07/09/2016 13:12 - Stratégie pour un plan Marshall et un chronogramme destinés à mettre fin définitivement à l’esclavage en Mauritanie

mercredi 7 septembre 2016
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Comme il a été indiqué dans la deuxième partie, la responsabilité de la France dans la persistance de l’esclavage en Mauritanie demeure entière. En effet, ni le décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage dans les colonies ni celui du 12 décembre 1905 destinés à réprimer la traite des esclaves dans toute l’étendue de l’Afrique occidentale française et au Congo n’ont été appliqués en Mauritanie.

Plus grave encore, l’esclavage en Mauritanie a été utilisé par l’administration coloniale locale tant par Faidherbe que par Coppolani pour faire pression sur les tribus arabo-berbères comme l’avait dit en 1854 Faidherbe : « Les esclaves fuyant les tribus en guerre contre la France seront libérés, ceux qui fuient les tribus amies de la France seront remis à leurs maîtres. »

Coppolani avait aussi assuré en 1904 à Baba Ould Cheikh Sidiya et aux chefs de tribus arabo-berbères dans le cadre de la colonisation pacifique que « rien ne sera changé au statut des esclaves, s’ils acceptent la colonisation française. » De même le colonel Gouraud s’adressant aux populations de l’Adrar avait tenu les propos suivants : « Si vous acceptez la colonisation française, vous pouvez conserver vos moutons, vos ânes et vos esclaves. »

Durant toute la période coloniale, l’esclavage a toujours fait l’objet d’un marchandage et d’une arme de pression et de dissuasion du colonisateur sur les tribus arabo-berbères au point que même les fugitifs qui ont cru aux dispositions de la loi française et qui s’étaient réfugiés dans les postes coloniaux sous le drapeau français étaient sans état d’âme et sans remords remis entre les mains de leurs maîtres qui venaient les chercher et qui n’hésitaient pas à les exécuter pour donner l’exemple aux autres esclaves qui tenteraient de fuir l’esclavage maîtres comme cela a été le cas en 1871 de la jeune femme réfugiée dans la localité de Gandiol non loin de Saint –Louis.

En vérité, sur le territoire de la Mauritanie pendant la période coloniale où flotte le drapeau français, emblème de paix, de liberté, d’égalité et de justice, le vrai visage de la France n’a été vu nulle part : la France des droits de l’Homme, la France maternelle, bonne, généreuse et juste qui est, selon le mot d’Edouard Herriot, « La plus haute personne morale qui soit au monde est que tout bon français doit servir comme telle. »

La France de Jeanne d’Arc, la France de Lafayette, la France de Victor Hugo, la France de Châteaubriand, de Lamartine, de La Fontaine, la France de Jean Paul Belmondo et d’Alain Delon, la France de Charles Trenet, la France de Brigitte Bardot, la France de Johny Halliday, la France de Sylvie Vartan. Cette France que mon professeur de français au lycée de Xavier Coppolani de Rosso de 1965-1970, Mme Baudoin qui m’a tant fait admirer et aimer et respecter. Cette France de notre enfance, personne ne l’a encore vu à ce jour en Mauritanie ni avant, ni pendant, ni après la période coloniale.

La seule France que l’on voit ici est celle des compromis et des compromissions avec les chefs des tribus arabo-berbères et qui n’a pas hésité à remettre, pieds et mains enchaînés, des pauvres esclaves fugitifs, qui dans les chaumières les plus lointaines du pays, ont entendu et cru à l’appel de Victor Schoelcher à la justice, à l’égalité et à la liberté et aux dispositions de l’article 7 du décret de 1848, sur le « sol libérateur » de la France et plus tard, sur les dispositions du décret de 1905 interdisant l’esclavage dans toutes les colonies occidentales françaises et au Congo et qui le plus souvent étaient exécutés pour faire exemple.

