Le Représentant Résident de l’UNFPA interrogé par Horizon : « L’UNFPA reste mobilisé dans la continuité de ses efforts d’appui et son soutien aux autorités dans le contexte de la COVID-19, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive et de lutte contre les violences basées sur le genre »

mardi 2 juin 2020
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Dans cette entrevue accordée à Horizon, organe public d’information, le Représentant Résident du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré livre la contribution que son institution et le Système des Nations Unies en Mauritanie apportent à la Mauritanie dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19. Il répond aussi à d’autres questions connexes.

1/ La maladie liée Coronavirus/COVID-19 a fait déjà des milliers de morts à travers le monde et elle continue ses ravages. Quelle appréciation faites-vous, aujourd’hui, des efforts consentis par la Mauritanie en matière de lutte contre cette pandémie ?

Saidou Kaboré  : le bureau pays du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) félicite le Gouvernement de la République Islamique de Mauritanie pour les mesures courageuses prises afin de faire face à la pandémie de la COVID-19, entre autres, la mise en application des recommandations et orientations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour limiter la chaine de transmission du virus. Les mesures d’anticipation du Gouvernement ont ainsi permis d’atténuer la propagation du virus à l’échelle communautaire grâce à la mobilisation de tous les acteurs. A cet effet nous avons pris le soin de le souligner dans un communiqué partagé avec la presse en Avril.

2/Pouvez-vous nous parler de la nature de l’appui que vous avez apporté à la Mauritanie en matière de lutte contre la maladie ?

Saidou Kaboré  : dans le cadre de l’appui du Système des Nations Unies sous le leadership du Coordonnateur Résident, à la réponse nationale contre la COVID-19, l’UNFPA a apporté tôt sa contribution à la lutte. Nous avons entre autres, soutenu le Gouvernement, les leaders religieux, les organisations de la société civile et les personnes vulnérables et à haut risque, par la mise à disposition d’un lot de matériels et de produits destinés à la prévention et à la sensibilisation. Cela au profit de la Coalition de la Société Civile/GFF (204 associations membres), la Fédération Nationale des personnes vivant avec un handicap (53 associations membres), l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille/IPPF, l’ONG SOS Esclaves, l’Association des Sages-femmes de Mauritanie, le Forum de la Pensée Islamique pour le Dialogue des Cultures et les personnes bloquées au niveau des points d’entrée frontalier. Cette contribution a permis de sensibiliser les leaders communautaires et les familles les plus vulnérables à Nouakchott et à l’intérieur du Pays.
Cet appui va se poursuivre avec le renforcement du plateau technique au niveau de certaines structures de santé et la fourniture de produits vitaux afin que les femmes puissent, malgré la pandémie, bénéficier de services en santé reproductive de qualité pendant la grossesse et l’accouchement et avoir accès aux services d’espacement de naissances dont elles ont besoin.Nous allons appuyer le renforcement des capacités du Ministère de la Santé à travailler dans le cadre de la coordination des interventions, à tous les niveaux de la pyramide sanitaire à travers des équipements de visioconférencesgrâce à un appui conjoint UNFPA et UNDP.

3/On assiste depuis quelque temps à un assouplissement des mesures de confinements dans plusieurs pays africains dont la Mauritanie. Qu’en pensez-vous ?

Saidou Kaboré : l’UNFPA salue l’engagement des plus hautes autorités nationales et l’élan de solidarité suscité et renouvelle sa disponibilité à accompagner le Gouvernement dans le renforcement de la réponse nationale. Les décideurs au plus haut niveau de l’Etat sont entourés d’experts qui leurs fournissent les éléments nécessaires pour apprécier l’évolution de la pandémie afin de prendre les décisions appropriées. Je ne doute en aucun moment que toutes les décisions prises vont dans le sens de préserver la santé et la sécurité des populations afin d’améliorer leur condition de vie et assurer la bonne marche de l’économie nationale.

4/ Il n’ya à ce jour, aucun remède pour éradiquer cette pandémie. Quelles sont vos prévisions les plus optimistes pour la mise au point d’un vaccin ?

Saidou Kaboré : selon l’OMS, des protocoles de recherche qui sont utilisés dans plus de 40 pays ont été élaborés, de manière coordonnée pour mieux comprendre comment évolue le virus et le combattre en conséquence. Des scientifiques, bailleurs de fonds et fabricants de l’industrie pharmaceutique du monde entier ont signé une déclaration dans laquelle ils s’engagent à travailler avec l’OMS pour accélérer la mise au point d’un vaccin contre la Covid-19.

