Festival Traversées Mauritanides : « peut-on parler de l’écriture de l’ailleurs ? »

dimanche 17 décembre 2017
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Le Festival « Traversées Mauritanides », ou les rencontres littéraires de Mauritanie, tire à sa fin. Lancé le 14 décembre dernier, le festival qui s’achève mardi à la médiathèque de l’Institut français, aura vécu ses meilleurs moments, avec deux ultimes tables-rondes, dont celle qui a réuni dimanche dernier autour de l’ancienne journaliste de Jeune Afrique Yasmina, Lahlou, les écrivains Mbareck Beyrouk, Brahim Bakar Sneiba, Marième Derwich, Eddy Harris et Yacoub Khattari. Le thème : « peut-on parler de l’écriture de l’ailleurs ? »

« Ecrire hors de sa ville ou de son pays, influences de résidence ou évocations de souvenirs ». Autant d’éléments déclencheurs ou inhibiteurs qui ouvrent les vannes de la muse ou bloque l’inspiration. C’est pour débattre des difficultés liés à la dialectique du dedans et du dehors, de l’autre qui pourrait être l’égo, l’alter ego ou carrément l’antithèse de ce qu’on pourrait être ou penser, que le thème sur l’écriture de l’ailleurs a été disséqué jusque dans ses derniers retranchements.

Devant un public jeune, mais aussi d’adultes, amoureux des belles lettres, Yasmina Lehlou, ancienne journaliste de Jeune Afrique, experte en communication et enseignante à l’Ecole de journalisme de Paris, a introduit ses invités.

Mbareck Beyrouk, ancien journaliste, auteur de plusieurs ouvrages dont « Et le ciel a oublié de pleuvoir (2006) », mais surtout son ouvrage « Le Tambour des larmes (2015) » qui lui a valu le Prix Kourouma 2016.

Marième Derwich, métisse de père mauritanien et de mère française, chroniqueuse « Nous les Z’Autres » au journal « Le Calame » et auteur du recueil de poésie « Mille Je (2015) ».

Brahim Bakar Sneiba, ancien officier de l’armée mauritanienne, ancien journaliste et écrivain, auteur des ouvrages « La Mauritanie entre les chars et les urnes (2013) » et « Soufi, le mystique qui fait peur (2016) ».

Yacoub Khattari, enseignant et auteur du livre « Les Résignés (2004) » qui parle de l’esclavage et de ses séquelles mais aussi de la stratification sociale et des castes en Mauritanie.

Eddy Harris, journaliste de formation et écrivain américain installé en France, auteur de « Still life in Harlem, Jupiter et Moi (2009) » et de plusieurs autres ouvrages tirés de ses voyages.

« Mon ici, c’est ce qui m’interpelle »

Mbareck Ould Beyrouk, déclare ne pas connaître ce qui est son ici et son ailleurs. Parlant de son ouvrage « Le tambour des larmes », il souligne que « ce n’est pas un livre féministe, mais le cri des femmes du désert prises dans le tourbillon des traditions ». Selon lui, ses meilleures lectures sont étrangères, la poésie arabe, les légendes africaines, les littératures françaises et d’ailleurs. Pour lui, l’ici, c’est là où s’installe son esprit. « Mon ici, c’est ce qui m’interpelle, car pour moi, l’écriture est avant tout un acte solitaire » affirme-t-il.