La responsabilité de la France est entière dans la situation de misère politique, économique, sociale et culturelle que vivent présentement les deux millions d’esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Haratines) et dont les conditions de vie et d’existence sont restées figées comme si on était encore au 8ème siècle de l’ère chrétienne.

A ce titre, la France doit procéder aux réparations de l’injustice résultant de son attitude pendant la période coloniale et elle doit mettre en place un plan Marshall destiné à rehausser le niveau politique, économique, social, culturel et éducatif de ces esclaves et anciens esclaves en Mauritanie :

- Le gouvernement français notamment le président François Hollande doit présenter ses excuses publiques pour les souffrances infligées aux victimes de l’esclavage en Mauritanie.

- Mettre en place une agence indépendante du gouvernement mauritanien chargée de promouvoir et de mettre à niveau : par l’ouverture des écoles, des centres de santé, des points d’eau, des pistes rurales, la création d’activités génératrices de revenus

- Le recensement exhaustif et total des populations concernées par l’esclavage et les servitudes qui leur sont assimilées ;

- Etant donné que jusqu’à présent, le gouvernement mauritanien refuse de présenter les données détaillées en termes d’ethnicité, de langues ou d’autres dimensions importantes (esclaves et anciens esclaves), qui sont recensés avec leurs maîtres, il est extrêmement difficile dans ces conditions de connaître la réalité de la vie sociale du pays. On apprécie de manière claire et cohérente, les points sensibles, tous reliés aux droits des groupes serviles et aux droits civiques qui restent bloqués par le gouvernement mauritanien.

- La réalisation d’une enquête approfondie sur la situation des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie semble urgente et d’une priorité absolue et on est en droit de se demander comment un Etat peut adopter une loi très précise sur l’esclavage sans avoir la moindre information chiffrée ni la moindre analyse sur une enquête statistique de base alors que le pays dispose d’un office national de statistiques. Mais les données sont organisées de telle sorte qu’il ne fait aucun doute qu’elles ne répondent qu’à une interférence politique évidente.

En attendant la publication du rapport final sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme de M. Philippe Alston, il est urgent, impérieux et nécessaire que le gouvernement mauritanien prenne conscience du fait que l’on ne peut continuer à nier les évidences (l’existence de l’esclavage) et qu’il faudrait plutôt commencer à organiser des réponses cohérentes au besoin des esclaves et des anciens esclaves de Mauritanie (Harratines), pauvres, analphabètes, ignorant et abandonnés à eux-mêmes et qui se trouvent en situation de détresse profonde (Cf. Dr Mariella Villasante Cervello : L’extrême pauvreté et la discrimination en Mauritanie).

Plusieurs ONG internationales notamment Amnesty International ont proposé des solutions pour une abolition effective de l’esclavage en Mauritanie.

Voici les recommandations faites par Amnesty International pour une abolition effective de l’esclavage

1.au gouvernement mauritanien :

- lancer une enquête indépendante et impartiale sur l’esclavage et les pratiques apparentées ;

- lancer une enquête sur les mesures prises par les autorités nationales et locales face à des pratiques d’esclavage qui leur sont signalées ;

- adopter des mesures de réparations pour les victimes d’esclavage ;

- rendre l’instruction primaire effective et obligatoire ;

- mener des campagnes de sensibilisation contre l’esclavage ;

- rappeler que l’esclavage selon les statuts de Rome est un crime contre l’humanité et que les responsables peuvent être poursuivis par la cour pénale internationale

2.à la communauté internationale :

- soutenir l’action des organisations antiesclavagistes et exiger leur reconnaissance officielle ;

- demander des comptes au gouvernement mauritanien dans les instances internationales ;

- inciter les bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque mondiale, PNUD) à exiger du gouvernement mauritanien l’adoption effective de mesures pour lutter contre l’esclavage en échange de financement de projets.

Pour sa part, le Directoire du Manifeste pour les droits politiques, économiques, sociaux et culturels des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) avait proposé au gouvernement mauritanien le 29 avril 2013 une série de recommandations visant à résoudre la problématique de l’esclavage en Mauritanie.

