Moustapha Abeiderrahmane, président du Renouveau Démocratique : ‘’En s’attaquant aux libertés, le pouvoir est en train de scier une des plus importantes branches auxquelles il s’accroche’’

jeudi 19 octobre 2017
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Le dossier « Bouamatou et consorts » qui alimente les débats politiques, depuis bientôt deux mois, semble baisser quelque peu de tension. Diriez-vous « Tant mieux ! » ? Quel sentiment ce feuilleton politico-judiciaire vous laisse-t-il ?

Moustapha Abeiderrahmane : S’il est vrai que les « vacances » annuelles, chez nous, prennent, en général, toute la période de l’hivernage, cette année aura été perturbée, non seulement, par la rareté, voire l’absence de pluies, dont nous verrons les conséquences plus loin, mais, également, par les attentes graves aux libertés liées à l’« affaire » à laquelle vous faites allusion.

En ce qui me concerne, je ne donne jamais crédit aux rumeurs, en particulier, aux rumeurs de complot, d’où qu’elles viennent. J’ai toujours fait observer que, dans notre pays, existe, fort heureusement, un minimum de libertés publiques et que cet état de fait doit être mis au crédit du régime actuel.

C’est pourquoi je ne peux que m’alarmer et dénoncer, fermement, les arrestations arbitraires, en forme de règlement de comptes ; les interrogatoires, provoquant des personnalités politiques, des syndicalistes, des journalistes et des membres de la Société civile ; la rétention de passeports et autres mesures d’intimidation d’un autre âge.

Il est urgent que cette campagne cesse, non seulement afin que les intéressés auxquels j’apporte ma solidarité, inconditionnelle, puissent retrouver leurs libertés, pleines et entières, mais également et surtout, dans l’intérêt et la dignité de notre pays.

En qui concerne le régime, il m’est évident qu’en s’attaquant de la sorte aux libertés, celui-ci est en train de scier une des plus importantes branches auxquelles il s’accroche. D’ailleurs, cet état de fait a commencé avec l’entêtement à organiser un référendum non constitutionnel, avec des objectifs contestés, comme le nouveau drapeau national, dont la mise en place va poser des problèmes, quasi insolubles, au pays, comme les nouveaux conseils régionaux.

- On vous a peu vu, dans les manifestations du FNDU ou du G8, suite au referendum et à l’arrestation du sénateur Ould Ghadda. Est-ce une preuve de découragement du RD ? Croyez-vous au projet du Forum de mettre en place un programme de gouvernement commun, dans la perspective de 2019 ?

- Il va de soi que le RD et moi-même, toujours membre du FNDU, participons à toutes les manifestations de Forum, du moins celles que les autorités n’ont pas expressément interdites, dans les formes du droit en vigueur. S’il s’agit, là, d’une position quelque peu comprise par certains, il est vrai, mais cela procède, selon nous, de nuances d’appréciation de la situation des libertés dans le pays.

S’agissant des perspectives de mise en place, par le FNDU, voire du G8, d’un programme commun de politique, en prévision de 2019, c’est, pour nous, une orientation saine mais qui suppose pas mal de préalables dont le plus important est, d’abord, de s’entendre sur une perspective politique autre qu’une simple feuille de route, composée de quelques éléments d’agitation dans la rue.

Bien entendu, l’opposition pourrait organiser, autant que nécessaire, des rassemblements publics, pour montrer et démontrer sa force, mais le devoir principal des partis politiques de l’opposition, en dehors des nécessités de leur organisation interne et de l’éducation de leurs militants, est de confectionner des programmes, réalistes dans leur application, tant en ce qui concerne les luttes pour les faire aboutir, qu’en ce qui concerne leur mise en place, dès qu’une majorité est conquise à cet effet.

Le nœud gordien de cette perspective est la nécessité d’une participation à toutes les élections constitutionnelles, leur boycott éventuel étant, nécessairement, l’exception, particulièrement justifiée par une situation jugée exceptionnelle.

Cela suppose d’en finir avec la contestation de l’égalité, voire la légitimité du pouvoir en place. Cela suppose la nécessité de rechercher, constamment, le dialogue avec le pouvoir en place, surtout dans les périodes où le pays affronte des difficultés, notamment extérieures et, parfois, d’ordre économique grave (grande période de catastrophes, profonde sécheresse, baisse des revenus issus de l’exploitation des minerais, crises internationales, etc.).

- En attendant, pensez-vous qu’en l’absence de dialogue, d’ici là, l’opposition se doit de prendre part aux prochaines consultations électorales ? A votre avis, que doit faire le pouvoir pour inciter l’opposition dite « radicale » à s’engager ?

- La démocratie représentative est un éternel apprentissage. Tout que ce qui peut la renforcer doit être tenté et poursuivi. L’axe principal de cet apprentissage n’est autre que la participation aux élections, lesquelles doivent, bien entendu, devenir de plus en plus transparentes, honnêtes, crédibles, afin que leurs résultats puissent être acceptés de tous.

Pour ce dernier aspect des choses, le rôle et le devoir des autorités en place est naturellement prépondérant ! Et l’on ne peut que l’encourager et exiger, de lui, qu’il agisse en ce sens.

Pas pour les beaux yeux de l’opposition mais pour exercer son devoir, tout simplement, vis-à-vis du pays ; aujourd’hui, après ce référendum, contesté et aux résultats, à moins avis, pour le moins incertains, il serait tout-à-fait bien venu que le pouvoir invite l’opposition à de nouvelles discussions, pour préparer, dans le consensus, les perspectives d’évolution du pays au-delà de 2019 où le président en exercice ne peut plus, selon la Constitution se représenter et ne souhaite pas lui-même y prétendre, comme il l’a, maintes fois, publiquement déclaré.

On ne voit pas pourquoi certains membres de l’opposition mais, aussi, du pouvoir tiennent à prétendre le contraire et faire comme si de rien n’était. Or, en plus des difficultés du pays, appréciées diversement au plan économique, sécuritaire et à celui des relations extérieures du pays, notamment avec ses voisins immédiats, il est évident que la perspective de l’avènement d’un nouveau président, issu du même régime ou de l’opposition, est un évènement considérable, compte-tenu de son rôle, prépondérant, dans nos institutions.

Cette perspective doit nous inciter tous au dialogue et, à la modération, pour aboutir à la possibilité d’élections préparées consensuellement et susceptibles, donc, de se dérouler dans la paix et le civisme, avec des résultats acceptés de la majorité des acteurs politiques du pays.

- Notre pays vient d’enregistrer un déficit pluviométrique inquiétant, particulièrement pour les agriculteurs et les éleveurs. Que peut faire le gouvernement pour parer au plus pressé ?

- Le déficit pluviométrique, à cette date, annonce un très mauvais hivernage, donc une nouvelle année 2018 difficile, pour la majorité de la population et, partant, pour le pays. Pour être efficace, l’action de l’Etat doit chercher à obtenir un consensus national à portée de main, comme le sont les perspectives de renforcement de l’unité nationale et des relations extérieures, permanentes et confiantes, avec nos partenaires, surtout nos frères et voisins immédiats (Sénégal, Maroc, Mali, Algérie). A ce sujet, l’opposition responsable doit systématiquement éviter tout ce qui peut susciter des difficultés entre notre pays et l’un de ses voisins.

En réalité, seules les conditions des élections méritent des discussions approfondies et, éventuellement, des concessions réciproques, pour aboutir à un consensus. Il faut rapidement entreprendre ce dialogue nécessaire.

Propos recueillis par Dalay Lam

Le Calame





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