5/ L’UNFPA est-il favorable au recyclage de médicaments, de produits issus de la pharmacopée traditionnelle en Afrique dans le cadre de la recherche de traitements potentiels de la COVID-19 ?

Saidou Kaboré  : à mon avis, aucune piste de recherche ne doit être écartée. La pharmacopée traditionnelle africaine, combinée à la recherche scientifique comporte un très grand potentiel. Cependant, comme édicté par les directives de l’OMS, tout médicament doit faire l’objet d’essais cliniques afin de vérifier son efficacité et sa sécurité sur les populations. La Mauritanie vient de renforcer son dispositif par la création d’un conseil scientifique en appui au suivi des normes de l’OMS dans ce domaine.


6/ En attentant la mise en place de remèdes efficaces de lutte contre cette maladie, quelles mesures essentielles préconisez-vous pour y faire face ?

Saidou Kaboré  : je préconise le respect des mesures recommandées par l’OMS. L’application des mesures barrières, la distanciation physique et sociale pour se protéger et protéger les autres.La répétition étant pédagogique, permettez-moi de rappeler qu’il est nécessaire de se laver les mains régulièrement avec de l’eau et du savon,de tousser ou d’éternuer dansle creux de son coude ou dans un mouchoir, de rester toujours à plus d’un mètre les uns des autres,de porter un masque quand cette distance ne peut pas être respectée, d’utiliser un mouchoir à usage unique et le jeter dans une poubelle fermée, de se saluer sans serrer la main, et d’éviter tout déplacement inutile. Nous devons tous faire de cette lutte, un combat commun contre un seul ennemi, où tout le monde doit se sentir concerné, avec un engagement mutuel et une confiance au système mis en place, en évitant de véhiculer de fausses informations afin de ne pas semer la panique.

7/La lutte contre le coronavirus ne risque-t-elle pas de mettre en sourdine celle des autres maladies non moins graves en Afrique tels que le VIH-SDA, la tuberculose, le paludisme qui font des milliers voire des millions de victimes sur le continent ?

Saidou Kaboré  : outre les maladies que vous avez citées, il y a de multiples préoccupations,notamment les besoins non satisfaits en santé de la reproduction et la lutte contre les violences basées sur le genre dont les femmes et les filles paient le plus lourd tribut. Cela va peser négativement sur la qualité de vie des populations en général et plus particulièrement sur celles des plus vulnérables.
En dépit des efforts gouvernementaux dans le domaine du développement, le taux de mortalité maternelle reste très élevé. Selon le recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) réalisé en 2013, le ratio de mortalité maternelle s’élève à 582 pour 100.000 naissances vivantes, soit 13 femmes qui meurent par semaine en donnant la vie, l’un des plus élevés de la région africaine.Le taux de mortalité néonatale est de 29 pour 1000 naissances vivantes d’après les résultats de MICS 2015. Ceci s’explique en partie par une faible couverture en accouchements assistés, qui est de 69%, avec une faible proportion de structures de santé offrant des soins obstétricaux et néonatals d’Urgences complets ainsi qu’une prévalence contraceptive estimée à 17%. Cette situation déjà défavorable est exacerbée par l’apparition, contre toute attente, du COVID-19. C’est en cela que l’accompagnement de l’UNFPA au Gouvernement afin d’assurer un continuum des soins de santé reproductive est important.
L’UNFPA va également appuyer les initiatives communes pour la réalisation d’études sur l’impact socioéconomique de la pandémie en Afrique de l’ouest et du centre y compris la Mauritanie pour mieux soutenir et éclairer les décideurs dans la riposte et l’après COVID 19. L’UNFPA appuiera également toute initiative du gouvernement en vue de mesurer les effets de cette pandémie sur les violences faites aux femmes et aux filles afin d’adresser efficacement ce phénomène complexe.

8/Pouvez-vous nous parler maintenant des points saillants de la coopération entre la Mauritanie et votre institution et qu’en pensez-vous ?