En dépit de plusieurs demandes d’audience introduites auprès du Président de la République, M. Mohamed Ould Abdel Aziz, ce dernier n’a affiché que mépris, dédain et condescendance, il a refusé systématiquement, malgré l’insistance de son président, feu Mohamed Saïd Ould Hamody, de recevoir les responsables du Manifeste. La logique et le bon sens auraient pourtant conseillé aux Mauritaniens de se pencher eux-mêmes, et en premier lieu, sur cette problématique ; cela aurait évité la visite en Mauritanie du rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y sont associées, Mme Mutuma Ruteere et la feuille de route en 29 points des Nations unies pour la lutte contre les séquelles de l’esclavage.

Mais aussi, la venue de M. Banki-Moon à Nouakchott le 4 Mars 2016 pour signifier aux autorités mauritaniennes que l’esclavage au 21ème siècle est inadmissible, inacceptable et intolérable et que les Nations unies et les nations civilisées du monde ne resteront pas les bras croisés devant cette situation et que ce qui a été jugé, inacceptable, inadmissible et intolérable pour le régime de l’apartheid de Peter Botha en Afrique du Sud ne le sera pas pour le régime raciste et esclavagiste de Mohamed Ould Abdel Aziz en Mauritanie.

Comme cela aurait évité les déclarations accusatrices du rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme en Mauritanie, M. Philippe Alston, lors de sa fameuse conférence du 11 mai 2016 et dont le rapport préliminaire présage un risque de ternir l’image du pays, classé comme étant une nation esclavagiste et raciste qui discrimine ses populations noires.

Nous vous livrons ci-après les recommandations proposées dans le Manifeste pour les droits politiques, économiques, sociaux et culturels des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) qui date du 29 avril 2013, mais qui restent d’une brûlante actualité :

- Organiser un grand Débat public auquel seront associés tous les médias, les experts et personnalités qualifiées, les érudits et Oulémas, doit être tenu dans un proche avenir pour discuter et enrichir les propositions ci-dessous et leur donner le maximum de résonance dans tous les milieux de la société.

- Une fois amendés et adoptés, les résultats et propositions de ce débat pourraient constituer la base d’un Plan d’action gouvernemental, visant à lutter contre toutes les inégalités et discriminations et tendre résolument vers l’égalité réelle entre les communautés et les citoyens. Toutefois, cette orientation doit axer spécifiquement ses efforts en faveur des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) qui accusent un retard très important par rapport aux autres composantes nationales. L’approche de « discrimination positive » à laquelle de nombreuses voix ont déjà appelé, s’impose en urgence.

1.Engager dans les meilleurs délais, une large concertation nationale pour la mise en place d’un véritable contrat social, fondé sur l’appartenance commune à une Nation Unifiée et garantissant la liberté et l’égalité réelles entre tous les citoyens ;

2.Prendre des mesures immédiates et urgentes en faveur des marginalisés et des laissés- pour-compte dans le pays puis engager, derechef, les préparatifs pour la tenue d’un congrès national sur la justice sociale et ce sur la base des droits socioéconomiques et culturels du citoyen dans un Etat de droit.

3.Créer des zones d’éducation préférentielle dans les espaces d’extrême pauvreté (adwabas) avec tous les avantages liés à ce statut en termes d’enseignement, d’infrastructures, de moyens budgétaires appropriés, d’encadrement et de suivi pédagogique, d’évaluation et de motivation des enseignants, des élèves et de leurs parents, d’accès prioritaire et préférentiel aux bourses dans l’enseignement professionnel et supérieur, de création d’internats et de cantines scolaires...etc.

