EDITO LE CALAME :LES YEUX DE LA TÊTE…

mercredi 1er février 2017
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Depuis qu’il est rentré de ses vacances au lointain Tiris où il a pu profiter, tranquillement, avec des amis triés sur le volet, du bon temps, agrémenté de lait de chamelle et de viande d’agneau, Ould Abdel Aziz n’a guère eu le temps de souffler. Cueilli à froid, dès son retour, par la crise gambienne, il s’est déméné comme un beau diable, pour tirer son ami Yaya Jammeh du mauvais pas où il s’était empêtré, tout seul. En tentant de faire marche arrière, après avoir, dans un premier temps, reconnu la victoire de son adversaire, l’homme de Kanilaï s’est mis tout le monde à dos. A commencer par ses voisins immédiats, regroupés au sein de la CEDEAO, qui trouvaient ainsi l’occasion, inespérée, de se débarrasser, à moindre frais, d’un anachronisme en forme de petit dictateur pillant son pays, dirigé d’une main de fer, depuis vingt-deux ans, tuant et torturant ses concitoyens. Après plusieurs mises en garde, la CEDEAO s’apprêtait à passer à l’acte, pour le déloger. Jammeh n’allait donc pas à tarder à connaître le sort de Laurent Gbagbo, pris, comme un rat, sous les insultes, les coups et les quolibets de ses tombeurs. Et voilà que, vingt-quatre heures avant la fin de l’ultimatum adressé par la CEDEAO, notre Super-Aziz tombe du ciel. Premier voyage à Banjul mais son ami refuse de lâcher prise. Sans doute cherche-t-il à gagner du temps. Après une escale à Dakar, notre guide éclairé rentre à Nouakchott. Bredouille. Les troupes sénégalaises font une entrée, remarquée, en Gambie. Les avions nigérians survolent son territoire. L’étau se resserre. Alpha Condé, le président guinéen qui, tout comme Ould Abdel Aziz, ne veut pas que le rétablissement de la démocratie, en Gambie, soit comptabilisé au profit de Macky Sall, débarque à Nouakchott et embarque Aziz dans la médiation de la dernière chance. Après plus de vingt-quatre heures de tractations, les deux compères finissent par convaincre Jammeh de s’exiler en Guinée équatoriale, le seul pays qui a accepté de l’accueillir. Ils mobilisent leurs deux avions pour lui, sa famille, sa suite, ses fidèles et les biens qu’il a accumulés au fil des ans. Les Gambiens peuvent désormais souffler. Plus de Renseignements généraux, plus de police politique, plus de brigades de la mort… Mais un pays exsangue et des caisses vides.

Auréolé de cette « victoire historique de notre diplomatie », celle qui a permis de soustraire un dictateur à la justice de son pays, Ould Abdel Aziz rentre le vent en poupe. Depuis, c’est le déferlement. Sur la radio et la télévision publiques, ainsi que sur les privées (qui se sont révélées, pour l’occasion, de simples annexes du service public), les émisssions se succédent pour évoquer le « succès mémorable réalisé, par notre pays, grâce à la clairvoyance de son président ». Des anciens ministres et ambassadeurs, des professeurs, des chefs de partis, des juristes, de hauts fonctionnaires se sont relayés, sur les plateaux, pour dire tout le bien qu’ils pensent de cette « diplomatie toute en tact, vision et sagesse ». Personne ne s’est posé la question du pourquoi Ould Abdel Aziz a tout fait pour sauver son ami de la potence à laquelle il n’aurait dû échapper, ni pourquoi roule-t-il, si les intérêts des mauritaniens de Gambie le préoccupaient tant, pour un chef d’Etat déchu, contre un président élu, ni pourquoi cherche-t-il, par tous les moyens, à s’embrouiller avec le Sénégal avec qui nous lient tant de liens ? L’heure n’était pas au questionnement mais à l’auto-satisfaction. Attention cependant aux pieds. Les chevilles enflent facilement. Œdipe, roi de Thèbes, était un homme tellement confiant, en ses jugements, qu’il ne pouvait même pas envisager s’être trompé sur un seul. Un aveuglement qui lui coûta, au final et littéralement, les yeux de la tête. Et à ceux de son peuple, hélas, maudit par sa faute.

Ahmed Ould Cheikh

clame





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