Pour Marième Derwich « l’écriture est plurielle ». Elle-même se dit « victime de sa multipluralité » et qu’elle vit une dualité douloureuse, tiraillée entre un ici, source de ses racines paternelles et un ailleurs, terre de sa mère. En fait, son « Mille Je » serait en réalité « Mille UN ». Cette multipolarité est à la fois pour Marième Derwich une richesse et un fardeau. Métisse, elle se dit être « la fille de gens qui ont porté leur propre mémoire », ce qui ne l’empêche pas d’être coincée dans un dilemme identitaire qui lui fait faire d’incessants aller-retour dans sa vie qui est à la fois ici et ailleurs. Marième de souligner qu’elle est « dans la recherche perpétuel d’un point nodal entre son ici et son ailleurs », sentiment angoissant de n’être ni d’ici ni d’ailleurs. Cette douloureuse dualité transparaît ainsi dans ses chroniques et dans sa poésie. Et jusque-là, elle déclare ne pas avoir encore réglé ses problèmes de mémoires. Ainsi, le seul endroit où elle a senti qu’elle n’avait plus envie d’écrire, parce que se sentant enfin elle-même, ni « Marième, la Mauresque » ni « Marième, fille de la Nazaréenne Chantal », c’est durant son séjour de deux ans en Nouvelle Calédonie.

Pour Yacoub Khattari, l’écriture est un moyen de régler les problèmes identitaires. Son ouvrage sur « Les Résignés », un plongeon dans les strates de la société féodale mauritanienne, serait le fruit de longues observations pendant ses années d’enseignant, dans les années 90.

De la langue de l’écriture

Pour Brahim Bakar Sneiba, le passage de l’écriture engagée, « La Mauritanie entre les chars et les urnes » à l’écriture spirituelle romanesque, « Soufi, le mystique qui fait peur », le fait penser au titre d’un célèbre journal satirique mauritanien « Chi Loh V’Chi » ou « sauter du coq à l’âne ». Pour lui, le premier ouvrage ne serait que l’écho d’une révolte née d’une injustice qui l’avait conduit en prison, (dans la trame du coup d’état manqué de 2003 : Ndlr), puis de sa révocation de l’armée. Pour Brahim, les littéraires forment un microcosme fermé différent des scientifiques, car là où l’imaginaire et le rêve servent souvent de trame, ici, on se heurte au monde froid des chiffres et des certitudes ancrées. Pour lui, « l’ailleurs est souvent plus proche qu’on ne l’imagine ».

Mais la langue de l’écriture semble aussi jouer un rôle prépondérant dans le rapport de l’ici et de l’ailleurs, entre le moi qui exprime et l’autre qui reçoit.

Pour Bakar Sneiba, « j’ai l’impression dans mes ouvrages que je n’écris pas en français, mais dans ma langue paternelle », mettant en exergue cette dichotomie commune à tous ceux qui pensent s’exprimer dans une langue autre que celle de leur propre culture.

Pour Marième Derwich, « j’écris la langue de ma mère, une langue par rapport à laquelle je ne cultive aucun complexe, et face à laquelle je ne me pose aucune question ». Pour elle, s’interroger déjà sur la langue de l’écriture, est un acte politique et idéologique.

Pour Eddy Harris qui écrit en anglais et se fait souvent traduire en français, bien qu’il manie la langue de Voltaire, « je rêve et je pense en anglais, mais j’écris en français ». Pour lui, il ne cherche ni à s’enraciner en France, pays dans lequel il a choisi de vivre, ni à se déraciner des Etats-Unis, son pays qu’il aime profondément.

Si Eddy Harris écrit souvent ses ouvrages là où ses pérégrinations le mènent, Mbareck Beyrouk s’est déclaré lui, incapable d’écrire en dehors de son pays et de ses racines.

La table-ronde s’est achevée par une séance question-réponse entre les écrivains et le public, agrémenté de quelques contributions fort enrichissantes.

Il faut rappeler que le Festival « Traversées Mauritanides » qui en est à sa 8ème édition (14-19 décembre 2017) , a été lancé en 2010 par Moussa dit Bios Diallo, journaliste, poète, écrivain, auteur de plusieurs ouvrages : « Une vie de Sébile », « De la naissance au mariage chez les Peuls de Mauritanie », « Les Pleurs de l’Arc-en-ciel », les « Os de la Terre » (recueil de poèmes).

Cheikh Aidara





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