L’Unité re-questionnée …(Par Samba Thiam)

lundi 30 juillet 2018
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Samba Thiam - La plupart des pays confrontés au problème d’Unité nationale, ou de violations massives des droits humains, tentent, chacun à sa manière, de panser les blessures, de trouver la catharsis nécessaire pour ressouder les fractures inter-communautaires…

Notre pays, à travers son gouvernement, à l’opposé de cette tendance visant à mettre du baume sur les plaies, lui choisit de nier les problèmes, d’opter pour la fuite en avant ou la répression ! Empêcher la délégation des veuves des militaires assassinés de se rendre à Genève s’inscrit dans cette logique.

La rengaine du discours officiel à laquelle nous sommes habitués, généralement servie aux visiteurs étrangers est que l’esclavage n’existe plus ; la question de la diversité culturelle ? un faux débat –puisque mise en pratique à travers chants et danse, et celle du "passif humanitaire"-euphémisme du génocide- un problème résolu, dépassé …

Et pourtant ces questions demeurent et constitueront des boulets à nos pieds, et l’obstacle majeur à notre cohésion et à toute réconciliation nationale, tant qu’elles ne seront pas correctement résolues.

La question du passif

L’on se souvient il y a quelques années le Maroc entamait sa réconciliation nationale a travers la justice transitionnelle... La Tunisie et la Guinée Conakry, à leur tour, lui emboîtaient le pas...

Si la Tunisie remonte à plus haut dans l’histoire et traite de la période comprise entre 1955 à 2016, la Guinée, elle, se limite pour l’instant, à "l’évènement du 28 septembre", survenu en 2009 sous Dadis Kamara, alors Président de la junte militaire putschiste.

Nous avons encore en mémoire la commission Vérité et Réconciliation de l’Afrique du Sud post- apartheid, puis les cas du Chili et de l’Argentine aujourd’hui derrière nous, pour l’essentiel résolus...Ces cas enseignent que le temps n’efface pas ces questions mémorielles.

Partout donc il souffle un vent du changement, de réconciliation, partout sauf chez nous où l’on s’enfonce dans la fuite en avant, à travers dénis, dénégations et négation …

Pendant qu’ailleurs on tente de revisiter le cours d’un passé douloureux , de retrouver les places où sont ensevelies à la sauvette des dépouilles de victimes, notre chef de l’Etat, lui, choisit de berner nos veuves, de barrer la route à toute investigation sur les dizaines de fosses communes découvertes, d’en effacer toutes traces en rasant les repères, d’intimider et interdire toute manifestation interne , tout acte de souvenir . Il ordonne de bloquer toute plainte, de plomber toute bouche, d’étouffer toute voix qui tente de soulever ces questions !

Ainsi, croit- il, naïvement, pouvoir gommer des mémoires ces tragédies survenues entre 1986 et 1992. C’est peine perdue car elles y resteront à jamais gravées. Nous n’oublierons pas …

Si en Guinée-Conakry on a parlé de 150 morts dans un stade, des dizaines de femmes violées et de disparues, ce qui s’est produit en Mauritanie pendant cette terrible période est sans commune mesure avec le cas guinéen … Ce fut un véritable génocide, méthodiquement planifié.

La question culturelle ou de la diversité culturelle …

Aujourd’hui chez nos voisins du Maghreb l’élite arabe au pouvoir, après des années de crispation, a décidé de reconnaître l’existence du peuple berbère par l’officialisation de la langue et de la culture berbère. Le Maroc en fut le pionnier, l’Algérie, pétrie d’un nationalisme à fleur de peau, après moult hésitations, vient de suivre...Elle s’ouvre à un débat en train de prendre corps qui porte à la fois et sur le rôle et la place de la langue Française dans le système éducatif algérien et sur la nécessité de "découpler la langue arabe du conservatisme religieux"( A. Dourari) pour lui restituer sa capacité, aujourd’hui perdue, à produire le savoir.

Chez nos voisins tunisiens le débat porte plus loin ; il questionne l’identité arabe du peuple tunisien, à l’origine, un melting-pot constitué de grecs, de romains, de Turcs, de Français, de berbères, de Noirs et d’arabes … Là où, pour baliser l’avenir, nos voisins maghrébins marquent un temps de pause pour évaluer et réfléchir, les mauritaniens, à travers l’aile la plus chauvine, "hystérisent" le débat dès que les questions sérieuses sont abordées… pour s’enflammer, au moindre vent, pour des causes extérieures à la Mauritanie, et encore …de façon sélective !

