Le marasme de la riziculture à Kaédi : Les échecs d’une gestion ou la gestion des échecs

jeudi 15 décembre 2016
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Pour la campagne agricole 2013-2014, à titre d’exemple, la Mauritanie, selon des chiffres officiels, a produit 293 000 tonnes de riz paddy. Cette production, selon les responsables du ministère de l’agriculture, à couvert 70 à 80% des besoins en riz des mauritaniens.

Kaédi, ville située au bord du fleuve Sénégal, a environ 400 kilomètres de Nouakchott, a-t-elle contribué à cette « hausse » de la production ? Il semble que non. Les deux grands périmètres rizicoles de cette ville, depuis presque deux décennies, sont loin de faire plein régime. Lire le témoignage intégral d’un exploitant.

Les deux périmètres rizicoles de Kaédi plus connus sous l’abréviation ou le sigle PPG (Périmètre Pilote du Gorgol) sont parmi les tout premiers du pays. Ils connaissent depuis l’année 1990 de multiples difficultés d’organisation, de calendrier cultural, de mise en place et de gestion des crédits, de remboursement des créances, au point que l’on peut dire sans risque de se tromper qu’ils ne sont plus des modèles ou des phares. Les principales causes de ces récurrents échecs sont humaines et techniques.

Certaines entraves découlent du manque d’expertise des membres des comités de gestion. Des membres, souvent décriés et non représentatifs des exploitants. Les présidents et les directeurs de campagne, imposés, sont souvent rejetés par la majorité des exploitants.

Le silence ou la complicité des agents des services techniques locaux (Sonader, Agriculture) conjugués à la négligence et au désintéressement des autorités administratives régionales (Hakem et Wali) encouragent ces manquements.

Statutairement, c’est l’assemblée générale des chefs de secteurs qui doit désigner ou choisir un comité de gestion. Cette clause des statuts n’est pas ou n’est plus respectée. Les présidents des périmètres sont soit absents, soit occupés ailleurs que dans la riziculture.

Non respect des textes

Le non respect des textes pour le renouvellement des structures de gestion, a fait que certains membres des comités de gestion sont devenus des immortels tandis que d’autres ne sont que de simples figurants. Notons que la quasi-totalité des membres dirigeants des deux périmètres ne sont plus parmi les exploitants actifs.

Il est vraiment temps de penser à mettre sur pied des comités de gestion composé de vrais exploitants, actifs, capables et engagés à porter haut le drapeau de la riziculture et de sauver les deux périmètres, en dehors de toutes autres considérations claniques ou politiques.

Le riz se cultive dans la boue, mais les réels, honnêtes, nécessiteux et vrais paysans du Gorgol ont réellement mare d’être trainés par le nez et dans la boue. Ils souhaitent et désirent ardemment trouver les moyens adéquats de sortie de ce marasme permanent.

Machine vétustes

Il y a environ trois campagnes, que le Chef de l’Etat épongeait les arriérés, les dettes ou les impayés cumulés depuis plusieurs années pour tous les riziculteurs, leur offrait de l’engrais gratuitement et leur attribuait à prix modérés des machines agricoles (tracteurs, moissonneuses) payables en plusieurs annuités.

Tous ces gestes devraient aboutir à créer une nouvelle atmosphère d’encouragement et de motivation pour que la riziculture puisse reprendre un nouvel envol. Mais notons que, la plupart des machines arrivées au Gorgol n’ont pas répondu à l’attente des paysans (cylindrée trop faible ou vétusté avancée) par la faute des responsables qui ne se sont pas appuyés sur une expertise pour faire de bons choix.

Ces machines sont en station au hangar du PPG1, sans aucune utilité car ne pouvant ni labourer ni moissonner, donc sans aucune productivité ni rendement. Le coût de remboursement de leur prix est donc une charge aberrante prise en compte dans le calcul des redevances pour les paysans.

La mauvaise volonté de certains exploitants qui ne s’acquittent de leurs redevances, que par la coercition, cause de sérieux retards dans la mise en place de nouveaux crédits et perturbe pour beaucoup le démarrage des nouvelles campagnes et contribue à la baisse des rendements. Les bons payeurs sont donc des victimes.

Absence de structures financières

L’absence de structures financières ou commerçantes solvables et capables d’acheter juste à la récolte et à un prix incitatif, ne serait-ce que la quantité de paddy destinée au remboursement des frais d’exploitation (redevances fixes, variables etc.) accentue tant soit peu ce manque de motivation chez bon nombre de paysans et ralentit le paiement des créances.

