Enquête parlementaire, démission du gouvernement, la mini révolution politique de l’ère Ghazwani

lundi 10 août 2020
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Après une année de magistrature à la tête de l’Etat mauritanien, le Président Mohamed Cheikh Ghazwani a définitivement rompu le cordon ombilical qui le liait à l’ancien système, celui que lui avait légué son ancien ami et prédécesseur, Mohamed Abdel Aziz. Le temps d’une rupture politique, sous couvert de pandémie Covid-19 et d’une enquête parlementaire sur la décennie passée, l’ère Ghazwani entame son envolée sous de nouveaux auspices, avec un nouveau gouvernement dirigé par un jeune cadre hartani, Mohamed Bilal, et une inédite escapade judiciaire en vue, sous la Chancellerie de l’érudit Ould Boya. Autant de matières d’inspiration pour commentateurs, analystes et prévisionnistes.

Qui pouvait soupçonner que sous l’impassible caractère du général à la retraite Mohamed Cheikh Ghazwani, et sous son air débonnaire, pouvait se cacher un homme de poigne aux certitudes trempées à l’acier, profondément imbu du sens de la République et de ses institutions. Comment ce côté mystérieux du personnage pouvait échapper à son ami de quarante ans. En le choisissant comme dauphin, pour le remplacer à la tête de l’Etat mauritanien et en mettant à sa disposition, une machine électorale aussi redoutable que le parti Union Pour la République (UPR) et sa centaine de partis satellites, mais aussi l’institution militaire et l’armada des hommes d’affaires, Mohamed Abdel Aziz qui avait organisé la plantureuse soirée électorale baignée au méchoui pour savourer la victoire préméditée de Mohamed Cheikh Ghazwani, ne pouvait un instant soupçonner que l’homme qu’il s’apprêtait à introniser allait se payer sa tête. Celui qui devait couvrir ses forfaitures et celles de son entourage proche et lointain, sera en définitive son tombeur, celui qui assistera, impassible, à sa descente aux enfers.

Le mois d’août qui fut le mois de sa consécration en tant que Président de la République, marque ainsi pour Mohamed Cheikh Ghazwani, le mois de son sevrage, après tant de mois d’un compagnonnage aussi gênant que compromettant. Exit le gouvernement du Premier ministre Ismaël Ould Bodde Ould Cheikh Sidiya et ceux que la masse populaire appelle « les ministres et figures de la décennie », en l’occurrence, le ministre Secrétaire général de la Présidence de la République, Ahmed Salem Ould Béchir, éphémère Premier ministre de fin de règne de Aziz, le ministre du Pétrole et des Mines, Mohamed Abdel Vetah, le ministre des Pêches et de l’Economie Maritime, Nana Ould Chrougha, l’ADG de la SNIM, Moctar Ould Djay, ex-ministre des Finances de Ould Abdel Aziz, l’ancien Premier ministre Yahya Ould Hademine, l’ancien ministre et ADG de la SNIM, Mohamed Abdallahi Ould Oudaa, la DG de la compagnie Mauritania Airlines, Amal Mawloud, ancienne ministre de l’Habitat pour ne citer que ceux-là.

Tous ces ministres et hauts responsables « débarqués » ont en commun leur citation dans le rapport très compromettant de la Commission d’enquête parlementaire sur les dix années de Mohamed Abdel Aziz au cours desquelles, ils auraient été impliqués dans l’attribution de marchés ou dans la confection de dossiers jugés aujourd’hui douteux.

La démission de ce gouvernement « transitoire » entre l’An I de Ghazwani marquant une fidélité tacite à l’ancien système et l’AN II de sa gouvernance indépendantiste qui s’ouvre, est en soi un fait marquant dans l’histoire politique de la Mauritanie dans son aspect lié au devoir de responsabilité et au devoir de « rendre compte ». Notions jusque-là inconnues dans un pays où l’impunité a été depuis les origines érigée en règle de gouvernance. Les maigres économies de la Mauritanie et son patrimoine tangible et intangible ont toujours été à la merci des gouvernants qui se sont succédé.

Les Mauritaniens sont ainsi passés de la période où les plafonds des sommes détournés frisaient les centaines de millions d’ouguiyas sous Ould Taya, aux milliards d’ouguiyas qui constituaient le minimum tolérable sous Ould Abdel Aziz. Sauf que sous l’air du Capo Dei Capi, ou le Chef de tous les Chefs dans le jargon de la mafia sicilienne, le patrimoine de l’Etat s’était confondu avec le patrimoine personnel du clan. Le Capo Dei Capi régna ainsi sur un empire qui avait une double dimension nationale et internationale avec des ramifications dans tous les secteurs et des tentacules qui embrassaient tout ce qui se situait entre les cieux et la terre, entre l’Océan Atlantique et le vaste désert jusqu’aux abysses.

Les ministres n’étaient que des médiums, juste bon pour assouvir les désirs et les desideratas du chef, des exécuteurs de ses besognes, les élagueurs de ces moindres élucubrations. Il suffit juste de parcourir certains échos résiduels des témoignages de certains hauts responsables devant la Commission d’enquête pour se rendre compte de la puérilité de ceux qui gouvernaient ce pays. Des responsables qui se démarquent de leurs responsabilités en accablant le président de la République, à l’image de l’ancien Premier ministre Moulaye Mohamed Laghdaf qui, à propos d’une opération foncière déclare « j’ai été informé de la vente des blocs rouges par l’ancien président de la République, tout juste quelques jours avant la date fixée à cet effet. Il m’a juste demandé d’envoyer un conseiller pour assister à l’opération de cession ». Là où c’est plus grave, c’est à propos du contrat avec la société chinoise Poly Hondong dans lequel il déclare « Mohamed Abdel Aziz m’a demandé de laisser ce dossier afin qu’il en assure personnellement le suivi. Je n’ai pas été mêlé à la gestion de ce dossier faisant l’objet de suspicion ».

Aujourd’hui les Mauritaniens, secoués par tant de bouleversements auxquels ils ne sont pas habitués ont du pain sur la planche et de la matière à s’occuper. D’un côté, un gouvernement à moitié renouvelé où ne sont restés que ceux qui n’ont pas de maille avec la justice. Un gouvernement taillé sur mesure pour le régime Ghazwani, enfin débarrassé de tout ce qui peut rappeler un passé chargé d’opprobre. Un gouvernement dirigé par un jeune cadre hartani, sorte de rectification tardive de la sempiternelle question du partage du pouvoir, et qui renferme en son sein un bon quota de négro-africains, et une mince consolation aux gens de Boutilimit avec l’entrée d’une ministre qui semble n’avoir comme mérite que celui de porter le nom de Ehel Cheikh Sidiya.

Enfin un gouvernement où les Tolbas, 42 ans après Moctar Ould Daddah sauvagement débarqué par les militaires et 11 ans après la chute de Sidi Ould Cheikh Abdallahi lâchement évincé en 2009, semblent vouloir prendre leur revanche sur les « Arabes » dont le bûcher est en préparation. Avec des Tolbas partout dans le gouvernement de Mohmed Ould Bilal, les Arabes doivent avoir du mal à dormir ces temps-ci.

Cheikh Aïdara





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