongestionner les hôpitaux régionaux qui leur renvoient les malades dont la situation requiert évacuation, une autre histoire, très compliquée, où patients et familles se retrouvent, ordinairement, les dindons d’une farce organisée au vu et au su de tous.

Le carburant de l’ambulance, ainsi que les frais de l’infirmier et du chauffeur, sont pris en charge, tout le monde le sait, par les tuteurs du malade. Et ces frais varient, bien sûr, d’un hôpital régional à l’autre. A titre d’exemple, les parents d’un malade évacué de Néma, d’Aïoun ou de Kiffa doivent déposer, au départ, sur le capot de l’ambulance, respectivement cent mille, quatre-vingt mille et soixante mille de frais de carburant, sinon le chauffeur ne prendra même pas la peine de « tourner sa clé dans la voiture ».

Cette histoire d’indigence est tellement galvaudée que c’est à peine si tu en entends quelqu’un parler. Souvent tristes, les anecdotes, autour de ces prises en charge des ambulances par les citoyens, abondent.

Sans que les autorités nationales ne s’inquiètent de ce que font les Directions Régionales des Affaires Sociales et Sanitaires (les fameuses DRASS) des fonds régionaux qui leur sont, chaque année, affectés ; des recettes que génèrent les médicaments de leurs pharmacies internes ; et des prestations que leur staff médical fait payer, souvent très cher, aux malades et à leurs pauvres familles désemparées.

Ainsi, pour une opération de neurochirurgie HP (hors programme), par exemple, l’administration de l’hôpital militaire réclame deux cent cinquante-sept mille ouguiyas, assorties des coûts des médicaments que requiert la convalescence du malade.

La programmation : Un chemin de croix

Obtenir une intervention chirurgicale, dans une des structures hospitalières nationales, exige de se lever dès potron-minet. Surtout quand les chirurgiens et leurs collaborateurs, anesthésistes et autres, estiment que cette opération n’est pas une urgence.

Il faut alors attendre que ton malade soit programmé. A l’hôpital militaire, les interventions en neurochirurgie (généralement une ou deux) ne se font que de jeudi à jeudi. Il faut donc être patient. Ou particulièrement « entreprenant », pour investir les réseaux, occultes, des services hospitaliers et se faire servir rapidement, moyennant un « petit » quelque chose qui approche, souvent, les frais d’une opération HP ou d’une clinique privée.

Oui, dans les centres hospitaliers, la programmation est vraiment un chemin de croix. Passer des semaines et des semaines à attendre, sans savoir si et quand votre tour viendra chez le chirurgien. Comme me le disait, très remonté, un accompagnateur : « Ce que nous dépensons chaque jour, à attendre ici, en transports, médicaments souvent inutiles, repas, thés et boissons, aurait certainement permis de nous faire soigner dans une clinique où se retrouvent, régulièrement, les chirurgiens qui désertent les hôpitaux publics.

C’est comme partout dans l’administration : Ou tu connais quelqu’un qui puisse intervenir pour toi, ou tu peux et acceptes de corrompre certains responsables du centre hospitalier qui trouveront, alors, le créneau de programmation « adapté » à ton « petit quelque chose ».
Pharmacie ambulante

Habituellement, même après une opération bénigne, le malade doit consacrer quelques jours de sa convalescence, à des traitements de proximité. De l’arrivée au départ de l’hôpital, il est bombardé d’ordonnances. Et, à sa sortie, il reste, généralement, un gros reliquat de médicaments inutilisés.

Dans l’euphorie de la « libération », malade et accompagnateurs offrent cet excédent aux infirmiers, en guise d’on ne sait quelle reconnaissance. Voilà comment ces agents arrivent à subtiliser, en sus de plus suspectes manœuvres, des stocks de leur service, avant de les écouler auprès de leurs collègues de tous grades. De vraies ambulances ambulantes qui vendent, aux malades et à leurs parents, les médicaments prescrits par les médecins.

Les produits sont rassemblés d’ici à là : un flacon sort de cette blouse. Un autre d’une autre, un peu plus loin, d’une autre salle. Puis quelque chose, là-bas. Puis encore quelque chose, avec un autre, en déboursant un peu moins, pour obtenir des produits un peu moins chers que dans les pharmacies environnantes, de partout, les centres hospitaliers. Le petit commerce informel, tieb-tieb partout, obsédant, pour ne pas dire obsessionnel.

Même mode opératoire

Les mêmes pratiques se retrouvent dans tous les hôpitaux. Les malades et leurs parents y subissent toutes sortes de tracasseries. Dans ces structures, aucun recours n’est possible, puisque, de toutes façons, ni la direction ni les employés ne se sentent responsables, ni de près ni de loin, de la souffrance de quiconque.

A Nouakchott comme à l’intérieur du pays. Majoration excessive du prix des ambulances, vente illégale des produits et médicaments, détournement organisé des ressources matérielles et financières des structures, silence radio des organes de contrôle chargés de veiller, d’une part, au bon fonctionnement et, d’autre part, au bon usage des patrimoines.

Théoriquement, tous les hôpitaux sont pourvus du personnel nécessaire, quasiment complet, notamment en spécialistes (chirurgien, dentiste, ophtalmologue, gynécologue, anesthésiste, radiologue, etc.) et du staff paramédical indispensable (infirmiers diplômés d’Etat, de sages-femmes, infirmiers médico-sociaux, plantons, garçons de salle et autres agents de sécurité).

Mais, dans les faits, beaucoup de ces centres manquent de l’essentiel. Les équipements, chèrement acquis par l’argent public, sont détournés au profit de particuliers et des spécialistes concentrés, pour la plupart, à Nouakchott et à Nouadhibou, à côté des cliniques privées où leurs prestations leurs rapportent de substantielles rentrées supplémentaires.

Satisfecit officiel

Malgré cette grave situation, les autorités nationales se déclarent satisfaites des « avancées remarquables qu’a connues le secteur de la santé ». Chaque fois que l’occasion se présente, le ministre de la santé du moment rappelle la « grande révolution » de son domaine, en termes d’infrastructures (constructions de nouveaux hôpitaux et centres spécialisés) et d’équipements (achat de matériels de pointe), allant même jusqu’à affirmer que les prestations sanitaires, en Mauritanie, ne sont plus comparables à celles des pays de la sous-région.

Mais les Mauritaniens qui en ont les moyens continuent à remplir les travées des hôpitaux et cliniques des pays avoisinants, comme le Sénégal, le Maroc ou la Tunisie. Ceux qui n’ont pas ce choix se résignent à suivre le chemin de croix des centres hospitaliers nationaux, en espérant que les rêves et élucubrations des officiels, complètement déconnectés du réel, deviennent, un jour, des réalités soulageant, vraiment, les souffrances physiques (des malades) et psychologiques (des parents).

El Kory Sneïba

Le Calame


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