4. Mettre en place un plan d’éradication de l’analphabétisme dans le pays au cours d’une période n’excédant pas la décade et assurer la prise en charge de la scolarisation des enfants et des adolescents jusqu’à l’âge de 18 ans avec possibilité d’accéder à une école de la deuxième chance pour limiter les décrochages scolaires ;

5.Réaliser une véritable réforme agraire de grande envergure menée suivant les principes connus : redistribution équitable, individualisée et définitive des terres selon le principe de préemption pour le travailleur du sol (la terre appartient à ceux qui la travaillent), sécurisation juridique de la propriété par des clauses de sauvegarde contre la spéculation, modernisation de l’outil de production, accroissement de l’investissement productif, mise en place de mécanismes garantissant une commercialisation rentable de la production. etc. Comme il convient d’intégrer pleinement la dimension des droits de l’homme dans les programmes visant à s’attaquer aux causes profondes de l’esclavage et de la pauvreté. Dans ce sens, les conclusions et recommandations des différents rapports du conseil des droits de l’homme de l’assemblée générale des nations unies - plus particulièrement le dernier rapport de la rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage en Mauritanie, Mme Gulnara Shahinian, en date du 24 Août 2010 ainsi que celui de Mme Mutuma Ruteere- peuvent constituer une précieuse contribution à l’éradication des formes modernes d’asservissement des hommes et de réduction de la pauvreté.

6. Mettre en application effective la Loi criminalisant l’esclavage et les pratiques induites par la révision ou le renforcement de certaines dispositions afin de permettre à toutes les organisations de la société civile et aux personnes morales d’ester en justice en lieu et place des victimes de l’esclavage qui doivent être considérées comme personnes indigentes par cause de l’esclavage et de l’ignorance.

Il convient aussi de créer une Structure Publique chargée de ce dossier et de toutes les politiques publiques pour l’égalité réelle, tout en axant ses efforts sur le repérage, l’affranchissement et la réadaptation des personnes réduites à l’esclavage. Les jugements rendus à ce jour par le tribunal spécial de Néma dans l’affaire de l’esclavage de Mme Vatimetou mint Hamdi et Vatimata mint Zayid (dossier 110/2016) où les deux criminels Hanana Ould Sidi Mohamed et Khaliva Ould Hemedy qui ont réduit en esclavage pendant 40 ans ces deux dames et leurs 10 enfants, chose qu’ils ont reconnu devant le tribunal, n’ont écopé chacun que de 5 ans dont un ferme et 4 ans avec sursis plus une amende de deux mille dollars environ pour chacune des victimes, alors que la loi 031/2015 portant criminalisation de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes ordonnent un minimum de 10 ans et un maximum de 20 ans de prison ferme comme c’est toujours le cas en Mauritanie et particulièrement en ce qui concerne les lois criminalisant l’esclavage, il y a un fossé entre les textes de loi et leur application. Ce verdict de Néma est une invitation aux propriétaires d’esclaves de continuer cette pratique odieuse.

Il y a lieu de penser à confier les jugements relatifs aux pratiques de l’esclavage à la justice internationale étant que la justice mauritanienne a montré ses limites.

7. La création d’un Fonds pour financer toutes les actions liées à ce projet, une revue annuelle de l’état de mise en œuvre de la Loi avec un débat public sur ce rapport et une publication largement médiatisée. Une telle action à trois niveaux devrait viser à établir enfin la vérité sur la réalité de l’esclavage, définir un cadre d’action pour en éradiquer les pratiques et survivances, initier une politique répressive sans complaisance et accroître la lutte contre l’impunité par la conduite de procédures d’instruction et de jugement exemplaires, d’arrestation et de punition des contrevenants.

