7ème partie du témoignage de Salah Ould Hanana « Témoin d’une époque » Al Jazeera : Coup d’état de 2004, entre traîtrise et amateurisme

mercredi 30 mars 2016
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Dans cette 7ème partie de « Témoin d’une époque, l’ère des coups d’état en Mauritanie » diffusée par Al Jazeera avec le témoignage de l’ancien commandant Salah Hanana, ce dernier y relate les péripéties du coup d’état avorté de 2004, qui ne serait que la suite du putsch manqué du 8 juin 2003. Ce récit est plein de mélancolie et d’amertume, face à la traîtrise et à l’amateurisme qui ont émaillé cette tentative tuée dans l’œuf, avec son lot de drame et la fin de l’équipée des « Cavaliers du Changement » et de ses ailes politiques et civiles.

Le récit commence par ce que Salah Ould Hanana décrit comme l’intrusion des Etats-Unis dans la crise qui avait suivi le coup d’état manqué du 8 juin 2003 contre Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, l’allié dans la lutte contre le terrorisme de l’Oncle Sam. En effet, les Etats-Unis avaient accusé les « Cavaliers du Changement » d’avoir des accointances avec le mouvement salafiste djihadiste au Sahel.

Leur ambassadrice au Burkina Faso aurait même demandé au président Blaise Compaoré de les livrer pour activités terroristes. Ce que le président burkinabé, contrairement à d’autres dirigeants musulmans qui ont livré leurs compatriotes musulmans aux services américains, aurait refusé, selon Salah. Blaise aurait exigé auprès de l’ambassadrice des preuves tangibles incriminant les salafistes dont elle demandait la remise à ses autorités, ainsi que le bien-fondé des soupçons qui pèseraient sur l’une des mosquées de Ouaga, qualifiée de gîte pour salafisites radicaux. Pour Salah Ould Hanana, c’était-là le cadeau que les Etats-Unis voulaient offrir à Ould Taya, sans succès, face au refus du président du Faso de se plier à leur exigence.

Le journaliste Ahmed Mansour qui menait l’interview de Salah Hanana, relèvera même la main tendue, qui sera acceptée, que Ould Taya avait adressé à l’OTAN le 17 septembre 2003 offrant sa franche collaboration avec l’instance nord atlantique. Mieux, Salah dira que cette information ne faisait que confirmer l’intrusion américaine dans le dossier de la crise post-coup d’état en Mauritanie à cette époque.

Nouakchott démantèle le réseau intérieur sur une bourde de Mohamed Cheikhna
le 9 août 2004, une vingtaine de soldats sont arrêtés, accusés de liens avec les « Cavaliers du Changement ». Salah reconnaîtra l’existence d’une cellule dormante au sein de l’institution militaire qui coordonnait les préparatifs d’un autre coup d’état en préparation avec les cerveaux, Salah Ould Hanana et ses compagnons, exilés en Côte d’Ivoire. Salah parlera d’une création, dès décembre 2003, d’un cadre politique du mouvement, le Front national. La structure militaire, formée par les officiers en exil, était renforcée par d’autres officiers toujours tapis au sein de l’armée, sous la houlette des commandants, Mohamed Lemine Ould Waer, Habib Ebou Mohamed, Mohamed Vall Ould Hendeya, et Ahmed Ould MBareck.

Ainsi, le rôle combiné de l’aile politique, de l’aile militaire et civile ainsi que le rôle prépondérant joué par l’Observatoire mauritanien des droits de l’homme, démontreraient selon Ould Hannana, le degré d’impopularité au sein de l’armée et de la population du régime de Ould Taya. Cette masse de répulsion, dira-t-il, a été résumée dans un poème de Mohamed Ahid Sidi Mohamed.

