Violences Basées sur le Genre (VBG), outiller les assistantes sociales pour mieux prendre en charge les survivantes

lundi 22 février 2021
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Du 15 au 17 février 2021, six assistantes sociales venues du Trarza et du Guidimagha ainsi que des participants venus d’autres horizons, ont suivi une formation sur la prise en charge psychosociale des survivantes des violences basées sur le genre (VBG). Cet atelier de trois jours a été organisé par le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

De l’accueil au suivi, en passant par l’écoute, l’aide psychosociale, l’orientation et le référencement, la mission dévolue à l’assistante sociale révèle un maillon central dans la prise en charge des cas de violences basées sur le genre (VBG). C’est autour de ces préalables, et sur la base des quatre principes directeurs des VBG, « Sécurité, Confidentialité, Respect et Non-discrimination », que Muriel Kobena, experte internationale et formatrice en VBG et Brahim Khlil, psychologue, ont centré leur formation.

Celle-ci a profité à six assistantes sociales venues du Trarza et du Guidimagha, à une personne ressource de haut niveau du MASEF, à deux agents de Medicos Del Mundo et à deux personnes ressources de l’UNFPA. Cet atelier a été organisé par le MASEF avec l’appui de l’UNFPA et s’est déroulé du 15 au 17 février 2021 à Nouakchott.

La place centrale de l’assistance sociale

La méthodologie de formation axée sur l’apprentissage des adultes (andragogie) a été caractérisée par l’interactivité, la diversité des jeux de rôle et des jeux récréatifs en rapport avec les différentes situations de terrain. Elle a permis aux participants de mieux comprendre leur mission à chacune des étapes de la prise en charge psychosociale des survivantes des VBG. Ces étapes sont l’accueil, l’écoute active, l’aide psychosociale, l’orientation, le référencement et le suivi. L’occasion de mettre une fois de plus en exergue le rôle central de l’assistance sociale dans le système social de prise en charge des survivantes de VBG.

Les participants ont ainsi bien retenu la définition conventionnelle de la violence basée sur le genre qui est «  tout acte préjudiciable émis contre le gré de quelqu’un en se fondant sur les différences établies par la société entre les hommes et les femmes. Sont concernés tous les actes causant un préjudice en infligeant des souffrances physiques, psychologiques ou sexuelles, la menace de tels actes, les contraintes et autres privations de liberté, que ce soit dans la sphère publique ou dans la sphère privée ».

L’accent a été mis sur le fait que les VBG concernent tout être humain, femmes ou hommes, garçons ou filles. Aux violences physiques, psychologiques et sexuelles, s’ajoutent les violences économiques et socioéconomiques.

Plus globalement, les participants ont appris que les VBG peuvent être classées en deux grandes catégories : les violences domestiques et les pratiques traditionnelles néfastes (mutilations génitales féminines, mariage précoce, lévirat sororat…)

Les conséquences des VBG ont été également détaillées. Sont cités, les grossesses non désirées, les fausses couches, les avortements, les blessures, les handicaps, les IST/VIH, la mortalité maternelle et infantile, la stérilité.

A ces conséquences physiques, s’ajoutent les conséquences psychologiques, comme l’isolement, l’abandon de toute activité, la perte d’estime de soi, les troubles du sommeil, les pensées suicidaires, les tentatives de suicide, la toxicomanie, l’alcoolisme, les émotions incontrôlées, l’anxiété, l’agressivité…Les conséquences sociales se révèlent encore plus destructrices, telles que la stigmatisation, la marginalisation, la détérioration des relations au sein du couple, de la famille, de la société, l’abandon, le rejet, la discrimination, les mauvais traitements, surtout à l’égard des enfants issus de viols…

Les principes directeurs des VBG que toute assistante sociale doit avoir comme leitmotiv ont été bien ancrés dans l’esprit des participants, à travers le gestuel associé au mot. Les notions de Respect, de Confidentialité, de Sécurité et de Non-discrimination, ont été assimilés en tant que principes essentiels dans la mission dévolue aux assistantes sociales dans la prise en charge psychosociale des survivantes de VGB. Mais l’Alpha et l’Oméga de la prise en charge repose, comme l’a souligné Mme Muriel Kobena, sur le consentement éclairé de la survivante, sans lequel aucune étape de la prise en charge ne peut être envisagée.

Des exercices à chaque étape

Chaque étape de la formation a été ponctuée par des exercices pratiques, souvent récréatives, qui ont permis aux participants de lier l’utile à l’agréable. Souvent, ce sont les « Triplés », trois battement de main sonores effectués par tous les participants, debout, qui viennent égayer les séances, pour encourager des réponses justes apportées aux questions pertinentes ou à des pièges de jeu savamment pensés par la formatrice et son assistant, Dr. Brahim Khlil, qui s’est chargé également de la traduction dans les deux sens français-arabe.

