Mauritanie : dialogue social et dialogue politique, l’incontournable glissement

jeudi 14 janvier 2021
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Le régime de Mohamed Cheikh Ghazouani, président de la Mauritanie, a décidé d’opter pour un dialogue social au lieu d’un dialogue politique. Il en a instruit le président du parti d’Etat, l’Union Pour la République (UPR). Ce dialogue devrait aborder les questions sociales, comme l’unité nationale et le développement. Pourtant, l’opposition court derrière la tenue d’un dialogue politique inclusif. Mais le social ne conduit-il pas forcément vers le politique ?

Dans tous les apartés que le président Ghazouani a eu avec les différents leaders de l’opposition, la question du dialogue politique inclusif est souvent revenue. Seulement, le nouveau locataire de la Maison Grise semble nourrir la même méfiance à son égard que son prédécesseur.

D’où sans doute, cette décision de répondre aux sollicitations d’une opposition qui a décidé depuis son accession au pouvoir, en août 2019, de jouer l’apaisement. On a alors l’impression que la Mauritanie vit une démocratie sans opposition. Et pourtant, les occasions de critiquer ou de dénoncer n’ont pas manqué au cours de ces dix-sept mois de règne de Ould Ghazouani.

Un dialogue avec une opposition silencieuse

Qu’à cela ne tienne. Ould Ghazouani offre à sa docile opposition un dialogue social à fortes connotations politiques. Car le social débouche toujours sur le politique, et vice-versa. D’autant que les questions qui fâchent seront forcément au rendez-vous. Qu’il s’agisse des évènements de 89-91, connu sous le vocable « Passif humanitaire », ou encore de l’esclavage. Ils aborderont probablement aussi la cohabitation entre les différentes composantes nationales, l’identité culturelle de la Mauritanie (arabo-maghrébine ou arabo-africaine), les langues, ce que d’aucuns nomment racisme d’Etat, les discriminations, etc.

C’est sans doute dans ce cadre qu’il faudrait placer les rencontres politiques qui commencent à fleurir. Parmi ces rencontres, on a par exemple l’invitation de Mohamed Seyidi, président du parti, à l’adresse du président de l’UPR, Sidi Mohamed Taleb Oumar notamment et du député d’opposition Birame Dah Abeid.

Une vraie volonté de dialogue ou des intérêts déguisés ?

Certains pessimistes continuent d’entretenir le doute par rapport aux véritables intentions des « militaires habitués à manipuler les masses pour les endormir avec de telles initiatives ». Mais la majeure partie des acteurs politiques en Mauritanie trouvent la démarche salutaire pour décanter les problèmes sociaux persistants. C’est le cas des partis et activistes négro-africains. Ces derniers cherchent à épurer le dossier lié au « Passif humanitaire » et à l’exclusion sociale, dont ils se considèrent les principales victimes. C’est aussi le cas des abolitionnistes, qui trouvent que le problème de l’esclavage en Mauritanie reste entier.

Les syndicats des travailleurs ont également des dossiers liés aux nombreux problèmes du monde du travail. Tout comme les organisations de protection des droits de l’homme, effarés par l’ampleur des violations dans ce domaine.

Jusque-là certes, il ne s’agit que d’une initiative dont l’idée vient à peine d’être lancée, sans beaucoup de réactions encore. Le président de l’UPR qui en a été instruit s’est contenté de se réunir avec ses proches collaborateurs. Sur les modalités du dialogue envisagé, rien ne filtre encore. Seulement, l’écrasante majorité des acteurs politiques et sociaux souhaitent un dialogue inclusif avec la participation des Mauritaniens tout au long du processus, et non un remake des anciens dialogues diligentés par l’UPR sous Abdel Aziz. Ce modèle d’unilatéralisme avait conduit au blocage politique qui a marqué la quasi-mandature de l’ancien président.

Ainsi, ce mariage de raison qui coule avec douceur depuis dix-sept mois entre l’opposition et le pouvoir de Ghazouani, tirera sa longévité de la manière avec laquelle ce dernier conduira ce premier dialogue de son premier mandat.

Cheikh Aidara





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