A la mi-août 2004, 53 militaires sont arrêtés, dont 13 commandants et 15 capitaines, tous de la ville d’AÏoun et de la tribu des Oulad Naçer, comme les principaux auteurs du putsch manqué du 8 juin 2003, dont Salah Hanana. Toutes ces personnes ont été arrêtées selon Ould Hanana à cause de l’imprudence de Mohamed Ould Cheikhna. Celui-ci aurait été accroché par un certain commandant Mekhalla Ould Mohamed Cheikh, avec qui il échangeait des mails. Mis au courant, le comité des officiers retranchés à Bouaké en Côte d’Ivoire, aurait sommé Ould Cheikhna de cesser ses échanges avec le bonhomme et de l’orienter vers l’un des éléments à Nouakchott. Ce fut Ould Waer. Pour Salah, le chapitre des échanges par Internet entre Ould Cheikhna et Mekhalla était clos. Il n’en fut rien dit-il, amer. Ould Cheikhna avait poursuivi ses échanges jusqu’à lui fournir la liste des noms de tous les militaires impliqués dans le coup, y compris leur grade.

Et le journaliste Mohamed Mansour de récapituler les impairs causé par le commandant Mohamed Ould Cheikhna dans les deux tentatives de coup d’état, soulignant qu’en 2003 déjà, il n’avait pas respecté les consignes, puisqu’il avait quitté l’état-major qu’il était sensé contrôler pour se rendre à la présidence de la République. Et voilà encore, qu’en 2004, il fournit les noms de l’ensemble des acteurs du coup d’état en préparation, et l’offre sur un plateau d’argent aux Renseignements militaires, « en voulant faire un coup d’état par Internet » ironisa-t-il.

Cette bourde ou cet impair de Ould Cheikhna allait ainsi permettre à l’armée d’arrêter certains éléments qui étaient tapis dans l’ombre. Et c’est le commandant Ahmed MBareck qui travaillait au 2ème Bureau (B2) renseignements militaires qui en informera Salah et ses compagnons dans leur exil de Bouaké, leur fournissant les échanges mails qui s’étaient poursuivis entre Mohamed Ould Cheikhna et Mekhelle, avec les noms. Interrogé, Ould Cheikhna avouera avoir poursuivi ses contacts malgré les promesses qu’il avait faites à ses camarades des les interrompre.
Ce qui est malheureux, dira Salah Hanana, l’œil mélancolique, « beaucoup de ces gens n’avaient même pas de contact avec nous ».
Et le journaliste de répondre, « vous avez détruit des vies et des familles, défait des carrières et nuit à votre pays »

Selon Salah, une première cargaison d’armes et de munitions avaient déjà été introduite, peu avant ces arrestations.

Ce qui permit à Mohamed Mansour de récapituler : « en 2000, votre première tentative de coup d’état a été déjoué 48 heures avant son exécution ; votre deuxième tentative le 8 juin 2003 a échoué alors que vous étiez parvenu à contrôler les principaux centres névralgiques du pays pendant au moins 16 heures de temps et la 3ème tentative a échoué car Mohamed Ould Cheikhna a offert à Ould Taya sur un plateau d’argent les noms des officiers, sous-officiers et soldats qui devaient exécuter le coup d’état »

Après ces arrestations, Salah qui était à Bamako revient dare-dare à Bouaké pour faire le point avec ses camarades. C’est là où ils ont su que c’est Mohamed Ould Cheikhna le responsable. En ce moment, le nombre de militaires arrêtés, tous grades confondus, était de 179.

Ces arrestations pèseront sur les consciences et créeront une grande pression morale sur Salah et ses compagnons, qui culpabilisaient, selon lui. Les purges au sein de l’armée, constate-t-il, avaient pris un tournant tribal et le régime avait perdu toute crédibilité selon lui, au sein de l’opinion, poussant Ahmed Ould Daddah dans une conférence de presse à déclarer qu’il n’y a pas eu tentative de coup d’état « mais qu’il s’agit d’un complot ourdi par Ould Taya pour justifier un règlement de compte régionaliste et tribal au sein de l’institution militaire contre des officiers dont le seul tort est d’avoir des liens de sang et de parenté avec les auteurs du coup d’état manqué du 8 juin 2003 ».

