Les partis politiques face aux défis de la rupture

vendredi 7 juillet 2017
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Le monde d’aujourd’hui serait-il devenu allergique aux partis politiques (dits traditionnels) ? Les notions droite et gauche (le centre n’étant, au fond, qu’un refus de s’assumer) ne seraient-elles plus porteuses d’espoir au point que les citoyens les assimilent à bonnet blanc et blanc bonnet ?

Ou est-ce parce que le politicien traditionnel (pour ne pas dire « professionnel ») ne soulève plus d’enthousiasme que partout, maintenant, on assiste à la montée en puissance de partis dits extrêmes et de « Nouveaux Types de Politiciens » (NTP) ?

En tout cas, les remarquables et tout aussi inquiétantes percées des « nationalistes » dans la vieille Europe, le Brexit, l’arrivée aux affaires de l’iconoclaste Donald Trump aux USA ou du néophyte Emmanuel Macron en France en disent long sur le désamour des populations vis-à-vis de la politique telle qu’elle se faisait.

En Mauritanie, même si, en surface, le politicien continue de surnager dans ce qui reste encore son élément, au fond, ceux qui devraient le suivre, ceux pour qui il est censé déployer son art, ne semblent plus aussi enthousiastes à l’accompagner, les yeux fermés pour n’importe qu’elle aventure.

Certes, la sentence définitive « Tous pareils, tous pourris » ne s’applique pas à tous, mais le sentiment général est que le désintérêt et la démotivation, pour ne pas dire le désamour, semblent de plus en plus gagner du terrain face aux problèmes que vivent les citoyens et que les politiciens n’arrivent pas à régler malgré les multiples promesses de ceux qui sont au pouvoir et les slogans de campagnes de ceux qui cherchent à les bouter.

Avec, un peu plus d’une centaine de partis (peu crédibles, à quelques exceptions près), nous nous acheminons vers le Guiness record de la prolifération sur ce registre .Ce record n’est pas, loin s’en faut, synonyme d’efficacité. Or il semble que la politique ne doit plus être seulement l’art du possible mais par moment celui de rendre possible ce qui est nécessaire.

En un mot, la politique doit rimer avec la capacité de trouver des solutions aux problèmes de la société, dans la liberté et le respect des lois de la cité, loin de la médiocrité et des discours trompeurs qu’affectionnent les aventuriers, les démagogues, les usurpateurs et les amateurs qui investissent le champ politique plus pour se servir que pour servir leurs concitoyens.

C’est dire que bien des partis politiques peu modernes, peu structurés, sans vision et projets politiques clairs, ne contribuant nullement à l’encadrement de la population et à l’émergence d’élites nationales, ne sont que des « cabines téléphoniques » qui sont loin de remplir leur rôle constitutionnel qui est aussi celui de la formation du citoyen.

Depuis l’adoption de la Constitution de Juillet 1991 qui institue le pluralisme intégral, la Mauritanie a connu des situations qui, aujourd’hui, justifient que beaucoup de citoyens adoptent plus une posture de commisération à l’égard de la chose politique qu’un espoir de voir leurs problèmes réglés par ceux qui en ont fait l’art de se hisser au sommet.

Se considérant de plus en plus comme le dindon de la farce, le peuple s’interroge sur la capacité des dirigeants, des leaders à respecter leurs promesses, en traduisant dans la pratique les grandes théories formelles : la liberté, la justice, l’égalité, la démocratie, les droits de l’homme, l’Etat de droit.

Or, ici, depuis bientôt 3 décennies, ces grands idéaux sont, à plusieurs reprises, foulés au pied par ceux qui doivent les défendre, les faire évoluer, les faire vivre au grand bénéfice de tous et de tout un chacun.

Or, disons-nous, dans leur grande majorité, les mêmes politiciens ont défendu, ici, l’indéfendable, cautionné l’inacceptable et joui de privilèges indus du seul fait de leur positionnement opportuniste adopté non pas pour le bénéfice du grand nombre mais généralement pour leurs avantages personnels et particuliers.

Combien de coups d’Etat ont eu lieu pendant cette période ? Combien de mascarades électorales ont été entérinées ? Combien de détournements, de saccages des biens publics ont été opérés au vu et au su de tous ? Enfin, combien de leaders ont du jour au lendemain, après des discours incendiaires, des sorties fracassantes sur des problématiques bien connues, ravalé leurs vomissures pour rallier, avec armes et bagages, le camp – généralement celui des belles prairies – qu’ils vouaient, peu avant, aux gémonies...

C’est cette propension de l’homme politique mauritanien à soutenir, pour ses propres intérêts, à manier le double discours et à se compromettre ; à transhumer sans honte ni remords ; c’est ce manque de détermination et de conviction, cette tendance à l’aplatissement qui font que le peuple, ayant pris conscience, petit-à-petit, que le salut ne saurait venir de cette classe politique véreuse, se désintéresse de la chose publique ou fait semblant de suivre le mouvement.

En plus de tous ces maux qui minent l’espace politique mauritanien, est venue s’ajouter la promotion des particularismes tels que l’ethnie, la tribu, la région ; un triptyque qui assombrit l’horizon, obère toute réussite par l’effort et cultive l’intolérance, la radicalité et le rejet de l’autre.