Parmi ces jeux, celui du « Leader » pour tester le sens de l’observation chez les participants, le jeu de la « répétition crescendo » pour tester le sens de mémorisation et de l’écoute, l’exercice de la « bouteille » et celle de la « boule chaude » pour jauger de la rapidité dans les réponses à des questions posées.

La planification des cas de VBG.

En fin de formation, les participants ont appris à remplir le tableau de gestion des cas qui se décline en deux principales colonnes : Etapes et Outils. Tableau de gestion qui sera utile lors de la tournée de la clinique mobile envisagée dans plusieurs régions et auxquels seront associés les assistantes sociales et les sages-femmes pour l’offre de services santé sexuelle reproductive et prise en charge des VBG.

Ainsi, une feuille de consentement et une fiche de plan de sécurité doivent être remplies dès l’accueil introductif des survivantes.

Deuxième étape, le formulaire d’admission avec l’évaluation des besoins exprimés par les survivantes.

Troisième étape, l’élaboration et la mise en œuvre du plan d’action de prise en charge avec l’assentiment des survivantes et la mise au point de la fiche du plan d’action et de la fiche de référencement et de contre-référencement.

Enfin, la fiche de suivi et la fiche de clôture du dossier des survivantes.

Sachant que l’assistante sociale doit respecter toutes les décisions de la survivante, y compris celle de s’exprimer ou non, d’ester en justice ou non, d’être référée ou non, son rôle doit se limiter aux seuls conseils sans pouvoir de décision à la place de la patiente, a insisté en substance, la formatrice.

Par rapport à l’aspect confidentialité, les participants ont appris à élaborer des codes pour les survivantes dont les noms complets ne doivent pas figurer sur les documents relatifs à leur situation.

Auparavant, les participants à l’atelier avaient pris connaissance, dès le premier jour, de l’ampleur des VBG en Mauritanie. Ils ont aussi appris à faire la différence entre genre et sexe, à faire le lien entre pouvoir, statut et abus de pouvoir. Pour illustrer l’introduction sur les VBG, les esprits des participants ont été bien fixés à travers l’arbre de la VBG qui traduit les différentes étapes, les composantes et les conséquences.

Clôture de l’atelier

La cérémonie de clôture a été présidée par Mme Aïchetou Mint Sidi, Directrice adjointe à la Direction de la Famille, de la Promotion Féminine et du Genre du MASEF, en présence du Représentant Résident de l’UNFPA, SEM. Saidou Kaboré. Dans son mot de clôture, Aïchetou Mint Sidi a remercié les partenaires pour leur appui, en l’occurrence l’UNFPA et Medicos Del Mundo. Selon elle, «  les résultats de la formation sont palpables au bout de ces trois jours d’atelier, et cela se voit dans l’engagement des participants et leur compréhension accrue des questions liées au VBG ainsi que les techniques de prise en charge des survivantes ».

Auparavant, SEM. Saidou Kaboré avait mis en exergue le rôle central des assistantes sociales dans la prise en charge des survivantes de VBG et la difficulté de leur mission, soulignant que «  le plus difficile, vous l’avez fait, dans ce sens que lorsqu’on parle de violences basées sur le genre (VBG), le plus difficile c’est l’aspect psychologique. C’est pourquoi on dit que la maladie c’est 20% médical et 80% psychologique  ». Il a évoqué la recrudescence des VBG partout dans les pays du Sahel, à cause de la pandémie Covid-19, ajoutant à l’intention des participants, « au niveau de l’UNFPA et du MASEF, nous serons toujours à vos côtés  ».

Des certificats ont été distribués aux participants à la fin de la formation.

Cheikh Aïdara

Témoignages

Khadijetou Lô, chargée de Programme VBG au bureau UNFPA Mauritanie

« Dans un contexte marqué en 2020 par une pluviométrie au-dessus de la moyenne, notamment au Guidimagha et au Trarza où 1.600 familles sinistrées ont été recensées, l’UNFPA en concertation avec le Ministère de la Santé et l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Famille (AMPF), a élaboré un plan de réponse visant à relever les capacités des structures de santé. Il s’agit de répondre aux besoins en santé sexuelle reproductive et violences basées sur le genre. Il faut noter que l’ampleur des VBG était déjà importante au vu des taux révélés par les enquêtes successives en 2012 et 2015 qui révèlent un taux de VBG tout type confondu de plus de 60%, un taux de grossesse de 21.5%, un taux de mariage des enfants de 35,2%. L’enquête menée en 2020 portant sur l’impact de la pandémie Covid-19 sur les VBG confirme ces tendances. Pour assurer la continuité des services, notamment dans les zones isolées et difficiles d’accès, des cliniques mobiles seront mobilisés pour livrer des services dans le domaine de la santé sexuelle reproductive et prise en charge des VBG. C’est dans ce cadre que le MASEF a ciblé six assistantes sociales du Guidimagha et du Trarza pour suivre l’actuelle formation sur la prise en charge psychosociale des survivantes des VBG qui constitue un grand manque dans le domaine. Pour ce qui est des plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG, l’UNFPA a appuyé le MASEF dans la mise en place de 7 plateformes plus une plateforme centrale dénommée Comité multisectoriel de lutte contre les VBG. Ces plateformes ont été installées entre 2019 et 2020, dont 3 dans chacune des Wilaya de Nouakchott, 1 à Bassiknou, 1 en Assaba, 1 à Mbout et 1 à Sélibaby. Il est prévu de mettre en place 18 plateformes avant de passer à échelle jusqu’au niveau communal. Ainsi, l’objectif de la formation est d’améliorer les connaissances et les compétences des assistantes sociales pour une meilleure prise en charge psychosociale des survivantes des VBG. »

