Alternance pacifique au pouvoir La Gambie crée la surprise

mardi 6 décembre 2016
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Il disait qu’il gouvernerait la Gambie pendant des milliards d’années ! Yaya Jammeh, l’indéboulonnable président gambien, 22 ans au pouvoir, s’est enfin incliné devant la vérité des urnes. L’homme qui a d’emblée reconnu sa défaite, a félicité son tombeur avant même que les résultats ne soient annoncés par la CENI. Quelle image retiendront-on finalement de Jammeh, le dictateur sanguinaire durant ses années de pouvoir ou le démocrate de la dernière heure qui a épargné à son pays les affres d’un refus à l’alternance pacifique au pouvoir dans son pays ? Quelle leçon le pouvoir mauritanien et ses oppositions devront-ils tirer en définitive de l’expérience gambienne ?

La défaite surprise de Yaya Jammeh lors de la présidentielle de jeudi dernier en Gambie, son abdication et les félicitations adressées à son successeur, ont été la plus grande surprise en Afrique de cette année 2016 finissante. Peu d’observateurs avaient prédit la fin de Yaya Jammeh. La majeure partie d’entre eux avaient au contraire parié sur sa réélection pour un énième mandat à la tête d’un pays qu’il gouverne depuis 22 ans d’une main de fer. Ce scénario était d’autant plus envisageable que le régime gambien avait coupé le service Internet dès mercredi, isolant le pays du reste du monde, alors que les résultats étaient attendus dans la nuit du jeudi au vendredi dernier. Cet incident, premier du genre, dénotait selon plusieurs observateurs locaux, de la fébrilité d’un régime aux abois face à une déferlante populaire qui comptait user de la fenêtre d’opportunité démocratique qui s’était ouverte d’une façon miraculeuse en Gambie.
La victoire annoncée le vendredi 2 décembre 2016 d’Adama Barrow, vainqueur du scrutin présidentiel par plus de 45% des voix contre 36 pour le président sortant, marque ainsi le début d’une ère historique pour les Gambiens. Le nouveau président élu a promis de bâtir un pays plus libre et plus démocratique, où les droits seront respectés. Parmi ses priorités, la restauration des relations avec le Sénégal que le président sortant avait plongé dans un marasme sans précédent.
Alors que les échos de la fête se font encore entendre de Banjul, les analystes les plus chevronnés se sont déjà lancé dans le décryptage d’une élection qui a défrayé tous les pronostics. Ce seraient enfin les conditions économiques difficiles de la Gambie qui auraient en partie précipité la chute de Yaya Jammeh. Ce serait surtout l’union de l’opposition gambienne autour d’un candidat consensuel qui aurait aussi pesé sur la balance, mais aussi le rôle de la diaspora et des réseaux sociaux.
Une leçon que l’opposition mauritanienne devra mûrir, surtout quand on sait que tout – ou presque- ce qui a aidé à l’alternance en Gambie se retrouve en Mauritanie. Un pouvoir central qui dure et qui ne veut pas lâcher, des relations exécrables avec les pays voisins, une situation intérieure des plus difficiles économiquement… Seule ombre au tableau : l’incapacité de trouver un candidat consensuel vers lequel convergent toutes les forces de l’opposition. L’absence d’un leadership accepté par toute l’opposition constituerait ainsi un sérieux handicap qui l’empêche de capitaliser le mécontentement de l’opinion publique mauritanienne face à un régime qui a multiplié, selon ses détracteurs, les impairs depuis son arrivée au pouvoir en 2008. Sont citées, les conditions difficiles des ménages mauritaniens, l’insécurité urbaine, la dilapidation des ressources nationales, la corruption et les détournements d’échelle, la fracture communautaire et les atteintes graves à l’unité nationale, la mort du tourisme de masse par les mauvaises politiques étrangères du pays, la médiocrité des gouvernants, la déliquescence de l’administration et les restrictions sur les libertés, sont autant de griefs sur lesquels l’opposition mauritanienne aurait pu surfer pour mettre un terme au pouvoir actuel.
Il faut dire que la leçon gambienne constitue aujourd’hui une référence historique que les détenteurs des pouvoirs mais aussi les oppositions africaines devront décrypter.
Aujourd’hui, l’opposition mauritanienne fait face à un tournant historique, avec la décision de Mohamed Abdel Aziz de respecter la constitution en ne briguant pas un troisième mandat en 2019, malgré les cris de sirène qui l’incitent à rester ad aeternam. Face aux différents scénarios évoqués ici et là, dont une transmission probable du flambeau à un dauphin, dans une perspective de conservation du pouvoir par procuration, l’opposition mauritanienne devra dès à présent, selon plusieurs observateurs, travailler sur un candidat consensuel pour affronter cette importante échéance et briser enfin la mainmise de l’armée sur les rouages du pouvoir politique qui perdure depuis 1978 en Mauritanie.
Cheikh Aïdara





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