Dérive communautaire

mardi 27 mars 2018
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La Mauritanie fait aujourd’hui face à une dangereuse résurgence des particularismes. Sans aller jusqu’á évoquer une euphorie des « identités meurtrières », l’on peut quand-même, s’inquiéter de la banalité avec laquelle les zones, ethnies, tribus et groupes particuliers se manifestent depuis un certain temps.
En effet, depuis des mois, un mouvement des « Fils du Nord » multiplie les écrits et les appels pour que soit cassée « la marginalisation » du nord. Des voix excédées au sein de ce mouvement et qui cultivent des élans d’extrémisme dans leur position, évoqueront même la possibilité de faire sécession et de se séparer de la Mauritanie. Presque au même moment, c’est autour de l’un des influents membres de la famille amirale de l’Adrar de tenirun discours virulent contre la « marginalisation » et la « mise en écart programmée de l’Adrar. Là aussi des voix se sont élevées pour que l’Adrar obtienne sa part du « gâteau Mauritanie ». A l’Est, on n’en est pas du reste. Depuis l’éclatement des évènements du Mali, des voix se font entendre dans cette partie du pays. Décriant la « marginalisation » de la zone et sa mise sous coupole par des « lobby politiques malveillants », son extrême pauvreté sanctionnée entre autres par le manque cruel d’eau, les contestataires menacent, eux aussi, « d’user de tous les moyens, y compris même la séparation pour faire valoir les droits des populations de la zone ». D’ailleurs, à l’occasion de la saison sèche qui coïncide avec les grandes chaleurs occasionnant des ruptures dans la desserte régulière de l’eau dans certaines villes et villages ont donné prétexte aux « contestataires » pour élever, à nouveau, la voix. Pire, un parti politique de la place, Hatem, s’est saisi de l’affaire et a évoqué, lui aussi, la chanson de la marginalisation.
Tout ceci s’ajoutant aux cris et réclamations récurrents des communautés négro-mauritaniennes et haratines qui rouspètent, depuis des décennies, contre la ségrégation raciale, les discriminations de tout ordre et l’esclavage, l’on se dit qu’il est temps de se pencher sérieusement sur l’avenir de notre pays. Non seulement en termes de cohabitation, mais surtout et d’abord en termes de gouvernance. Le jeu du Système, la tribalisation du jeu politique à travers la concentration du pouvoir entre les mains d’une oligarchie militaro-politico-tribaliste figée, sont en train de montrer les limites des vieilles méthodes de gestion qui n’ont rien à avoir avec une vision de gouvernance. Personne n’est aujourd’hui satisfait de ce pays, ni de ses modes de fonctionnement. Que l’on soit du nord, du sud, de l’est, que l’on soit blanc métis ou noir, personne ne veut de la situation du pays. Au demeurant, les réclamations de Hatem amènent à réfléchir. En effet, si l’est de la Mauritanie et son nord crie á la marginalisation et va même jusqu’à proclamer la possibilité de se séparer du pays, c’est que nous avons atteint le creux des creux.
Qu’on le veuille ou non, la Mauritanie des militaires était "la revanche" supposée du nord et de l’Est contre le sud (les négro-mauritaniens et les Trarza qui occupaient les grands centres du pouvoir avant 1978). Et la constellation de l’Etat aujourd’hui, notamment à travers ses structures de direction, ainsi que celle de l’armée ne reflète plus que les rapports de force internes entre puissantes tribus du nord et de l’est. Tout le reste de la Mauritanie y est marginal et insignifiant.
Que les populations de ces zones soient aujourd’hui aux premières loges des « marginalisés », est écœurant, voire inquiétant. Cela l’est d’autant plus que pour le commun des Mauritaniens, les « gens de l’est » sont ceux-là qui ont le plus profité des derniers régimes, notamment en termes de finances. Ces différentes manifestations qui proviennent de l’ensemble des pans socio-politiques du pays, doivent amener à réfléchir et à réagir. Aujourd’hui, la nécessité de revoir les choses de manière sérieuse et profonde s’impose.
En d’autres termes, le règne du SYSTEME a bien atteint son paroxysme. Comme l’a évoqué récemment Sarr Ibrahim, le président de AJD/MR, « le système est bouclé ». Il est au stade extrême de son évolution. Il ne pèse plus et ses symboles sont défaits dans les esprits des gens. Ses pratiques sont décriées par tous á tel enseigne que leur persistance nous menace d’implosion.
Si les alertes de 1978 (El Horr), de 1983 (FLAM), les soubresauts des années de braise et les multiples tentatives de coup d’Etat menées par des mouvements idéologiques de tous bords nous ont épargnés jusque-là, nous devons notre vie à la Baraka. Pour autant, ce qui se trame aujourd’hui dans les esprits de ceux qui n’en peuvent plus et n’en veulent plus de leur situation peut être préjudiciable à l’existence de la Mauritanie.
Le temps est venu de l’analyse, de la discussion, du dialogue et de la quête de la solution qui sorte le pays de sa situation générale de mal être et de crise. Refuser de voir la réalité d’en face, naviguer à vue, vivre au jour le jour, sans se soucier du présent des citoyens et de leur lendemain, ne peut plus durer. Cette politique doit être bannie puisqu’elle n’a engendré que des frustrations. Il faut éviter à la Mauritanie l’implosion.

Amar Ould Béjà





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