Maroc : à Rabat, Emmanuel Macron et Mohammed VI célèbrent leur amitié nouvelle

jeudi 15 juin 2017
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Le président français clôture ce jeudi une visite express au Maroc visant à établir une relation de confiance avec le Palais royal. Reportage.

Il est 17 heures à Rabat lorsque le Falcon présidentiel amorce son dernier virage avant de s’arrêter devant le tapis rouge déroulé en plein milieu du tarmac de l’aéroport Rabat-Salé. Une haie d’honneur d’une cinquantaine de soldats de la garde royale, costumes blancs, bonnets bleus et baïonnette au canon, entonne le chant patriotique réservé à l’accueil des chefs d’État.

Emmanuel Macron et son épouse, Brigitte, en robe blanche, sont accueillis par le roi du Maroc. Le président français serre la main du souverain tout en mettant sa main gauche sur son bras : une poignée franche et solide.

Mohammed VI présente ensuite à ses deux hôtes son fils, le prince hériter Moulay El Hassan, qui se comporte déjà comme un chef d’État malgré ses 14 ans, son frère le prince Moulay Rachid, son épouse Lalla Salma et enfin l’épouse de Moulay Rachid, Lalla Keltoum, qui s’affiche de plus en plus sur la scène protocolaire royale.

Il n’y a ni tribune officielle, ni hymnes nationaux. Dans le milieu officiel marocain, on précise qu’il ne s’agit pas d’une visite d’État mais d’une rencontre « privée, personnelle, privilégiée » voulue par le roi du Maroc pour faire connaissance avec le nouveau locataire de l’Élysée avant d’approfondir avec lui les nombreux chantiers qui lient les deux pays. Depuis toujours, le Palais royal privilégie cette approche de confiance dans ses relations étrangères de haut niveau. Gage de solidité de ces relations à ses yeux, mais aussi de leur pérennité.

Le cortège marocain qui salue le président français est essentiellement composé de dignitaires du royaume. On peut voir, entre autres, les quatre pontes de l’appareil sécuritaire : le général Abdelfattah Louarrak, inspecteur général de l’armée, le général Hosni Benslimane, patron de la Gendarmerie royale, Abdellatif Hammouchi, qui chapeaute les deux directions générales de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, sans oublier Yassine Mansouri, patron de la DGED. Les conseillers royaux sont au grand complet, tandis que le gouvernement marocain est représenté par son chef Saadeddine El Othmani, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita et le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit. Et pour compléter le tableau, un avion spécial a été affrété, transportant des invités de marque depuis Paris, dont l’écrivaine franco-marocaine et prix Goncourt Leïla Slimani, la sénatrice Bariza Khiari et l’islamologue Gilles Kepel.

Une prise de contact d’origine royale

Tout, dans cette première visite d’Emmanuel Macron au Maroc, concoure à dire qu’il s’agit d’une prise de contact exclusivement royale. Après une audience de presque une heure et demie avec Mohammed VI, le président français accorde une conférence de presse express au Palais des hôtes, la grande résidence mauresque de la place El Mechouar. L’occasion d’avouer « avoir été touché par la marque d’amitié que lui a vouée le roi » et que la relation franco-marocaine continuera son chemin avec la volonté de revisiter « l’action culturelle pour qu’elle soit davantage présente ». Concernant l’Afrique, les deux chefs d’État veulent multiplier les partenariats communs, tirant profit de la nouvelle diplomatie du royaume sur le continent et de la volonté de la France « d’aller vers des relations plus équilibrées avec l’Afrique en s’appuyant sur la société civile ».
Les événements du Rif se sont invités dans cet entretien d’une manière « directe et naturelle » selon Emmanuel Marcon. Il ne lui appartient pas « de donner un jugement sur un sujet de politique intérieure du Maroc ». Néanmoins, « il a senti « que le roi considère que ces manifestations sont « tout à fait naturelles, du fait qu’elles sont garanties par la Constitution ». Le souhait du roi, explique toujours le président français, est d’apaiser la situation en apportant une réponse concrète en termes de politiques publiques. « La discussion que nous avons eue ne me donne pas lieu de craindre une révolution quelle qu’elle soit mais une réponse sur la durée. Le roi du Maroc est préoccupé par le sort de cette région qui lui est chère et où il a l’habitude de passer du temps », a déclaré le président français.

Ballet diplomatique franco-marocain dans le Golfe

Au sujet de la crise du Golfe, là encore, les deux chefs d’État partagent le même souci d’apaisement. Leur double objectif est de stabiliser la région tout en clarifiant toutes les formes de terrorisme et les financements de ce dernier. « Nous n’avons aucun intérêt à ce qu’il y ait une tension entre les États qui se sont exprimés dans ce conflit, d’abord parce qu’il faut que le Golfe reste stable, ensuite parce que l’ensemble de ces États sont parties prenantes des crises de la Syrie et de la Libye », explique-t-il. Ce mercredi 14 juin, le ministre des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita vient de rentrer d’une tournée dans le Golfe où il a transmis des messages royaux à l’émir du Koweït et à celui des Émirats arabes unis. Pour sa part, le président Macron confie qu’il va de nouveau s’entretenir, « dans les prochains jours », avec les dirigeants d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et avec l’émir du Qatar entre autres.

Il est 19h30. Le soleil commence à se coucher lorsque Emmanuel Macron et son épouse Brigitte – qui a fait, entre temps, une virée artistique avec Lalla Salma à l’exposition « Face à Picasso » au Musée d’art moderne de Rabat – quittent le Palais des hôtes en direction de la résidence du roi à Dar Essalam où les attend le repas de l’Iftar avec la famille royale. C’est ainsi que la première journée de la visite au Maroc du président français se clôture, en toute intimité.

Par Nadia Lamlili - Envoyée spéciale à Rabat

Jeune Afrique





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