Le danger est que, de plus en plus, les partis, les mouvements qui se créent le sont sur des bases sectaires où le programme social, le développement durable, l’accès pour tous aux biens communs par le mérite et dans la transparence ne signifient plus rien ; l’adhésion n’étant plus motivée que par la parenté avec le leader, la proximité avérée, supposée ou espérée avec le prince du moment ; par vengeance ou par ressentiment suite à une déchéance ou une traversée du désert du « fils du bled ».

La compétition, ici, n’est plus comment, par l’initiative, par l’innovation, par la critique constructive, arriver à construire un projet de société apte, pour le tenant du pouvoir et sa mouvance, à sortir le pays de l’ornière, et pour l’opposition à se poser en alternative crédible et prête à assumer la charge de gestionnaire de la cité.

Plus ici qu’ailleurs, les Etats à jeune démocratie ont besoin de plus de réalisme que de discours, plus de pragmatisme que de dogme ; moins d’idéologie et plus d’engagement dans la compétition saine pour un développement rapide et durable.

Les défis qui se posent à un Etat comme la Mauritanie, au-delà du besoin pressant de développement, c’est la rupture : rupture avec la façon éculée de gérer le pays avec la promotion par le copinage et le dosage ; la gouvernance du jour au jour ; une politique de l’à-peu-près aussi bien intérieure qu’extérieure.

Mais aussi, rupture avec la mal-gouvernance économique où les marchés de gré-à-gré, les ententes tacites et le troc prennent le pas sur une gouvernance vertueuse et sobre reposant sur les règles et sur la morale.

Mais surtout, rupture avec le financement de projets voués à l’échec car initiés sur des coups de tête, ou des sautes d’humeur sinon assez souvent, pour une juteuse commission : création de compagnie aérienne, de société de transport publique ou d’institutions qui, hormis qu’elles constituent des gouffres financiers, n’ont de mérite que de servir de planque à la clientèle et à la parentèle.

A ces défis s’ajoute hélas, la problématique de la séparation des pouvoirs, l’exécutif continuant à vouloir mener au doigt et à l’œil le législatif, même si, récemment, il s’est heurté, pour la première fois, au refus du Sénat de se faire raccourcir. Quant à l’indépendance de la justice…

Dans le sillage de ces défis, de ce besoin de rupture et dans l’optique du changement souhaité, partout on entend parler de « nouvelle façon de faire la politique », de « rajeunissement de la classe politique », de « retraite de la vieille garde », oubliant que l’âge de l’homme politique ne se mesure pas par celui de ses artères mais par le nombre d’années passées dans la scène. Un homme de 30 ans qui milite depuis 15 ans est politiquement plus âgé qu’un homme de 60 ans qui ne compte que 5 ans d’engagement.

C’est dire combien il y a du pain sur la planche à mettre à la retraite, du jour au lendemain, tous ces activistes politiques qui ne vivent que de « ça » depuis des années et des années.

Est-ce à dire qu’il y a matière à s’inquiéter de l’impossibilité de voir un jour un « Macron mauritanien » ? La réponse n’est pas aisée tant le format dans lequel évoluent les acteurs politiques mauritaniens ne laisse pas assez de marge aux « politiciens hors-champ - hors-parti » de s’imposer.

Néanmoins, cela est bien probable, étant entendu que pour arriver au pouvoir, il est possible maintenant de s’appuyer sur d’autres forces qui ne sont pas que politiques. En effet, les syndicats prennent de plus en plus de force, de conscience et d’indépendance ; la société civile s’organise, s’active et se pose en sentinelle moins passive ; les mouvements citoyens s’imposent comme des mécanismes de lutte pour une meilleure prise en compte de l’opinion des sans-voix, et l’extraordinaire développement des réseaux sociaux a produit un nouveau citoyen bien au fait de ce qui se passe chez lui et ailleurs et qu’on ne peut plus berner facilement.

Faut-il rappeler que le désamour pour la chose politique puise sa source des déceptions causées par les partis politiques traditionnels et les hommes politiques qui les dirigent. Les promesses électorales ne sont jamais tenues et les bilans des exécutifs sont toujours controversés.

Aussi, on peut relever au moins deux comportements qui traduisent cette défiance : le rajeunissement des choix et l’élection d’outsiders (France, Canada, Etats-Unis, Irlande…), la montée du populisme et la hausse de l’abstention. Mais, ces bouleversements produiront-ils les effets escomptés ou finiront-ils par décevoir à leur tour.

En tout cas, pour Donald Trump la désillusion est déjà constatée. Pour Trudeau, on commence à se poser des questions. Quant à Macron, il est encore trop tôt pour faire un jugement. En tout état de cause, le constat est que, plus une situation devient lassante, plus l’aspiration au changement devient irrésistible.

Malgré tout, l’espoir reste permis et, tôt ou tard, le camp des justes pourrait prendre le pas sur celui des béni-oui-oui.

En tout état de cause, la nature ayant horreur du vide, l’intérêt de plus en plus grand accordé par les mouvements citoyens « hors champ politique traditionnel » aux affaires de la cité pourrait bien voir ces derniers ravir la vedette, sur leur propre terrain, aux partis et autres structures strictement dédiées à la politique. Mais ils ne pourront jamais les remplacer définitivement, puisqu’à chacun son rôle et sa partition.

Maître Mine Abdoullah
Avocat à la Cour
Professeur d’Université
Président de la LMDH
Président de PCQVP-Mauritanie

Maître Mine Abdoullah





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