Gambie : l’accord négocié qui a permis le départ de Yahya Jammeh

lundi 23 janvier 2017
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En Gambie, Yahya Jammeh a finalement quitté le pouvoir après plus de vingt-deux ans de règne dans ce pays anglophone de l’Afrique de l’Ouest.

C’est à bord d’un jet affrété par le chef de l’Etat de Guinée Conakry, Alpha Condé, que le président gambien déchu a quitté la capitale gambienne, Banjul. Après une courte escale à Conakry, Yahya Jammeh et son imposante suite se sont envolés pour Malabo, capitale de la Guinée équatoriale. Ce départ a pu se faire suite à un accord endossé par l’organisation ouest-africaine, Cédéao.

L’accord qui a abouti au départ du pouvoir et à l’exil de Yahya Jammeh a été négocié - dans la dernière ligne droite - par les présidents de Guinée Conakry, Alpha Condé et de Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz. Tous deux ont été mandatés par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédeao).

Les grandes lignes de l’accord stipulent que Yahya Jammeh obtient le statut d’ancien chef de l’Etat. En clair, il conserve un certain nombre d’avantages en nature et un salaire. La Cédéao et les Nations unies assurent également que sa sécurité - à lui et à sa famille - sera respectée.

Les médiateurs appellent d’ailleurs le futur gouvernement à prendre des mesures pour garantir qu’il n’y ait pas d’intimidations, de harcèlement ou de chasse aux sorcières contre les anciens membres du régime Jammeh.

Un travail de réconciliation nationale doit également être engagé.

Enfin, le président sortant a obtenu la protection de ses biens en Gambie, comme ceux de sa famille et de ses collaborateurs.

Pour ce qui est de son exil, il est qualifié de « temporaire » dans l’accord. L’ex-président pourra revenir en Gambie quand il le souhaitera. Selon des sources RFI, c’était un point important pour que Yahya Jammeh accepte de quitter ses fonctions et le pays. Cependant, la Cédéao a aussi été ferme sur un point, à savoir que ces garanties de sécurité ne veulent pas dire qu’il y aura une amnistie pour l’ancien président gambien.

« Il peut y avoir des plaintes émises contre lui », assure le président de la Commission de la Cédéao, Marcel Alain De Souza. « Personne ne peut et ne veut garantir une amnistie », insiste une autre source, proche de la médiation.

Un exil à Malabo

Après avoir quitté Banjul en compagnie du président guinéen, Alpha Condé, le président gambien déchu a effectué une brève escale sur l’aéroport de Guinée Conakry, avant de s’envoler pour Malabo, capitale de Guinée équatoriale. Pourquoi le choix de cette lointaine destination en Afrique centrale ? Elle n’est pourtant pas celle qui avait été le plus évoquée au cours des négociations.

C’est Conakry qui annoncé que Yahya Jammeh avait quitté la Guinée pour la Guinée équatoriale, une destination confirmée par le président de la Commission de la Cédéao.

Cependant et pour le moment, c’est le silence à Malabo. Contactées, ce dimanche matin, par RFI, les autorités se refusent même à confirmer l’arrivée de Jammeh qui s’est pourtant envolé, samedi, à bord de l’avion du président Obiang.

Alors pourquoi la Guinée équatoriale ? Selon plusieurs sources proches de la délégation, cette option serait arrivée assez tard sur la table. Ce serait au cours des dernières négociations, vendredi, que le président Obiang aurait lui-même fait cette proposition.

Plusieurs hypothèses avaient auparavant été évoquées. Les médiateurs auraient d’abord sollicité l’Arabie saoudite qui n’aurait pas donné suite. L’option du Nigeria, proposée mi-janvier par le Parlement, aurait été écartée par Jammeh car, d’une part, le Nigeria a été un des premiers pays à mobiliser ses troupes pour une intervention en Gambie et, d’autre part, Yahya Jammeh aurait pu craindre d’éventuelles poursuites. Rappelons que du temps du président Obasanjo, Abuja avait offert l’asile au Libérien Charles Taylor, avant finalement de le livrer au Tribunal spécial pour la Sierra Leone. Rappelons également que le Nigeria est membre de la Cour pénale internationale.