8.Mettre à l’étude la faisabilité de l’élargissement du Système de protection sociale pour tendre graduellement vers un régime d’assurance maladie universelle qui prenne en compte la réalité actuelle caractérisée par le fait que plus de 80% de Mauritaniens et probablement près de 100% de pauvres et des esclaves et des anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) du secteur informel se trouvent exclus de toute prise en charge du risque social et de santé ;

9. Revoir les règles de partage du pouvoir pour attribuer un quota stable de 40 % au minimum [de manière tacite ou solennelle) à la communauté des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) au niveau des Institutions constitutionnelles, du Gouvernement, des Administrations et Etablissements publics et des postes de hauts fonctionnaires de 1’Etat (Cabinets Présidentiel et ministériel, Administration centrale et territoriale, Diplomatie, Projets de développement, Grands corps de l’Etat..etc).

10. Instituer une règle imposant que les deux postes supérieurs du pouvoir exécutif (Président de la République et Premier Ministre) ne soient plus occupés par deux personnalités de la même communauté ; la mesure permettrait de mieux favoriser le partage du pouvoir.

11. Inciter fortement à la présence d’un député esclave et ancien esclave de Mauritanie (Harratines) au moins dans la première moitié de toutes les listes électorales dans les circonscriptions dont la représentativité parlementaire est supérieure ou égale à deux députés et ce compte tenu de leur majorité absolue ou relative dans l’ensemble des Moughata’a du pays.

12. Etudier différentes formules pour instaurer une Législation fondée sur la discrimination positive dans certains domaines (Accès aux établissements et bourses d’enseignement, aux financements publics et investissements, aux fonctions publiques et mandats électifs...etc) à la lumière des expériences achevées ou non de certains pays confrontés à des défis similaires tels que (les Etats-Unis d’Amérique, l’Afrique du Sud, le Liban, l’Inde, le Brésil, le Royaume Uni, etc).

13. Mettre en place des politiques assorties de mécanismes institutionnels, juridiques et budgétaires contraignants en vue de réaliser tous les objectifs liés à l’égalité réelle et la lutte contre la pauvreté dans les différents domaines et assurer un suivi grâce à des mécanismes d’évaluation et des indicateurs chiffrés sous le contrôle du Parlement et des Organisations de la Société civile (OSC) avec l’assurance de pouvoir toucher les poches d’extrême pauvreté dans les zones les plus enclavées et les plus reculées ;

14. Encourager l’émergence d’une nouvelle classe d’opérateurs économiques et d’industriels de cette communauté en octroyant, dans des conditions préférentielles, des facilités pour la création d’établissements bancaires et financiers, de licences de pêche, des crédits et financements pour la création d’entreprises et d’industries dans des domaines porteurs, notamment la pêche et l’agriculture, pour mettre un terme à la perpétuelle exclusion des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) dans le domaine de l’économie et des affaires, élément le plus constant de leur oppression ; sachant que les biens fabuleux qui se sont amoncelés et s’amoncellent toujours dans les poches des nouveaux riches, ont tous pour source unique les deniers publics, mis à contribution au service de certains, suivant des méthodes et procédés dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils manquent de transparence et d’objectivité.

15. Favoriser l’accès des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) en tant que tels aux mandats électifs et à la haute administration par des moyens autres que les « quotas officieux » et ce pour en finir avec les discriminations flagrantes situant la part qui leur revient à un niveau insignifiant : souvent entre 1 à 2% d’esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) dans des postes électifs et de hauts fonctionnaires alors qu’ils constituent plus ou moins la moitié de la population du pays ; 16. Mener une enquête quantitative et qualitative indépendante sous l’égide des Nations unies et avec la participation d’organisations spécialisées aux fins de mesurer la réalité exacte du phénomène de l’esclavage, de ses survivances et de ses séquelles.

17. Initier un grand débat doctrinal associant les différentes écoles de pensée islamique sur le discours religieux et leur rapport à l’esclavage avec la participation des Ulémas du Maroc, de la Tunisie, de l’Egypte, du Sénégal et de l’Arabie Saoudite, contrôler la diffusion des ouvrages des jurisconsultes et certains programmes des médias officiels (Radio Coran par exemple) tendant à perpétuer l’esclavage et l’inégalité entre les hommes. Il convient aussi de s’interroger sur le rôle des Ulémas et Fughahas, en tant qu’instance de légitimation de tout pouvoir politique en place et de l’ordre social injuste, jusqu’ici réfractaires aux enseignements éthiques notamment les valeurs d’humanisme et de fraternité.

