Le Sénat et le gouvernement : De quoi les « Vieux » sont-ils mécontents ?

mercredi 15 juin 2016
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Depuis que le président de la République a annoncé dans son fameux discours de Néma, leur fin de mission politique prochaine, les locataires de la première chambre du Parlement ne décolèrent pas. Après voir boudé le gouvernement voilà qu’ils rechignent -pour certains d’entre eux- à rencontrer le président de l’UPR.

L’atmosphère est on en peut plus nauséabonde entre le Sénat d’une part et le gouvernement et le l’UPR de l’autre. Après le désormais « historique » discours de Néma du président de la République à l’occasion duquel il a émis le projet de dissolution du Sénat, les locataires de la Chambre haute refusent tout simplement de « s’aligner », comme à leur habitude.

Depuis en effet, ils opposent un refus catégorique à toute venue chez eux, d’un membre du gouvernement : le ministre de la Justice, celui des finances et celle du Développement rural ont été éconduits alors qu’ils venaient présenter et défendre des projets de loi du gouvernement relevant de leur Département. Raison évoquée : le président de la République et son gouvernement auraient manqué de décence à leur égard. Selon eux, en plus de la volonté proclamée du président de dissoudre leur chambre, une campagne de dénigrement a été savamment orchestrée contre leur propre personne, les qualifiant « de représentants inutiles et sans intérêt » pour le peuple. Mieux, ils ne seraient qu’un « poids budgétaire ». Des « Carnivores, en fait, dont l’unique gymnastique est de puiser par brasses dans les comptes du Trésor public).

Et comme si cela ne suffisait pas l’UPR se serait mis dans la fête en envoyant des missions partout dans les quartiers de la capitale et à l’intérieur du pays. « L’objectif serait de propager le discours insultant à leur égard », soutiennent les Vieux. Il s’ensuit alors une guerre larvée sans précédent où les sénateurs surenchérissent en exigeant en plus, d’une excuse publique de la part des auteurs de l’offense dont ils seraient victimes, le départ du gouvernement d’un certain nombre de ministres et depuis quelques jours, le départ du président du parti.

Le silence qui tue
Pendant que la bataille politique fait rage allant jusqu’à altérer le fonctionnement régulier du gouvernement voire l’Etat (blocage de l’action du gouvernement au niveau du Sénat), le président de la République, comme si de rien n’était, observe la scène, avec un silence qui indispose tout le monde, y compris dans les rangs de l’opposition. D’aucuns allant jusqu’à s’interroger si ce n’est pas le président, lui-même, qui a voulu une telle situation. A y regarder de près, la question peut se poser quand on sait qu’un tel contexte, lui donne à terme les coudées franches.
En mettant à rudes épreuves, ses soutiens, le président est à mesure d’évaluer le poids des uns et des autres. Ceux qui sortiront affaiblis constitueront la proie facile et céderont ainsi leurs places dans l’échiquier politique de la majorité. Voilà qui pourrait expliquer l’acharnement et la verve de chacun des protagonistes qui s’échangent des maladresses à travers la Toile. Des montages, des intox, des prétendues alliances et contre-alliances font la Une de tous les sites et abreuvent les débats des salons de la capitale.

Par ailleurs, la crise actuelle, dont tout porte à croire qu’elle fait rire sous cape le président de la République en apparence, pourrait revêtir une autre astuce beaucoup plus pernicieuse. En décidant de passer au tamis ses soutiens, le président ne serait-il pas en quête de partisans solides plus à-mêmes de l’aider éventuellement à franchir le cap de l’aventure suspecte d’un troisième mandat ?

En fait et quoi qu’on en dise, le président de la république n’a en aucun moment rejeté l’idée d’un troisième mandat. Le simple fait d’avoir soutenu dans une interview dans des médias étrangers que l’idée du troisième mandat n’existe que dans l’esprit de ses détracteurs, n’exclut en rien qu’il veuille d’une prolongation à la tête de l’Etat. Si la perspective d’un troisième mandat n’est encore qu’au stade d’une idée, au niveau des dirigeants de l’opposition, rien ne dit qu’elle ne serait déjà au stade d’une réalité dans l’esprit du président.

Dissoudra ou dissoudra pas
La rébellion des « Vieux » pourrait-elle à terme conduire le président de la République à renoncer sur la dissolution du Sénat ? En brandissant l’offense dont ils seraient victimes, les sénateurs ne sont pas loin de penser à une telle perspective. Considérés comme d’éternels « Zombies », le fait pour eux d’avoir exprimé pour la première fois, une position qui contrarie le gouvernement, pourrait constituer pour eux, un début d’affirmation de leur être, voire en tant qu’hommes politiques à, part entière, susceptibles de représenter un certain pouvoir, si ce n’est un enjeu. Surtout dans une perspective où l’on sait que le président de la République serait en mauvaise posture. Seraient-il déjà conscients d’une telle réalité au point de céder à la tentation de rééditer le « coup » porté par certains d’entre eux, contre le pouvoir d’un certain Sidi Oulkd Cheikh Abdallahi en 2008 ?

L’hypothèse est d’autant plausible qu’au sein de la rébellion qui dure, quelques uns qui étaient- à l’avant-garde de la contestation qui avait conduit à la chute de l’ancien président et porté au pouvoir l’actuel dont les sénateurs seraient en droit de contestera les pouvoirs, à commencer par celui d’un dissolution possible de leur chambre. Mal pourrait leur en prendre si l’on sait qu’à leur puzzle, manque une pièce essentielle : un général qui les caporalise. En tout état de cause, les sénateurs contestataires disposent d’une marge de manœuvre qui leur permet de marquer leur territoire en vue, ne serai-ce que- d’un repositionnement dans le cadre de la recomposition de la majorité au lendemain de la dissolution effective du sénat, si tenté qu’il devrait être supprimé un jour. C’est dans cette perspective qu’il faudra replacer le désir obstiné d’impliquer leur propre parti, notamment son président Me Ould Maham dans la crise qui tourbillonne la majorité et qui au départ, ne mettait en crise que le Sénat et un certain nombre de ministres du gouvernement.

Un jeu subtil puisque l’on imagine mal les sénateurs se laisser aller à une crise ouverte avec le gouvernement sans y impliquer le parti dont la présence et l’emprise sur ce même gouvernement n’est plus à démontrer. A travers le président du parti -dont il faut reconnaître le mérite politique d’avoir réussi à réhabiliter un parti qui n’a jamais su tenir son rôle-, les sénateurs visent à compromettre la bonne entente supposée entre celui-ci et le chef du gouvernement. Un duo manifestement solide et qui tient les rouages du pouvoir.

Quoi qu’il en soit, cette crise voulue ou non par le président de la République, constitue une vraie première secousse à l’intérieur de son propre camp. Il ne suffit pas de provoquer une crise, pour y trouver son compte, mais faut-il encore avoir le tact pour ne pas se laisser emporter par elle.
A bon entendeur salut.

MOMS





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