C’est aussi le cas de la Guinée Conakry qui n’aurait, d’ailleurs, jamais été envisagée autrement que comme une étape. C’est ce qu’affirment plusieurs sources contactées par RFI.

Selon elles, la Mauritanie était sur les rangs mais c’est la proposition marocaine qui était le plus sérieusement envisagée jusqu’à vendredi. Le Maroc, qui multiplie les offensives diplomatiques au moment où il souhaite rejoindre l’Union africaine, aurait notamment eu la préférence de l’épouse guinéo-marocaine de Yahya Jammeh.

Finalement, l’offre tardive du président Obiang aurait eu le double avantage de rassurer Yahya Jammeh face à d’éventuelles poursuites et de rassurer aussi l’équipe du nouveau président Adama Barrow ainsi que la Cédéao.

« Il valait mieux qu’il soit le plus éloigné géographiquement possible de Banjul », s’accordent nos interlocuteurs.

Honneurs et impunité

Parmi les victimes du régime de terreur de Yahya Jammeh, figure le journaliste Deyda Aidara. Il a été assassiné au volant de sa voiture, le 16 décembre 2004. Joint par RFI, son fils, Baba Aidara, réfugié en Angleterre, déplore que Yahya Jammeh ait pu bénéficier d’un départ négocié, avec les honneurs, et s’inquiète que justice ne soit pas rendue.

« En Afrique, c’est cela notre problème. Ce sont des gens comme Yahya Jammeh que l’on laisse partir comme ça, à l’aéroport, comme si c’était un héros qui partait. Alors que c’est le contraire. On devrait vraiment le capturer, ne pas même le laisser sortir du territoire gambien. Ce n’est pas ce que nous voulions. Nous voulions quand même, pour toutes ces familles qui, pendant les 22 ans de son règne, ont perdu des pères, des mères, des frères et des sœurs, il y ait la justice pour savoir ce qui s’est passé. Or, toute cette justice-là, ils ne l’auront pas », s’insurge Baba Aidara.

Climat de peur, tortures et arrestations arbitraires

Le bilan de 22 ans de règne sans partage de Yahya Jammeh a été jalonné de violations des droits de l’homme, d’assassinats d’opposants mais aussi de journalistes. L’ancien président gambien est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, le 22 juillet 1994, ce qui, en soi, était déjà une violation des droits de l’homme. Joint par RFI, à Banjul, en Gambie, Steve Cockburn, directeur régional adjoint à Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest, parle d’un bilan très négatif.

« Le peuple gambien a subi plus de 22 ans de pression. Il y a eu beaucoup d’arrestations arbitraires, de la torture et des personnes portées disparues. C’était très dangereux pour les opposants, les hommes politiques, les journalistes et les militants de la société civile. Il y avait vraiment un climat de peur dans le pays. C’est ce climat de peur qui a disparu juste avant les élections. Maintenant, on voit vraiment mieux la Gambie où les gens ont envie de s’exprimer et d’exercer leurs droits », a-t-il déclaré.

Steve Cockburn rappelle également que ce climat de peur était surtout entretenu par l’Agence nationale du renseignement, le National Intelligence Agency.

« Tout le monde a des histoires de familles ou d’amis qui ont été arrêtés arbitrairement ou même tués parce qu’ils ont critiqué le gouvernement ou ont essayé de faire des manifestations ou encore d’écrire des choses dans les journaux », a ajouté le directeur régional adjoint à Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest.

A la question de savoir s’il faut envoyer Yahya Jammeh devant la Cour pénale internationale (CPI), Steve Cockburn estime qu’il faudrait, en ce moment, « évaluer quelle sera la meilleure façon de faire pour s’assurer que la justice, mais aussi la paix et la réconciliation nationale soient rendues aux Gambiens », s’agissant-là d’une question qui se pose à la communauté internationale mais aussi et surtout au peuple gambien.

RFI


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