La révision constitutionnelle et la responsabilité de l’élite au pouvoir : Haro sur la constitution !

mercredi 19 octobre 2016
popularité : 0%

Le dialogue national inclusif est en train de se plomber. Pour cause, la question du changement ou du maintien de la constitution mauritanienne dans sa forme actuelle, qui s’est invitée brusquement aux débats et qui dorénavant, occupe tous les esprits.
Le dialogue politique qui bat son plein depuis le 29 septembre 2016 au Palais des Congrès de Nouakchott semble buter sur la question fondamentale cele portant sur la révision constitutionnelle dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle risque d’être taillé sur mesure ( de Ould Abdel Aziz). Une perspective qui classerait la Mauritanie dans la tendance « négative » des pays africains amateurs de renouvellement ou de l’allongement du mandat présidentiel arrivé à terme au bout de deux mandats successifs. Une porte ouverte à toutes les dérives comme c’est le cas dans plusieurs États africains, Burundi, RD Congo, Congo Brazzaville, etc.
L’élite mauritanienne serait-elle à la croisée des chemins ? La question mérite bien d’être posée quand on sait que prévu pour dix jours, le dialogue politique semble n’avoir pas de date limite. Pour la deuxième fois consécutive, voilà qu’il est de nouveau prolongé , et devrait prendre fin mardi prochain. En fait, il s’agit de ne rien ménager pour trouver un minimum de consensus dans les questions portant sur le maintien ou non de la constitution actuelle d’une part et de l’autre, sur les questions de la justice sociale, la problématique politique et électorale, les réformes constitutionnelles et enfin, la gouvernance économique et financière.

