3ème Congrès d’IRA, une césarienne en période d’exception

lundi 29 janvier 2018
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C’est presque dans la clandestinité, comme à l’époque du monopartisme, que le Congrès de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) s’est achevé le 28 janvier 2018 par une résolution finale. Commencés la veille au domicile du président Birame Dah Abeid, les travaux ont été interrompus par le préfet de la circonscription sur ordre de ses supérieurs. Face aux menaces proférées par les autorités de livrer le quartier à la vendetta policière, les congressistes ont préféré aller poursuivre leur manifestation dans un endroit resté secret. Birame a été reconduit à la tête du mouvement.

Le 3ème Congrès ordinaire d’IRA s’est achevé le 28 janvier 2018 après deux jours de travaux rocambolesques, mi-publics mi-clandestins. Ce Congrès a été baptisé « Congrès Mère Houleye Sall » du nom de la mère du lieutenant Abdallahi Moussa Sall, assassiné en 1990 à Inal, qui continue, malgré ses 92 ans à lutter pour que la vérité et la justice soit rendu non seulement à son unique fils, mais aussi à tous les martyrs de ces douloureux évènements qui ensanglantent l’histoire de la Mauritanie.

La Mauritanie et le monde

La résolution finale adoptée au bout des travaux du congrès fixe dans son préambule le contexte qui prévaut en ce début 2018, contexte marqué par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et les errements diplomatiques dans le monde, surtout au Moyen-Orient, le défi du changement climatique et le terrorisme islamiste.

S’agissant de la Mauritanie, le congrès dénonce une « navigation à vue faute de vision au sommet de l’Etat », l’absence d’alternative chez la frange lettrée recluse dans le fatalisme, la permissivité morale et la paresse qui la dépouille de toute imagination fertile et même du rêve légitime de vivre dans un pays normal. C’est dans ce contexte que quelques forces vives de la nation comme IRA et certains organismes de défense des droits de l’homme tentent, selon le texte final, de créer un environnement propice à l’alternance politique.

L’examen de la situation de la Mauritanie a ainsi permis aux congressistes d’identifier les « principaux enjeux de la lutte » qui selon eux posent les jalons de la refondation. L’un des défis serait la persistance des pratiques esclavagistes et discriminatoires qui seraient le « produit d’une confusion originelle entre raison du plus fort et religiosité du plus retors ». Il est question cependant de tentative de la part du législateur mauritanien d’améliorer l’énoncé d’une lutte contre ces inégalités sociales, mais selon IRA, « l’imposture perdure grâce à la volonté de ne pas appliquer le droit ». Idem pour les instruments internationaux que l’on ratifie dans la hâte dans « un calcul de dissimulation ». Et le religieux intervient dans cette danse pour « intimider l’exigence de mieux-être »sans que ces tenants ne se rendent compte que l’alibi perpétuel du sacré, peut provoquer une usure sous l’effet de l’excès.

Abus et impunité

Le congrès dénonce également le silence complice de l’Etat mauritanien « face à l’impunité des auteurs de crimes de sang, déportations et disparitions, exécutés aux motifs de la race et de la culture non-arabes ». Selon IRA, « il n’y a pas de cohésion non plus de fraternité quand l’un opprime l’autre et lui enjoint d’oublier ». Les travaux de ce 3ème congrès ont également été l’occasion de dresser le bilan du combat mené par le mouvement, de la torture, des mauvais traitements et de l’emprisonnement dont les militants d’IRA sont régulièrement l’objet, mais aussi du racisme montant contre la frange harratine, avec l’exemple du présumé voleur Ethmane Ould Brahim, torturé et filmé sans que les auteurs de cette barbarie soient inquiétés. Selon IRA, « la Mauritanie d’aujourd’hui s’enfonce dans le fanatisme de la pureté essentialiste et y dissout ses traditions, son âme et la tranquillité de ses habitants ».

Il fut aussi question des libertés qui se seraient beaucoup rétrécit selon la résolution finale qui parle d’arrestations arbitraires, de détentions hors procès, évoquant les situations lamentables des prisons et des prisonniers en Mauritanie. Et de citer en exemple, les deux détenus d’IRA à Bir-Moghreïn, Moussa Bilal Biram et Abdallahi Maatala Saleck, du sénateur Mohamed Ould Ghadda et du sergent Mohamed Ould Mohamed Mbareck, mais aussi les journalistes, syndicalistes et sénateurs maintenus sous contrôle judiciaire depuis plusieurs mois, entravant leur liberté de se mouvoir, etc. Ces atteintes aux droits de l’Homme en Mauritanie participent selon les termes de la résolution finale « à compromettre le consensus national et la perspective d’une alternance apaisée en 2019, date du dernier mandat de l’actuel chef de l’Etat ».

Fin du pluralisme

Abordant le détournement des institutions, IRA évoque la relative crédibilité du modèle de pluralisme en Mauritanie, les abus de l’appareil sécuritaire et de justice qui enlèvent tout poids aux mécanismes de recours, l’utilisation de l’arme du fisc pour tenir en laisse le privé, l’effondrement du système éducatif et sanitaire. De là à évoquer la prévarication au sein de l’Etat, il n’y eut qu’un pas que les congressistes ont franchi, parlant de la corruption dans la sphère de l’Etat et l’inefficience des politiques publiques.

Dans l’urgence d’une situation aussi alarmante que celle décrite, le 3ème congrès d’IRA trouve pertinent et utile de rompre avec une cité incapable d’assurer à ses membres le sentiment de participer à une œuvre commune.

Batailles électorales futures

En perspective des consultations électorales en vue, le congrès a donné toute latitude à ses membres pour se présenter en indépendant à toutes les échéances à venir, les législatives, les communales et la présidence de la République.

Une nouvelle fois, le président Birame a été reconduit à la tête du mouvement IRA « aux fins de promouvoir une large concertation avec les partis, la société civile et le commandement des forces armées et de sécurité, en vue d’accélérer la réconciliation des Mauritaniens avant le vote et parvenir à une entente solide, sur les règles de l’impartialité, dans le strict respect de la Constitution » conclut le texte final sanctionnant les travaux du 3ème Congrès du mouvement IRA.

Ce congrès a été ouvert le 27 janvier en présence de plusieurs personnalités et présidents de partis politiques, notamment Samba Thiam des FPC, Bâ Mamadou Alassane de PLEJ, Me Cheikh Ould Hindi, bâtonnier de l’ordre des avocats, des représentants du parti Tawassoul et de SOS Esclaves, notamment.

Cheikh Aïdara





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