L’adresse au peuple

lundi 20 novembre 2017
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Le président de la République s’apprête à s’adresser au peuple mauritanien. Ce sera au soir du 27 novembre courant. Il était bien temps ! Contrairement à tous ses prédécesseurs, Ould Abdel Aziz ne discourt par souvent. C’est pourtant un devoir qu’il doit à son peuple. Et l’occasion ne lui a pourtant pas manqué, lui qui trouve chaque fois des subterfuges pour l’éviter : toujours entre deux avions, le président a d’abord supprimé la traditionnelle conférence de presse que ses prédécesseurs organisaient à l’aéroport de Nouakchott, chaque fois qu’ils revenaient d’un périple international.
Ensuite il a mis un terme à la série de conférences de presse qu’il avait initiée de retour de visites à l’intérieur du pays. Là, le dernier traitement que lui a réservé un de nos confrères en est certainement pour quelque chose. Puis, le chef de l’Etat a cessé ses visites « inopinées dans les établissements publics que la presse mettait à profit pour l’interroger.
En cultivant le silence autour de lui et en prolongeant cette attitude vers ses ministres, le président de la République met à nu les sentiments personnels qu’il éprouve à l’endroit de son peuple : mépris et dédain. A ce peuple qui devait pourtant être au fait de la réalité, les seules bribes d’informations désormais servies sont celles qui proviennent des conseils de ministres : décrets, mesures personnelles si ce ne sont des licences accordées à des tierces personnes choisies sur le volet.
Que le chef de l’Etat et les membres de son gouvernement le sachent : le peuple doit être informé de ce qui se trame là-haut. Qu’ils sachent aussi que la réponse aux problèmes de la Mauritanie est plus grande que les contours de quelques petits décrets de circonstances qui ne tombent que pour faire oublier une chose ou préparer le pire.
Aujourd’hui, au-delà de toutes les crises politiques et économiques que nous vivons, c’est la catastrophique situation de la des populations qui préoccupe.
Cette préoccupation est d’autant plus grande que rien ne présage du sérieux de la part des autorités pour venir à bout de la tragédie que vivent ces populations depuis plus de dix ans : famine, épidémie, pauvreté endémique dans toutes les régions du pays alors qu’à Nouakchott, la situation est des pires : le transport public n’est plus fonctionnel, la circulation routière devient de plus en plus impossible, les eaux sales et les routes délabrées qui se liguent contre tous pour que la roue économique ne puisse plus tourner en rond.
Il faut vivre le calvaire des Mauritaniens à l’intérieur du pays, pour se rendre compte combien ils sont futiles les décrets de dénomination ou de démission, les déplacements présidentiels à l’étranger et le mensonge assourdissant des médias publics !
A Nouakchott, il faut vivre dans les quartiers abandonnés d’El Mina, Sebkha, de Ryadh, et autres pour mesurer combien le désarroi est grand et combien la frustration et la déception ont fini par gagner le peuple. Celui-ci n’a plus confiance ni dans son Etat, ni en ceux qui le dirigent. Il a comme l’impression que ceux qui le dirigent se foutent royalement de lui.
Alors que nous sortons d’une saison d’hivernage marquée par de faibles pluies, que prévoit l’Etat pour juguler les risques de santé que génère la situation à venir ? Que compte faire l’Etat pour aider les populations à se relever de la pauvreté ? Qu’est-ce qu’il peut proposer au chômage des jeunes ? Des réponses à ces questions ne doivent pas attendre. Elles doivent être présentées ici et maintenant.
En plus de ces réponses, celles qu’attendent tous les citoyens consistent d’abord à bien de savoir au-delà, de quoi sera fait demain pour ces milliers de personnes et de familles sans perspectives mais aussi de savoir pourquoi nos gouvernants, à leur tête le président de la République, nous traitent-ils ainsi, sans égard quelconque ? Peut-être que les réponses à ces questions et à bien d’autres qui préoccupent le peule, interviendront par... décret !
Ce qui est en tout cas certain, c’est qu’elle ne proviendra point du président de la République qui a érigé la tradition su silence en règle absolue, circonscrivant ses rares expressions en bribes prononcées pendant des visites « inopinées » dans des sites publics.

Oumar El Moctar





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