18. Affirmer le leadership des membres qualifiés de la communauté des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) dans le domaine religieux, culturel et symbolique avec l’émergence d’Imams et Fughahas, écrivains et penseurs, femmes et hommes des arts et médias, poètes et prosateurs pour modifier l’image et la perception de cette communauté et mettre en valeur sa contribution au système de production et de diffusion des valeurs religieuses et culturelles.

19. Affirmer, de manière claire et précise, le principe d’égalité réelle entre les communautés et les citoyens dans les programmes d’enseignement publics et privés, les déclarations de politique générale du Gouvernement et de l’Opposition, les différents plans de développement, les priorités des Organisations de la société civile (OSC) et des partenaires extérieurs. Un Projet de Charte pour l’égalité réelle et contre l’exclusion et les discriminations devrait être étudié et proposé à tous les partis politiques pour l’enrichir et l’adopter.

20. Refonder les politiques de lutte contre le chômage et la pauvreté avec un meilleur ciblage des zones de pauvreté et d’extrême vulnérabilité et l’application de mécanismes préférentiels en faveur des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) d’où l’intérêt de confier les politiques appropriées à l’Organisme public cité au point 7 ;

21. Elaborer un programme spécial prioritaire en faveur des centaines de milliers de jeunes déscolarisés et sans diplôme, victimes de la faillite de l’école publique et de l’indigence de leurs parents ; les grands gisements d’emploi [Agriculture, Pêche, Mines, Services...) méritent une meilleure valorisation, en plus éventuellement d’un nouveau Service national civilo-militaire qui pourrait être pourvoyeur de dizaines de milliers d’emplois ;

22. Mettre en place des outils incitateurs (fiscaux, allégement de charges sociales, réduction des impôts sur les bénéfices, accès préférentiel aux financements bancaires avec des taux d’intérêt bonifiés...) pour mieux orienter l’investissement privé et accroître son volume vers les zones d’extrême pauvreté et favoriser la création de richesses et d’emplois.

23. Mettre en œuvre un Plan de formation professionnelle au profit des petits métiers et des travailleurs du secteur informel avant de leur ouvrir l’accès aux financements publics et privés permettant de mieux structurer leurs activités, et améliorer la productivité et en accroître les revenus ;

24. Revoir le statut des sociétés d’intermédiaires (telles que le BEMOP pour mettre fin à leurs scandaleuses pratiques relevant de l’esclavage moderne de prélèvement confiscatoire de plus de 61 % sur les salaires des travailleurs placés ; il convient, soit de les supprimer totalement et en confier la mission aux syndicats des travailleurs, soit plafonner cette ponction à 10% maximum conformément aux standards internationaux ;

25. Concevoir et mettre en œuvre un grand Programme de reconstitution du cheptel au profit de petits paysans et éleveurs pauvres pour les doter d’un bétail composé au minimum de 10 à 15 têtes de différentes familles (Ovins, caprins, bovins, camelins) selon les zones d’élevage et le choix des bénéficiaires. Ceci favorisera un élevage productif, susceptible d’accroître les revenus des esclaves et anciens esclaves (Harratines) hors des villes et en réduire la misère ;

26. Promouvoir une politique de logement social pour assurer l’accès des pauvres à la propriété et à un logement décent doté de l’eau et de l’électricité, avec une priorité aux demandeurs esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) ;

27. Appuyer les Organisations de la société civile (OSC) engagées dans le combat pour l’égalité réelle, l’appui à la création d’instituts de réflexions stratégiques et de prospectives, d’Observatoires dédiés à développer la recherche, les études et les publications sur la problématique de l’esclavage en Mauritanie.

