Ely parti, la presse orpheline

mercredi 17 mai 2017
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La nouvelle est tombée comme un couperet vendredi 5 mai 2017 ! Ely Ould Mohamed Vall est mort d’une crise cardiaque alors qu’il se trouve en brousse entre les siens. Si la Mauritanie entière a pleuré l’homme se rappelant ce qu’il fut et ce qu’il a réalisé pour son pays, ils étaient très nombreux les journalistes qui lui ont rendu hommage. Non pas seulement pour le chef d’Etat qu’il fut, mais particulièrement ce qu’ila osé faire pour les médias, ou plutôt, la liberté d’expression dans le pays. En effet, lorsqu’à l’aube du 3 août 2005, le président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya était renversé par des militaires, l’inquiétude était grande chez les journalistes qui craignaient le pire pour leur secteur. Certes, la junte qui avait pris le pouvoir avait d’emblée annoncé son intention de conduire une transition de deux ans aux fins de parvenir à une vie constitutionnelle normale.
Hélas ! Dans sa très forte majorité, ou plutôt dans sa quasi majorité, l’opinion était sceptique. Un scepticisme qui s’expliquait du fait qu’en Mauritanie, l’usage de la force militaire était devenu la norme, plutôt que l’exception dans la conquête du pouvoir.
Mais un scepticisme qui s’expliquait aussi et surtout parce que le chef de la junte n’était autre que le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, ancien directeur général de la sûreté nationale du président Maaouiya Ould Sid` Ahmed Taya, patron des renseignements généraux, ceux-là dont les relations avec la presse avaient toujours été marquées par la crainte et la méfiance, et qui percevaient l’information comme un domaine sensible au même titre que la sécurité ou la défense nationale.
Heureusement pour la presse ; heureusement pour la culture démocratique et heureusement pour le pays, l’opinion s’était trompée. En effet, le président Ely Ould Mohamed Vall qui s’était engagé à prendre un train de mesures de nature à créer un cadre adéquat à une liberté d’expression réelle, allait d’emblée, multiplier les gestes de bonne volonté : vote d’une loi d’amnistie pour les crimes politiques, concertation populaire et présentation d’un programme de politique générale qui prévoit l’organisation d’une série de scrutins en 2006 et 2007.
Ainsi, deux ans durant, un vent nouveau a soufflé sur le pays : un vent de liberté, un vent porteur d’espoir. Le premier acte d’ouverture à la liberté d’expression restera sans nul doute l’ordonnance n°017 – 2006 sur la liberté de la presse, qui en l’occasion, abrogeait l’ordonnance n° 91 – 023 du 25 juillet 1991.
La nouvelle ordonnance qui visait à élargir le champ des libertés dans le domaine des médias, fixait, contrairement à la précédente, un système de régulation approprié à l’exercice de la profession de journaliste.
Son texte s’inscrivait en droite ligne, dans le cadre de la mise en œuvre des engagements du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie dans le domaine de la promotion des droits de l’Homme, du renforcement de l’Etat de droit et de l’application des recommandations des Journées Nationales de Concertation tenues à Nouakchott du 25 au 29 octobre 2005.
La nouvelle loi faisait aussi siennes les recommandations d’une Commission nationale consultative chargée de la Réforme de la Presse et de l’Audiovisuel, créée le 29 décembre 2005, afin de proposer des mesures propres à assurer un développement harmonieux de la presse et de l’audiovisuel, conformément aux exigences, justement de l’État de droit.
Cette loi détermine entre autres, l’autorité de régulation spécifique au secteur de la presse, la HAPA, définit “le profil du journaliste professionnel”, comme les règles applicables à la profession et prévoit la subvention annuelle à la presse.
Conformément à cette ordonnance, le système de récépissé de dépôt, tant décrié par les journalistes, a été remplacé par un système déclaratif qui met un terme au système de censure fixé par le tristement célèbre article 11 de l’ancienne ordonnance.
Mais, l’un des plus importants points dans cette loi reste sans nul doute qu’elle dispose, en substance, que le droit à l’information et la liberté de la presse sont effectivement des droits inaliénables.
Deux années durant, les relations entre le pouvoir et les médias s’en trouvèrent renforcées mettant du coup, un terme aux suspicions. La présidence de la République n’était plus cet édifice infranchissable exclusivement réservée aux journalistes étrangers.
En effet, pour la première fois, les journalistes mauritaniens étaient conviés au Palais présidentiel soit dans des conférences de presse, soit pour des diners-débats auprès du nouveau chef d’État. Ely a créé cette sorte d’affinité, de complicité, voire de convivialité entre la le pouvoir et la presse qui, depuis, échange sans complexe ave les Autorités. Par la force des choses, les membres de son gouvernement n’étaient pas en reste , exprimant, le cas échéant, leur entière disponibilité à répondre aux interrogations de la presse.
Dans la foulée et pour mieux faciliter la circulation de l’information, chaque département ministériel avait été pourvu d’un conseiller en communication relais des médias.
Finalement, la transition politique conduite entre Août 2005 et Mars 2007 par celui-là qui s’en est allé aujourd’hui, a bel et bien créé un cadre légal et institutionnel favorable à la liberté d’expression.
Il faut malheureusement remarquer que depuis, le chemin à parcourir est resté long. La presse est aujourd’hui très fragile. Elle se sent même délaissée ; une situation qui pourrait entraver sa participation à la consolidation du cadre démocratique dans le pays.
C’est dire que les réformes engagées durant la transition doivent être poursuivies par les autorités pour un meilleur respect de la liberté d’expression et l’encrage de la culture démocratique en Mauritanie.
Face à l’immense contribution de cet homme dans la consécration de la liberté de la presse, je cite ce proverbe de chez nous : « celui qui n’envie pas les morts, ne sera point meilleur que les vivants ».

Amar Ould Béjà





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