La discorde constitutionnelle
C’est surtout le projet de révision constitutionnelle dans ses aspects relatifs au mandat présidentiel, à l’hymne et au drapeau national, à la suppression du Sénat et surtout, au 3ème mandat pour le président Aziz qui fait chauffer les esprits. Nonobstant, la sortie du président du parti El Wiam, Boïdiel Ould Houmeid, qui a rapporté, après sa dernière entrevue avec le président Mohamed Abdel Aziz, l’intention de ce dernier à ne pas briguer un mandat supplémentaire, les déclarations de son camp, y compris celui du ministre porte-parole du gouvernement, continuent de semer des doutes. Déjà, lors d’une première sortie, ce dernier avait déclaré publiquement et d’une manière officielle que la question du mandat présidentiel est bien un point à l’ordre du jour du dialogue politique, alors que celle-ci n’était pas programmée dans la feuille de route établie par les acteurs, y compris, les partis de la majorité. Vive protestation sanctionnée par des communiqués de presse de la part de l’opposition, aussi bien la boycottiste que la dialoguiste. Pour le parti El Wiam, le porte-parole du gouvernement « y est allé tellement fort qu’il est tombé sous le coup du code pénal mauritanien qui dispose en ses articles 111 et 112 que tout fonctionnaire public qui aura ordonné ou fait un acte attentatoire à la liberté individuelle des citoyen ou à la constitution sera condamné à la dégradation civique, et si c’est un ministre, il sera puni des travaux forcés à temps ». Le président Boïdiel était même allé porter ses ressentiments à Mohamed Abdel Aziz. Qu’à cela ne tienne. Non seulement, le ministre porte-parole ne retire pas ses propos ni ne s’excuse, mais enfonce le clou, en y allant encore plus fort. En effet, une semaine après la levée de boucliers suscitée par sa première sortie, il déclare lors de la traditionnelle conférence de presse d’après conseil des ministres qu’il « n’existe pas d’articles qui soient en mesure d’immuniser la constitution contre le peuple », que « la volonté du peuple est au-dessus de toutes les lois fondamentales », que « l’alternance pacifique au pouvoir demeure les urnes, les élections transparences, la CENI et le conseil constitutionnel transparents ». Cette fois, le parti Alliance Populaire Progressiste (APP) de Messaoud Ould Boumlkheïr, l’un des plus grands opposants dialoguistes, claque la porte et suspend sa participation au dialogue, et ne compte pas y revenir, tant que le ministre n’aurait pas publiquement présenté ses excuses. Une réaction différemment appréciée : alors que des observateurs la louent, cette attitude serait pour d’autres, une tactique qui devrait permettre à d’obtenir des concessions, comme un gouvernement élargi, la révision de l’âge pour la candidature à la magistrature suprême (fixé à 75 ans par la présente Constitution qui le disqualifie), tout en maintenant les autres constantes du texte fondamental. Ainsi, l’APP craindrait aussi bien la réussite que l’échec du dialogue. Dans le premier cas, il ne serait qu’un numéro parmi une vingtaine de partis politiques participationnistes qui réclameraient certainement des élections législatives anticipées, APP se sentant mal représentée dans la présente chambre basse. Dans le deuxième cas, la position de Messaoud face au pouvoir sera affaiblie par rapport à un FNDU qui n’attend que cette opportunité pour lui lancer à lui et à l’opposition dialoguiste « nous avions raison lorsque nous vous avions dit que le régime n’est pas un partenaire sérieux pour le dialogue ». Une crainte ressentie tout aussi bien par le pouvoir en place, d’où la délégation que le parti-état, l’UPR, aurait dépêché auprès du leader de l’APP pour lui faire changer d’avis, mais surtout cette rescousse lancée à des acteurs jugés jusque-là comme non fréquentables, comme les Flams et Touche pas à ma nationalité, et la reconnaissance précipitée de deux nouveaux partis politiques, taxés d’extrémistes et d’antipatriotiques.
Dans la trame des régimes africains
Citée comme un exemple de démocratie de référence continentale durant la période 2005-2007, avec une Constitution qui institutionnalisait pour la première fois la limitation du mandat présidentiel, la Mauritanie risque de replonger dans le Jurassic Park des sociétés politiques anachroniques, avec un retour au régime présidentiel à vie. Ils sont nombreux les observateurs qui trouvent non opportune, la révision de la Constitution, la dernière ne datant que de dix ans et la dernière modification seulement de quatre ans. En effet, le pays ne sort pas d’un trauma constitutionnel comme en 2005 et ne connaît pas un lendemain d’après guerre civile comme en Côte d’Ivoire. L’exemple de la Constitution ivoirienne de 2000, est là qui rappelle, notamment en son article 35 sur l’Ivoiriété, le danger inhérent aux Constitutions taillées sur mesure au profit ou au dépend d’un individu. En Côte d’Ivoire, cela avait débouché sur une guerre civile qui a duré plus d’une décennie avec les conséquences dramatiques que tout le monde connaît. Aussi, est-il regrettable d’entendre certains politiques affirmer qu’en 2005, les Mauritaniens sortaient d’un traumatisme né d’un régime dictatorial qui a duré plus de vingt ans et que maintenant cet état d’esprit étant dépassé, revenons à l’ouverture des mandats, comme s’ils souhaitent transmettre aux générations futures, dans vingt ou trente ans, le trauma qui résulterait du régime dont il appelle aujourd’hui à sa pérennisation. Il est certain, qu’en Afrique, la révision constitutionnelle dont certains s’érigent en chantre aura nécessairement un caractère conjoncturel dont le seul objectif est l’accroissement des pouvoirs des dirigeants et ajouter à l’inflation révisionniste qui souffle sur le continent africain, depuis 2015.
Ainsi, l’élite mauritanienne qui s’inscrit dans cette tendance, utilise la Constitution comme un instrument au service de la conservation du pouvoir et non comme un instrument de limitation du pouvoir politique. Tout le monde sait que pérenniser l’actuel pouvoir, c’est consolider la mainmise de l’armée sur les affaires de l’État car personne n’est dupe, le régime qui avait pris le pouvoir en 1978 est le même qui se perpétue aujourd’hui. Depuis le départ du père de la Nation, ce sont les militaires qui ont gardé le pouvoir, si l’on exclut - formellement- la toute petite parenthèse de Sidioca.

C.A





Commentaires




New Page 1

Le Journal



   Politique  

Troisième mandat Acte II et Acte III

--------------------------

Scrutins de 2018 ou lecture croisée sur une reconfiguration

--------------------------

L’APP aux côtés de l’UPR lors du deuxième tour

--------------------------


   Economie  

Coopérativisme en Mauritanie, une autre vision du (...)

--------------------------

Mauritanie : 15 jours aux prestataires de transfert (...)

--------------------------

Leadership et éclairages sur le système bancaire en (...)

--------------------------


   Social  

Sit-In contre les inondations à Bassiknou

--------------------------

Mauritanie : Bouamatou s’engage aux côtés de l’opposition

--------------------------


   Culture  

Un nouvel Album de Coumba Gawlo

--------------------------

Dîner-gala très coloré de Coumba Gawlo avec une symbiose (...)

--------------------------


   International  

Délégation de l’Union européenne : Déclaration locale sur (...)

--------------------------

Mali : le président Ibrahim Boubacar Keïta investi pour (...)

--------------------------


   Médias  

Pétition Contre l’esclavage : Démenti au démenti du (...)

--------------------------

Misère et bonheur de la presse écrite

--------------------------


   Sport  

Les Mourabitounes au tournoi de Cotif Le sort du (...)

--------------------------

La Ligne régionale de Hand-Ball de l’Assaba élit ses (...)

--------------------------