Au lieu de s’attaquer à nos problèmes de fond on nous distrait avec des chansonnettes sur la résistance nationale, bricolée sur un récit national à sens unique, falsifié …

Pendant que d’autres peuples se penchent sur la revalorisation de leur patrimoine culturel, le développement des langues maternelles en vue de l’apaisement identitaire, notre élite et nos gouvernants se refusent à toute évaluation, à tout examen sérieux et lucide de la situation passée et présente pour, obstinément, poursuivre le projet assimilationniste de la composante non arabe du pays… perçue comme une menace à la pérennité du caractère arabe (décrété) du pays !

L’obstacle le plus sérieux à notre cohésion nationale et au Changement en général réside ,en réalité, dans le complexe aryen, inavoué, de race supérieure qui régit sournoisement nos rapports inter-communautaires…Ce complexe explique et sous-tend ces désastreuses et dangereuses pratiques politiques au plus haut niveau de l’Etat et le silence général de l’élite sur ces questions de fond ,empêchant, en partie, ce pays d’entrer de plain-pied dans le concert des nations modernes.

En effet si notre Ecole va très mal c’est en raison, essentiellement, de ce soubassement, teinté d’idéologie ; tout le monde pâtit de la déconfiture de notre système scolaire, c’est certain, mais les Ecoliers, Elèves, Etudiants négro-africains et Haratines, sacrifiés, en pâtissent bien plus. Pendant ces quatre dernières années, sur les 100 premiers au Bac C, leur nombre d’admis varie entre 1 et 5 ! Dans tous les examens et concours récemment organisés ils sont laissés pour compte (médecins spécialistes 3/64, Ingénieurs sortant 3/18, Ecole militaire 1/30, magistrats* 0/20 etc.). Dans toutes les séries et partout ailleurs l’échec est général, massif, patent.

Les corps de commandement de l’Armée et de la Police nationales sont simplement nettoyés, le recrutement à la base, attentivement scruté ethniquement ; les promotions à l’EMIA et à la base de Rosso reflètent la même réalité… Pour masquer le déséquilibre ethnique dans les groupes exposés, les cameramen zooment sur quelques têtes nègres, placées sciemment au premier rang, et balaient d’un faisceau rapide le reste du groupe… Dans les séminaires, ateliers, colloques, symposiums, nous sommes là juste comme un appoint, un accessoire. Ce faisant on a, délibérément, perdu de vue que pour constituer la Mauritanie, le colonialisme français a assemblé deux aires culturelles distinctes, deux peuples aux traditions et habitudes mentales différentes, deux entités politiques historiques indépendantes, des mémoires nationales ...

Il nous faut revenir à l’histoire...

Malgré cette situation gravissime, il se trouve, hélas, des nègres et intellectuels sans scrupules, qui roulent pour le parti au pouvoir et les partis satellites, renforçant ainsi un Système qui les opprimait, trompant au passage de pauvres hères, dont il collectent, moyennant quelques ouguiyas, les cartes d’identité… A côté de tout cela, l’inaction déroutante des plus concernés !!!

Il est devenu urgent pour nous mauritaniens honnêtes, soucieux du devenir de ce pays, d’examiner et débattre la question du vivre-ensemble, pour en déterminer le type, si toutefois il est encore partagé...

Les compatriotes arabo-berbères veulent-ils vivre avec les Négro-africains ? Si oui, sous quelle forme et quelle condition ? Dans la poursuite de cette tentative obstinée d’assimilation des autres à tout prix, ou dans le respect des identités respectives ? Dans l’accaparement de tous les secteurs de la vie publique par les uns ou dans le partage équilibré du Pouvoir ? Au travers de l’Unité ou de l’Unitarisme ?

Ces questions méritent d’être tranchées au plus vite, car la fracture entre communautés nationales s’aggrave tous les jours un peu plus ; la tension extrême créée par cette discrimination aiguë que vit actuellement la communauté négro-africaine et les dérives du gouvernement en tout genre suscitent , en ce moment, un débat intense et légitime dans les réseaux sociaux, pour lequel toutes les options doivent rester ouvertes…

Pour ma part, j’ai toujours pensé que les fondamentaux du vivre-ensemble supposaient, nécessairement, le respect de la diversité culturelle, ethnique, religieuse, l’égalité des chances et l’équité ...

Un de nos intellectuels affirmait, non sans justesse, malgré une posture partisane (soutien aux touaregs de l’Azawad) que, "Si l’on ne peut vivre ensemble qu’au prix de l’oppression à l’égard d’une composante, c’est une position pas raisonnable et qui, surtout, n’est pas tenable".

Il nous faut nous ressaisir.

Samba Thiam

Président des FPC

29 Juillet 2018

*Dans ce concours, contrairement à la pratique habituelle fixée par la loi, au lieu de présenter l’épreuve de langue en fonction des options –Français / Arabe-, tout le monde fut contraint de composer en arabe !!! Cette fois encore, comme pour l’arabisation totale du secteur de la justice, un quidam s’est levé et en a décidé ainsi.





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