Le calvaire des enseignants contractuels en Mauritanie

lundi 7 novembre 2016
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Le ministère mauritanien de l’Education nationale a adopté, il y a une dizaine d’années, la politique de recrutement massif des contractuels (Instituteurs et professeurs) pour faire face au déficit de plus en plus aigu en personnel enseignant. Ces contractuels qui se comptaient au début par centaines ont fini au fil du temps par envahir le secteur éducatif au sein duquel ils occupent aujourd’hui une part importante.

Une source de la direction des ressources humaines relevant du ministère de l’Education nationale indique que les contractuels représentent plus de 20 % du personnel enseignant.

Ils sont recrutés selon le besoin et sont affectés dans des zones difficiles d’accès, des hameaux ou des villages très éloignés, le plus souvent, dépourvus du minimum.

« J’ai été recruté à la suite d’un test organisé par la Direction régionale de l’Education nationale en charge du Tagant et été envoyé comme enseignant contractuel dans la localité d’Aghreyjit située à plus de 250 Km à l’Est de Tidjikja. J’y ai vécu les plus durs moments de ma vie. J’étais complètement coupé de la civilisation », indique Ousmane Sy enseignant contractuel en service au Tagant.

L’enseignant ne nie pas l’hospitalité des populations d’Aghreyjit, très portées aux petits soins de leurs hôtes. Mais, se reprend-il, elles ne pouvaient donner que ce qu’elles ont. Il poursuit sa description de l’état des lieux : « la pauvreté y est très répandue, l’alimentation est réduite à sa portion la plus congrue, l’eau potable est une denrée rare et les loisirs et autres sources d’épanouissement sont ici du domaine de l’imaginaire. J’étais particulièrement marqué par l’absence de tout lien qui me rattache au reste du monde. Agrheyjit vit encore au 19ème siècle ».
L’enseignant est surpris par le fait que les populations ne connaissent pas encore le téléphone, encore moins l’internet. Les rares personnes qui font usage du téléphone sont obligées de se déplacer des dizaines de Kilomètres, souvent sur le sommet d’une montagne pour pouvoir se connecter au réseau téléphonique, poursuit-il. Il a tenté une ou deux reprises de faire comme eux mais il n’a pas pu s’y accommoder.

D’autres enseignants contractuels rencontrés dans les locaux du ministère de l’Education nationale évoquent les mêmes conditions difficiles qu’ils endurent au niveau de leur région respective. Ahmed Baba sert dans la province de Hodh El Chargui précisément dans une localité du Rif relevant de la Moughattaa de Bassiknou. Très marqué par un séjour dont il ne garde, dira-t-il, que de mauvais souvenirs, Ahmed Baba n’est pas pour autant au bout de ses peines.

« Je suis tombé malade à cause de la mauvaise alimentation et des eaux insalubres. Le médecin chef de Bassiknou m’a ordonné d’observer un repos de quinze jours renouvelable deux fois et au bout d’un mois, j’ai retrouvé un semblant de santé et je suis retourné voir mon directeur d’école pour reprendre service mais ce dernier m’a laissé entendre que je ne relève plus de son staff. J’ai découvert finalement que j’étais limogé sans motif valable. En voulant m’informer sur les raisons d’un tel traitement, le Directeur Régional de l’Education Nationale m’a fait savoir qu’un contractuel ne doit pas tomber malade. C’est dire que notre condition frise celle des esclaves taillables et corvéables à merci.

Le calvaire de ce jeune ne s’arrête pas au licenciement abusif. Il court encore, et depuis un mois, derrière ses salaires impayés et il ne trouve pas d’interlocuteur aussi bien au niveau de mon employeur direct ( Direction régionale de l’Education nationale chargée du Hodh El Chargui) qu’au niveau de la Direction des ressources humaines et la Direction de l’enseignement fondamental, toutes deux sensées pourtant détenir, selon lui, la solution du problème.

Au même moment, plus de trois mille enseignants contractuels continuent eux aussi à souffrir le martyr. Chaque jour, ils envahissent les locaux du ministère de l’Education nationale pour rappeler au ministre la promesse que le Président de la République leur avait faite de les recruter comme enseignants permanents et de les titulariser au même titre que leurs collègues de la fonction publique.

Mais les responsables éducatifs ne semblent pas prêts à honorer l’engagement pris par le Président et aucune oreille attentive n’est accordée à leurs revendications. D’ailleurs le 1er Juillet 2016, la police mauritanienne a dispersé violemment un groupe d’enseignants contractuels qui organisait un sit-in dans la cour du ministère de l’Education nationale.

Selon le secrétaire général du Syndicat National de l’Enseignement secondaire « c’est le ministre en personne qui a appelé la police pour venir disperser les enseignants à coups de matraques et de grenades assourdissantes, blessant un certain nombre d’entre eux. L’un d’eux, au moins, a été évacué d’urgence à l’hôpital national ».

Les intéressés n’arrivent toujours pas à comprendre comment une haute autorité de la trempe d’un Président de la République, peut donner un engagement depuis bientôt deux ans et que cet engagement ne puisse pas être traduit dans les faits. « Rien ne l’oblige à nous promettre notre intégration à la fonction publique. La déclaration qu’il a faite à ce propos dans un meeting devant des milliers de personnes a été perçue comme une lueur d’espoir qui, malheureusement, s’est vite éteinte. Je n’irai pas jusqu’à traiter le Président de la République de démagogue mais force est de constater que jusqu’au jour d’aujourd’hui, sa promesse est restée lettre morte » soutient Dieng Amadou, porte- parole des enseignants contractuels.

A noter que le Ministère de l’Education nationale avait posé un premier acte l’année dernière, à travers un communiqué fixant les modalités et la date de l’organisation d’un test de titularisation des contractuels. Toutefois, ce communiqué est resté lettre morte et aucune explication plausible n’a été avancée pour expliquer ce revirement spectaculaire qui sonne comme un aveu d’impuissance d’une administration tatillonne mal inspirée et agissant dans une totale opacité.

« Je crois comprendre que le problème des contractuels restera entier aussi longtemps que les pouvoirs publics n’aient pas le courage et la détermination nécessaires pour lui faire face. Il est tout à fait paradoxal que la formation des enseignants titulaires soit étalée sur trois ans, après l’obtention du Baccalauréat ; alors qu’au même moment, le ministère recrute des contractuels sans niveau qu’on injecte directement dans les classes sans aucune préparation au préalable », raconte Brahim Ould Matala, de l’Association départementale des parents d’élèves...

« Aujourd’hui, si on parle de baisse de niveau et d’effondrement du système éducatif national, ce phénomène de contractuels, sans formation, en est pour beaucoup. La décision de leur intégration dans la fonction publique ne doit pas se faire sans un tamisage strict » précise-t-il, en conclusion.

Dune-Voices





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