Fin de cavale pour Ould Mini
Le 30 juin 2004, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ghali Ould Chrif fait une déclaration radiotélévisée dans laquelle il annonce « que la Mauritanie a déjoué une tentative de coup d’état ; plusieurs militaires ont été arrêtés, dont le capitaine Abderrahmane Ould Mini », un des co-auteurs du putsch manqué de Salah Hanana le 8 juin 2003.

Dans cette partie, Salah Ould Hanana révèlera l’existence d’une aile civile qu’ils entraînaient par groupe de 10 à Bouaké en préparation du coup de 2004. Il parlera du rôle important joué par cette aile civile dans le domaine du renseignement et de l’information, mais aussi de la logistique.

Commentaire du journaliste Mohamed Mansour, « dans toutes ces tentatives, le problème venait des leaders et de leur manque de professionnalisme » insinuant même un manque de responsabilité.

Pour Salah, une autre décision à allure d’aventure allait être prise. Il s’agissait du retour de tous les officiers leaders du coup d’état retranchés jusque-là à Bouaké, en l’occurrence Mohamed Cheikhna, le défunt capitaine Mohamed Salem, le capitaine Ahmed Salem Ould Kaabach, le capitaine Hamoud Ould Baba et le capitaine Ould Mini. Salah et Mini iront à Bamako pour des préparatifs et là, sans aviser leurs autres camarades, ils décident de rentrer seuls à Nouakchott.

Ils passeront de Bamako, par Rosso, et entreront dans le territoire avec des documents maliens mais déjoueront tous les postes de contrôle. L’aile civile leur avait préparé toute la logistique, le gîte et le couvert. C’était par le même circuit, dira-t-il, qu’on avait voulu exfiltrer Mohamed Khouna Ould Haïdalla, mais il aurait désisté par la suite, raconte Salah Hanana.
Ils s’étaient donné une à deux semaines pour réorganiser tout le monde, dira-t-il en substance, notant le rôle du capitaine Ahmed Ould MBareck qui leur avait fourni les informations dont ils avaient besoin.

Salah déclare avoir demandé à Ahmed Ould Dèye, un officier membre du groupe qui était en poste à Aleg, de rentrer à Nouakchott. Il vint dare-dare. Salah dira avoir su plus tard, que Ould Dèye travaillait avec les services de sécurité. Ainsi, les deux rencontres qu’ils ont eu avec lui dont l’une avec Ould Mini, se seraient déroulés sous la surveillance des services de sécurité.
Ould Mini fut ainsi pisté dès la fin de son entrevue avec Ould Dèye par des agents, mais ils perdront ses traces. La zone fut quadrillée et une perquisition de porte-à-porte fut déclenchée. Selon Salah, ils seront alertés par de forts tambourinements à la porte. Ils se cachèrent, lui, Ould Mini, et deux civils, le jeune Moulaye Ould Brahim et le chauffeur Sidi Mohamed. Alors que les deux civils, parviendront à sortir, parce non recherchés, Ould Mini sera capturé. Salah déclare pour sa part, avoir déniché une petite remise où il se cacha pendant toute la journée. Il profita de la nuit pour sortit, une fois les barrages de police levés.

Salah Ould Hanana sera rejoint par le capitaine Ahmed Ould MBareck du B2. C’est avec lui qu’il tentera de sortir du territoire en passant de nouveau par Rosso. Mais cette fois, toute l’armée et les forces de l’ordre étaient sur le pied de guerre. L’aventure allait-il s’arrêter là, au bord du fleuve Sénégal à Rosso ? C’est ce que la suite du témoignage de Salah Ould Hanana dans la prochaine édition permettra de révéler.
En conclusion de cette 7ème partie, le journaliste d’Al Jazeera, Ahmed Mansour dira que Salah Ould Hanana et ses amis s’étaient basés sur un seul facteur dans leurs trois tentatives de coup d’état, l’impopularité de Ould Taya, au détriment de l’efficacité.

« Je crois que nous avons pêché par excès de confiance en nous, ensuite par la confiance aveugle et à la bonne intention présumée que nous avons donné aux autres » dira Salah Ould Hanana

C.A





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