L’incapacité de payer au moment opportun pour ce jeune et inexpérimenté agro-industriel auprès de qui bon nombre de paysans avait déposé leur récolte de la campagne 2015-2016, n’est pas encourageante. Ce qui a retardé et baissé tant soit le taux de remboursement des dettes et a pénalisé les intéressés.

Campagne hivernale 2016-2017

Pour la campagne de l’hivernage 2016-2017, le bon sens recommandait de l’annuler à cause du retard pris pour son démarrage. Il était aberrant et absurde de vouloir semer du riz dans le mois de septembre et de prétendre faire de bons rendements et pourquoi ?

- Avec la bonne pluviométrie des mois de juillet et août, les champs étaient déjà envahis par les mauvaises herbes. Les vétustes machines agricoles disponibles sont incapables de faire un bon labour et tout herbicide utilisé serait inefficace.

- L’on ne sème pas le riz dans l’herbe haute de plus de soixante centimètres (60 cm) et au mois de septembre. Les oiseaux granivores et le froid seraient parmi les facteurs négatifs et dégradants dans les phases d’épiaison et de maturation en décembre -janvier.

Campagne de remplacement de contre-saison ?

La réponse est non, pour qu’elle n’entrave pas la campagne d’hivernage 2017-2018, même si les greniers sont vides. Et la sagesse recommande de mettre à profit cette période creuse pour bien préparer cette future campagne de 2017-2018 dans les conditions optimales recommandées, en mettant en place et à temps opportun tous les moyens nécessaires et utiles, pour la faire démarrer en début du mois de juin pour le PPG1 et en début juillet pour le PPG2 et comment ?

- Par le paiement intégral des arriérés de la campagne 2015-2016, avant la fin du mois de janvier 2017.Des mesures et des sanctions doivent être prises à l’encontre des quelques rares récalcitrants pouvant aller jusqu’à la confiscation de leur champ pour un temps donné.

- Par la prompte constitution et le dépôt des dossiers de financement et la mise en place des moyens pécuniaires auprès de la Caisse de Dépôt et de Développement (CDD) au cours du mois de février 2017. Ce qui permettra d’entamer le labour des deux périmètres dés le début du mois de mars en procédant si nécessaire à une pré-irrigation pour améliorer le travail.

La pré-irrigation et le labour faciliteront tant soit peu les travaux secondaires de débroussaillement, de déblayage, de réparation ou de renforcement des canaux, des caniveaux et des diguettes qui ont subi des dégradations notoires provoquées par la divagation prolongée des animaux.

- La campagne 2017-2018 peut se dérouler dans les mois propices et favorables de pluie (juin-juillet-août-septembre), ce qui diminuera considérablement le coût de l’irrigation. L’épiaison et la maturation auront lieu en août et septembre, période plus propice et plus favorable à une bonne récolte et un bon rendement. La moisson se situera entre les mois d’octobre et de décembre, avant l’éclosion des oisillons et les invasions des oiseaux granivores qui provoquent et occasionnent des pertes de récolte.

Renouvellement des instances

- Il faudra procéder à un renouvellement total des instances de gestion et d’encadrement des deux périmètres et revoir ou repenser les rôles des services techniques du développement rural dans l’encadrement et la gestion des deux périmètres.

Le rôle des administrations centrale et régionale dans le suivi et la contrôle aussi bien des services techniques que des comités de gestion des deux périmètres, doit être désormais plus dynamique et plus soutenu. Il faut des têtes bien pensantes, plus capables, plus engagées et mieux averties pour chapeauter cette nouvelle dynamique de relance.

- De même, le principe de la tenue de deux (2) assemblées générales publiques de tous les exploitants doit être instauré pour expliquer dans les détails les calendriers et les programmes de campagne.

*En début de chaque campagne, les clauses de financement et de remboursement des crédits, les modalités et les conditions de travail doivent être comprises et acceptées par tous les exploitants.

*En fin de campagne les modes de paiement des redevances et les prévisions pour la suivante, seront portés à la connaissance de tous pour éviter à jamais les manquements et les retards constatés jusqu’à présent.

Pour la pérennité, la productivité et la rentabilité de nos deux périmètres rizicoles, changeons notre mentalité d’éternels assistés et nos comportements désuets et rétrogrades et soyons des paysans nouveaux, modernes, sérieux et engagés sur le terrain pour une riziculture innovée qui nourrit son homme ! Nous travaillons et cultivons le riz dans la boue, mais n’acceptons plus jamais d’être traînés dans la boue !

Mallé Wagué, exploitant

Le Quotidien de Nouakchott





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