Saidou Kaboré : en Mauritanie, l’UNFPA assure le leadership pour les questions de santé sexuelle et reproductive, les questions de population et l’autonomisation des femmes.
Présente en Mauritanie depuis 1979, l’UNFPA apporte un appui au pays pour faire de sorte que chaque grossesse soit désirée, chaque accouchement soit sans danger et pour que toutes les filles et toutes les femmes soient traitées avec dignité afin de leur permettre de jouer pleinement leur rôle au même titre que les hommes.
L’UNFPA par son leadership mondial en matière de données démographiques a appuyé le gouvernement dans la réalisation de grandes opérations de collecte de données (4 quatre recensements et plusieurs enquêtes démographiques). Les fondements des chantiers du gouvernement, tels que décrits dans la SCAPP sur les approches pour tirer profit du dividende démographique, s’inscrivent dans cette volonté d’assurer le leadership du gouvernement dans toutes les initiatives de développement fondées sur les évidences.

9/Beaucoup d’acteurs de la société civile ont constaté une baisse du partenariat entre eux et votre institution. Qu’en pensez-vous ?

Saidou Kaboré : l’UNFPA s’appuie toujours sur les organisations de la société civile pour mettre en œuvre ses programmes sous le leadership du Gouvernement. Cependant nous avons davantage des activités plus ciblées et inscrites dès le début de l’année dans le plan de travail annuel. Nous travaillons de manière générale avec des réseaux d’associations sur la base des objectifs et des résultats clairs, et restons ouverts à tout type de partenariat dans le cadre de notre mandat.

10/ Comment jugez-vous les rapports de l’UNFPA avec les médias mauritaniens, notamment les réseaux et associations des journalistes ? Comment comptez-vous développer davantage votre partenariat avec eux ?

Saidou Kaboré  : je reste convaincu que les médias sont aujourd’hui une plateforme incontournable pour apporter les changements sociaux en faveur du mandat de l’UNFPA et surtout pour la mise en œuvre des engagements de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) dont le Sommet a été tenu en novembre dernier à Nairobi. D’ailleurs la première activité qui a été faite après ce Sommet a été d’échanger avec les journalistes mauritaniens sur la CIPD, le Dividende Démographique et les Objectifs de Développement Durable. A l’issue de cette rencontre les journalistes ont créé un réseau multimédia pour le plaidoyer sur les questions de populations avec des engagements. D’ailleurs, il est prévu dans le plan annuel de travail de cette année avec le ministère en charge de la communication, l’élaboration d’un plan d’action avec ce Réseau sur les 3 trois zéros (Zéro décès maternel évitable, zéro besoin non satisfait en planification familiale et zéro violence basée sur le genre) et sur le Dividende Démographique.

11/ Quel message avez-vous à l’endroit de la population ?

Saidou Kaboré : l’UNFPA reste mobilisé dans la continuité de ses efforts d’appui déjà entamés et poursuivra son soutien aux autorités dans leur volonté de garantir, dans le contexte de la COVID-19, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive et de lutte contre les violences basées sur le genre. Par ailleurs, chaque année au mois de mai, tous les pays du monde célèbrent la lutte contre la fistule obstétricale. J’ai une pensée particulière pour les femmes victimes de fistules au moment où nous célébrons la journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale dont le thème porte,cette année, sur la nécessité de mettre "fin à la Fistule maintenant afin de contribuer la fin aux inégalités entre les sexes et aux inégalités en matière de santé".
La situation actuelle de COVID-19, va affecter l’accès des femmes aux services de santé maternelle, dont l’accouchement et je lance un appel solennel pour la mobilisation de tous les partenaires pour maintenir le continuum de soins, afin de réduire les décès de femmes liées à l’accouchement et à la grossesse.
En Mauritanie, l’OMS estime les nouveaux cas entre 150 et 300 chaque année.Les femmes victimes de fistule obstétricale souffrent d’incontinence permanente d’urines et ou de selles, engendrant la honte, la stigmatisation sociale et d’autres problèmes de santé constants. Ce sont généralement des femmes jeunes, pauvres, souvent analphabètes, mariées précocement (avant 18ans) et vivant en milieu rural.
La fistule obstétricale peut être évitée pourvu que la première grossesse ne survienne pas avant 18 ans,en arrêtant les pratiques traditionnelles néfastes tel que le mariage d’enfant, en assurant l’accès rapide aux soins obstétricaux de qualité et l’autonomisation des femmes et des filles. J’ai également une pensée pour tout le personnel de santé en particulier les sages-femmes qui se battent tous les jours avec tous les autres acteurs afin de sauver des vies. Je voudrais à l’endroit des sages-femmes, leur exprimer mes vives félicitations. L’année 2020 leur est dédiée. Ces héros méconnus en première ligne de la crise de la Covid-19 pour sauver des femmes et des bébés.

Horizon n°7791 du lundi 1er juin 2020





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