Mauritanie : Ce qui se passera après le départ d’Aziz

jeudi 20 juillet 2017
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Aziz partira. Ceux qui le soutiennent aujourd’hui renvoient, au plus profond d’eux-mêmes, cette certitude. Ceux qui le soutiennent, j’ai dit. Combien ? Allah seul sait. Et ceux qui prient nuit et jour pour le changement rongent leur frein.

Ils sont dans l’opposition mais aussi tapis dans la majorité ! Il partira. Reste la question du comment ? Personne ne peut répondre à cette autre interrogation qui relève du Divin. Pas de la volonté des hommes. Une seule certitude : l’après Aziz ne sera pas différent de l’avant 03 août 2005. Les mauritaniens vivent leur temps.

Ils soutiennent la force, pas un homme. Dès l’annonce de la fin de règne du rais, les langues vont se délier. Les accusations vont fuser de toutes parts. Il sera tout sauf ce qu’il est aujourd’hui : Celui qui a donné aux populations "à boire" et "à manger".

Celui qui a assuré leur sécurité. L’homme du "changement constructif", le "président des pauvres" et, pour ceux qui magnifient sa lutte contre la gabegie, la "terreur des riches". Tout cela sera du passé.

Comme elles l’ont fait pour Taya, des hordes humaines vont sortir dans les rues de Nouakchott pour saluer l’arrivée du nouveau président et vilipender "les années de braise" sous le régime Aziz. Les amis d’hier seront les pires ennemis de demain.

Les "réalisations" seront transformées en échecs patents. On évoquera les milliards perdus. Les marchés qui ont appauvri l’Etat et créé de nouveaux riches. La "nécessité" de l’aéroport "Oum Tounsi" croulera sous le poids de sa démesure (2 millions de passagers/an alors que le pays n’en reçoit que 200.000), de son coût exorbitant et du manque de sérieux de l’entreprise qui l’a réalisé.

On reparlera, à coeur ouvert cette fois-ci, du dépeçage du patrimoine foncier de l’Etat. Les anecdotes de la vente d’un pan entier de l’école de police, de la face "utile" du Stade Olympique, des écoles "marché", "justice" et 7 vont refaire surface. On citera les heureux bénéficiaires et, probablement, on demandera des comptes.

Car il n’y a pas d’assurance à vie. Les responsables du parti-Etat et les membres du gouvernement qui assurent aujourd’hui que le "pouvoir continuera après 2019" seront les premiers "marcheurs" contre lui si Aziz n’est plus aux commandes.

On est gouverné par un Système avec un homme qui en contrôle tous les leviers, mais pas par un "Guide" à la Kadhafi ou un Poutine. L’armée que l’on dit fidèle au président Aziz continuera à fonctionner sans lui. Elle aussi est comme le peuple. Elle ne s’accomode pas du vide laissé par son "chef suprême". Le président qui occupera le palais après Aziz sera son président.

Certes, il devra faire preuve de force de caractère, de ruse et de persuasion pour ne pas être le "machin" des généraux mais les chefs de l’armée savent que la donne a changé. Ils seront toujours associés au pouvoir mais ils ne peuvent plus occuper les devants.

Reste que l’après Aziz ne sera pas le fait (d’armes) de l’opposition, s’il intervient avant ou peu après 2019. La donne politique et sociale du moment n’y est pas favorable.

La chute du régime, quelle qu’en soit le moment, sera due à la conjugaison de plusieurs facteurs, intérieurs et extérieurs.

J’ai évoqué, à plusieurs reprises, le rôle que peut jouer "l’opposition au sein de la majorité, à l’image de la "fronde" du sénat. Elle constitue un appoint non négligeable à l’opposition radicale rassemblée, essentiellement, au sein du Forum national pour la démocratie et l’unité (fndu) et du Rassemblent des forces démocratiques (RFD).

Il suffit que le peuple soit subjugué par les problèmes, et que le gouvernement continue à enfoncer sa tête dans le sable pour ne pas les voir, pour pousser l’exacerbation des foules à leur extrême. On a, comme exemple, le rejet de la "loi" sur les transports (code de la route) et celle, pas encore aboutie, du référendum.

Le soutien de la France, et de l’Occident en général, n’est pas une sorte de chèque en blanc. Il durera le temps que dure l’intérêt qu’ont ces puissances à laisser ce président gouverner sans porter préjudice à leurs privilèges post-coloniaux. Alors, un président averti en vaut deux.

Sneiba Mohamed
Elhourriya





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