Coup d’Etat en Mauritanie : Le Maroc blanchi des événements du 16 mars 1981 ?

mardi 11 avril 2017
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ans une enquête diffusée dimanche, la chaîne de télévision Al Arabi, basée à Londres, s’est penchée sur l’implication du Maroc dans le coup d’Etat en Mauritanie qui s’est déroulé en 1981.

L’occasion de blanchir, une nouvelle fois, le Maroc de toute participation à ce putsch à travers le témoignage de plusieurs militaires et personnalités mauritaniennes.

C’est grâce à une enquête réalisée par la chaîne de télévision Al Arabi, basée à Londres, que le Maroc a été blanchi, une nouvelle fois, de toute participation au coup d’Etat du 16 mars 1981 en Mauritanie. La vidéo, longue de 8 minutes, donne la parole à plusieurs personnalités mauritaniennes, dont l’homme d’affaire Habbah Ould Mohamed Fal, la « boite noire » du putsch qui reconnait avoir financé le coup d’Etat avorté et réfute toute implication des autorités marocaines.

« Les armes provenaient de la Mauritanie et aucun pays du voisinage n’a été responsable de ce coup d’Etat », déclare-t-il à la chaîne. Une version soutenue également par Ibrahim Fal, l’un des 10 hommes ayant mené la tentative du renversement de l’ancien président mauritanien Mohamed Khouna Ould Haidalla. « On se préparait au Maroc pour renverser le système. On l’a dit et ceux qui nous dirigeaient l’avait dit aussi », déclare-t-il.

Pourtant, l’information n’est pas nouvelle puisque le royaume avait déjà été blanchi. Dans ses mémoires « La Mauritanie contre vents et marées » (Editions Karthala, 2003), l’ancien président mauritanien Moktar Ould Daddah avait affirmé que le Maroc n’avait aucun lien avec le putsch avorté en 1981.

Mohamed Ould Haidalla persiste et signe

Mais en Mauritanie voisine, certains affirment toujours que le royaume avait de mauvaises intentions à l’égard de son voisin du sud. Abrikah Ould Mbarek, membre du comité militaire à l’époque, évoque une éventuelle intervention des Forces armées royales en Mauritanie. « Il semblerait que le Maroc allait intervenir à travers une opération aérienne en cas de réussite du coup d’Etat », dit-il au micro de la chaîne arabophone. Même son de cloche chez l’ancien président Mohamed Ould Haidalla, « connu pour ses positions hostiles vis-à-vis du Maroc », selon le reportage. L’ancien président mauritanien persiste et signe avant de reconnaître l’absence de preuves.

« Il y avait 16 avions militaire prêts à quitter le Maroc vers Nouakchott dès la lecture du communiqué des putschistes. Mais on n’a pas de preuves que les autorités marocaines étaient impliquées. »

Pourtant la majorité des personnes interviewées, tous responsables militaires à l’époque, s’accordent à affirmer que les armes et les voitures utilisées lors de ce putsch étaient exclusivement mauritaniennes.

Al Arabi donne aussi la parole à deux Marocains : Mohammed Ziane, coordinateur national du Parti marocain liberal et le journaliste et chercheur Abdelhadi Mezrari. « Le Maroc n’a joué aucun rôle et le coup d’Etat était une affaire interne pour des raisons connues par les Mauritaniens », commente le premier avant de rappeler l’affaire Mehdi Ben Barka. « Lui aussi c’était une affaire française puisqu’il avait été lui aussi kidnappé en France avec l’aide d’une voiture française », lance-t-il avant d’insister sur le fait qu’il faut « éclaircir les choses une bonne fois pour toute ». Quant à Abdelhadi Mezrari, il rappelle qu’« aucune accusation formelle n’a été adressée au Maroc ».

Des accusations infondées

Le reportage conclut par rappeler qu’actuellement, les relations diplomatiques entre la Mauritanie et ses voisins sont froides. Un clin d’œil peut-être aux relations maroco-mauritaniennes puisque l’ambassade mauritanienne à Rabat reste sans ambassadeur depuis plusieurs années.

En mai 1979, Ould Haidalla à la tête du comité militaire en Mauritanie devient président de la République islamique. Une période sombre pour les relations maroco-mauritaniennes au point qu’il décide d’expulser des militaires marocains et coupe tout contact avec les autorités de Rabat. Parallèlement, ses détracteurs quittent Noukchott pour s’exiler au Maroc. Officieusement, ils préparaient une intervention militaire pour l’écarter du pouvoir. Le 12 mars, les autorités mauritaniennes, ayant appris l’existence d’un éventuel putsch soutenu par Rabat, se fendent d’un communiqué. Ils accusent même feu le roi Hassan II de vouloir attaquer la Mauritanie.

Le lendemain, M’Hammed Boucetta, alors ministre des Affaires étrangères, affirme dans une déclaration accordée à RFI que « le Maroc n’a aucune intention de s’immiscer dans les affaires internes de la Mauritanie voisine ». Le 16 mars, des militaires mauritaniens se rendent à Nouakchott avec des armes à feu et à bord de voitures Land Rover pour renverser le pouvoir. Leur tentative échoue avant que la présidence mauritanienne annonce officiellement que le royaume avait participé à l’entrainement des putschistes. Mais Nouakchott avait par la suite reconnu l’absence de preuves de l’implication de Rabat.

Yassine Benargane

Yabiladi





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