Quand nos élus parlent de Racisme à l’Assemblée nationale

jeudi 16 mars 2017
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Les députés de l’Assemblée nationale ont failli en venir aux mains vendredi dernier. En réaction à la mise au point du député Mahfoudh Ould Jeyid qui a demandé d’user exclusivement de la langue arabe dans les débats portant sur les amendements constitutionnels, sa collègue Saoudatou Wane fut toute en flamme. « La mise au point a des connotations racistes… Les Noirs n’abandonneront jamais ce pays » lui répliquera-t-elle.

Chaude journée, vendredi dernier à l’assemblée nationale où la question raciale et communautaire, celle de la cohabitation entre arabes et négro-africains, s’est invitée aux débats. Tout a commencé quand un député de la région du Gorgol, appartenant pourtant à la majorité présidentielle, a évoqué la question communautaire dans le pays. Traitant d’emblée les Autorités de « racistes » et le système de gouvernance de « clientéliste », l’élu va se livrer à un long répertoire des principales hautes fonctions occupées par les différentes communautés dans le pays. Relevant des disparités de taille dans la représentativité communautaire entre Maures et négro-africains, il viendra à la conclusion que, pour lui, le pays est dirigé par un système raciste qui encourage et privilégie la suprématie d’une seule communauté sur toutes les autres. L’occasion pour lui de présenter des exemples, notamment dans le secteur des affaires des industries mais aussi au niveau de l’administration publique où pour lui, toutes les communautés sont laissées en marge du développement, pour l’intérêt de l’unique communauté maure. S’intéressant aux forces armées nationales, l’élu va regretter leur situation : non seulement fera-t-il remarquer en substance, toutes les hautes fonctions militaires sont aux mains d’une seule communauté, mais plus, l’armée à procédé à des purges sans précédent, de négro-africains dont certains se sont sacrifiés pour elle. Pour un pays républicain, juste et égal au service de l’ensemble de ses concitoyens, pour créer un État de droit, il faut d’abord réparer ces écueils devait-il souligner en conclusion.
Prenant la parole, un député - de la majorité présidentielle- va rejeter en bloc ces accusations. Rappelant en substance qu’il y a quatre ans « seulement », les états majors de la gendarmerie nationale, de la Garde nationale et du président de la république, étaient dirigés par des officiers negro africains à travers les généraux de N’Diaga Dieng, Negri et Dia, développera une thèse contraire. Pour lui, les communautés sont également bénéficiaires des avantages que leur donne le pouvoir, dans l’ensemble des secteurs de la vie.
Interrompu plusieurs fois par une député qui relevait ce qu’elle considérait comme de la « poudre aux yeux » jetée à la figue de l’opinion, pour mieux asseoir la suprématie d’une communauté sur toutes les autres, et le cas échéant, pour la consommation internationale, le député devait solliciter une motion, demandant que les interventions ne se fassent qu’en langue arabe dans l’hémicycle. Branle bas de combat ! La réaction fut des plus vives alors pour la député qui voyait en cette demande, une manœuvre visant à écarter les élus négro-africains des débats. « Cette demande relève de l’hypocrisie pure et dure. Les Noirs n’abandonneront jamais la Mauritanie pour la laisser aux autres. Ils n’accepteront jamais d’être exclus de ce pays ».
Levée de boucliers au sein de l’assemblée nationale où les interventions pour calmer les esprits entre supporters des deux camps qui s’éraient formés en conséquence, furent rudes, voire agressives. Des termes amers voire peu civils furent prononcés de part et d’autre qui ont amené finalement le président de l’assemblée, à suspendre les travaux.
Cohabitation.
Une fois encore, la question communautaire s’est invitée dans les travaux de l’assemblée nationale. Il faut dire que, les jeux sont subtils et délicats pour ceux-là qui la soulèvent, au détour d’une question. En fait, en demandant d’user dans les débats, exclusivement de la langue arabe, ou des langues nationales et de proscrire la langue française, les députés auraient des visées particularistes et excursionnistes qui visent à écarter les élus négro-africains, notamment ceux-là qui ne maitrisent pas l’arabe. Finalement, il ne s’agit pas vraiment de s’opposer à la langue française en tant que telle, mais il s’agit plutôt d’isoler les élus cibles et de ne pas leur donner voix de chapitre. C’est en tout cas, ce que pensent les élus négro-africains, décidés à se battre pour se faire entendre de l’opinion.
Mais plus fondamentalement, les derniers débats à l’Assemblée nationale, animé par des élus du peuple et représentants de ce peuple, n’ont fait que présenter à la face de cette opinion, qu’en matière de cohabitation communautaire, rien ou presque n’a été fait depuis l’indépendance. Au contraire…

JOB





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