28. Favoriser l’accès aux médias de tous les courants de pensée, des hommes politiques, intellectuels et militants de la cause de l’émancipation pour contrebalancer la pensée unique de courant nationaliste conservateur et négationniste qui refuse tout débat sur la réalité de l’esclavage et de l’exclusion dans le but de pérenniser l’ordre social injuste et inégalitaire au péril de l’unité et de la cohésion nationales.

29. Faire de la journée correspondant à la date de publication du Manifeste pour les droits politiques, économiques, sociaux et culturels le 29 avril 2013 et du vote de la Loi criminalisant les pratiques esclavagistes une Journée officielle de souvenir et de mémoire où la Nation rend hommage aux victimes de l’esclavage et célèbre par la production intellectuelle la plus variée les valeurs d’égalité, d’antiracisme, de solidarité et de fraternité, Il importe d’organiser à cette occasion des cérémonies ponctuées de discours officiels, des débats dans les médias, les écoles et universités ; des remises de décorations et de reconnaissances aux militants de cette noble cause ;

30. Créer une Haute Autorité indépendante, inscrite dans la Constitution, en charge de la promotion de l’égalité réelle et de la lutte contre les discriminations et l’exclusion, dotée de pouvoir d’investigations, d’interpellations et du droit d’ester en justice pour assister des personnes victimes de discrimination et du racisme ou d’esclavage. Cette haute autorité pourrait également saisir le gouvernement et les autorités publiques de tout manquement au principe d’égalité et de traitement équitable des citoyens quel qu’en soient les causes et devrait établir un rapport annuel soumis au Président de la République et aux Présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale ainsi qu’au chef de file de l’opposition démocratique.

Ce rapport sera rendu public et alimentera un débat au niveau des deux chambres du parlement.

Naturellement, cette haute autorité indépendante sera dirigée par un haut cadre issu de la communauté des esclaves et des anciens esclaves de Mauritanie (Harratines).

Partant du constat de cette sombre réalité, les présentes propositions constituent à la fois une main tendue et un appel à la refondation d’un nouveau projet politique national, tout entier tourné vers l’émancipation réelle de tous les marginalisés, à commencer par la communauté des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines) et l’éradication totale de toutes les formes d’injustice, d’exclusion et de domination dont souffrent tous nos concitoyens. Exclusion qui ne se limite pas seulement aux domaines politiques et socio-économiques mais enserre de larges pans de la société dans un statut psycho-social inférieur.

Plus particulièrement, la présente initiative a pour ambition (Tous ensemble pour un plan Marshall financé par le gouvernement français) de traduire une nouvelle prise de conscience de tous les Mauritaniens et de concevoir un nouveau projet de société à la fois fédérateur et en rupture franche avec le système des hégémonies particularistes tribales et féodales en particulier et ce dans le but de servir les intérêts supérieurs de la nation.

En définitive, l’objectif premier d’une telle démarche n’est autre que de réaliser le concept de citoyenneté, fondé sur la consolidation de la justice sociale, la consécration de l’égalité citoyenne et la construction de l’unité nationale sur des bases saines, solides, viables et durables en application du principe de la concertation avant toute refondation !

En conclusion, nous lançons un appel au gouvernement français d’apporter sa contribution à l’émancipation politique, économique, sociale et culturelle visant la promotion et la mise à niveau des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Harratines).

Une pétition en ligne sera lancée le mercredi 14 septembre 2016 sur les sites électroniques, dans les journaux, les réseaux sociaux pour tous ceux qui souhaitent, mauritaniens comme étrangers, apporter leur soutien à cette initiative.

Ahmedou Vall Messaoud

Ancien gouverneur, membre du Directoire du Manifeste pour les droits politiques et économiques, sociaux et culturels des esclaves et anciens esclaves de Mauritanie (Haratines)

Tél : 46 50 11 25

E-mail : vallmessaoud@gmail.com

Ahmedou Vall Messaoud





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