Muriel Kobena, experte et formatrice en Violences basées sur le genre (VBG)

«  Nous venons de passer trois jours avec six assistance sociales venues du Trarza et du Guidimagha. Elles ont bénéficié d’un renforcement de capacité en prise en charge psychosociale des cas de VBG. Cette prise en charge spécifique demande une pratique de certaines compétences, en l’occurrence l’écoute, la mise à disposition de services, l’attention et la disponibilité. Nous avons essayé de leur donner les outils nécessaires pour pouvoir recevoir et accompagner dans les meilleures conditions les personnes survivantes qu’elles vont accueillir dans leur région d’origine. Elles vont travailler à l’amélioration de services de soins de santé et aussi à l’amélioration de services de réponses en matière de VBG. Elles appuieront les sages-femmes et les médecins, qui s’occupent de l’aspect prise en charge médicale, alors qu’elles doivent quant à elles s’occuper de l’aspect psychosocial en soutenant la survivante tant sur le plan émotionnel que sur le plan psychique et mental. Elles doivent apporter une réponse en fonction des autres besoins que les survivantes pourraient exprimer. Donc, les assistantes sociales sont un maillon très fort dans tout le processus de gestion de cas des VBG. La santé, le psychosocial, la justice et la sécurité, sont les services qui sont normalement offerts à toute personne victime de VBG ».

Billel Thiam, Chef de division de l’Action Sociale à la Direction Régionale du MASEF, Point focal de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG à Sélibaby (Guidimagha).

«  Cette formation s’est bien passée. Nous avons appris beaucoup de choses. J’avais suivi une formation sur les VBG au préalable, mais avec cette formation, j’ai appris plus, telles que les quatre principes directeurs des VBG, les types de VBG et les jeux de rôle. Cela me permettra de repiquer cette formation au niveau du Guidimagha à l’intention des assistantes sociales qui y opèrent. Nos capacités ont été véritablement renforcées et la formation a répondu parfaitement à nos attentes. Je travaille depuis 2008 au MASEF et j’ai suivi beaucoup de formations dans ce cadre. Mais la plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG n’a été installée qu’en septembre 2020 au Guidimagha. Nous avions eu à faire face à beaucoup de cas, dont plusieurs ne savaient vers quelle structure s’adresser. Mais avec la plateforme, les survivantes ont des liens à travers lesquels elles peuvent trouver réponse à leurs besoins  ».

Nayba NDiaye, Sage-femme d’Etat, technicienne Santé Genre à Medicos Del Mundo, responsable de suivi de prise en charge des VBG à l’Hôpital Mère et Enfant de Nouakchott

« Par rapport à cette formation, elle a renforcé les capacités des assistantes sociales qui ont participé à l’atelier, notamment dans la prise en charge psychosociale des survivantes des VBG. Si elles suivent les connaissances, aptitudes et techniques décernées au cours de cette formation, elles parviendront à réussir leur mission de terrain dans le traitement des cas qui leur seront soumises. Personnellement, cette formation m’a apporté plus de performances, surtout en tant qu’agent au centre de ce dispositif de prise en charge psychosociale des survivantes de VBG  ».

Zeynabou El Hadj Soumaré, Superviseuse Protection et Genre à Medicos Del Mundo

«  Je participe à cette formation, parce que le genre m’a toujours intéressé. Je suis titulaire d’une Licence en Sociologie et c’est là que la passion pour le genre m’est venue. Chaque fois qu’il y a des formations sur le genre, je n’hésite pas. Là, on m’a recommandé, d’où ma présence à cette formation. Ce que j’ai aimé dans cet atelier, c’est qu’on a abordé tous les aspects liés au genre, en particulier les violences basées sur le genre, et tout est détaillé, notamment les principaux types de VBG. Nous avons surtout appris des notions très importantes sur l’appui psychosocial, ce qui nous renvoie à tous les problèmes de société, à tout ce qui est soulagement émotionnel, le sourire. Personnellement, j’ai beaucoup appris. Ce qui m’a aussi beaucoup plu, ce sont les jeux de rôle, en nous mettant soit à la place de l’assistance sociale, soit à celle de la survivante. Cela nous a permis de corriger nos erreurs et là où nous devons nous améliorer. Les formateurs ont vraiment assuré leur mission. J’aimerais qu’il y ait d’autres formations du genre  ».





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