Révision constitutionnelle 1000 minutes pour consacrer « le viol »

jeudi 16 mars 2017
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La réforme constitutionnelle n’attendrait plus que quelques heures pour être effective. Malgré les manifestations monstres de l’opposition qui est descendue dans la rue depuis lundi, tout porte à croire que les parlementaires s’acheminent vers un vote en faveur des nouveaux amendements de la constitution. Le temps que les cent députés qui ont décidé d’intervenir, usent chacun des dix minutes accordées par le président du Tribunal et les jeux seront faits !

La session extraordinaire du Parlement portant sur le projet d’amendement de la constitution a débuté tôt dans la journée de mardi. A l’aube déjà, les alentours de l’Assemblée nationale avaient été quadrillés par les forces de police, au grand dam des automobilistes et des piétons qui devaient procéder à d’énormes détours pour se rendre au centre-ville de la capitale. Il s’agissait de prévenir contre tout risque de débordements des foules en direction du Parlement. La veille, les nouvelles étaient en effet inquiétantes pour le régime : des informations avaient fuité, affirmant que des manifestants issus de l’opposition, de la société civile et surtout des milieux estudiantins, avaient décidé de perturber la tenue de la séance parlementaire en forçant l’entrée dans la salle de l’assemblée nationale. Deux scénarii étaient évoqués : celui du Sénégal qui avait vu en 2011, des manifestants s’agripper aux grilles de l’assemblée nationale de ce pays quand le président de l’époque Abdoulaye Wade voulait faire passer un amendement sur la constitution du pays et celui plus récent en 2014 au Burkina Faso consacré par l’invasion du Parlement et sa mise à sac par le peuple. Dans un cas comme dans l’autre, la volonté du peuple a fini par triompher, poussant les régimes à renoncer à leurs projets de modifications constitutionnelles. Et c’est pour éviter une telle situation que les forces de l’ordre nationales avaient été déployées dans tous les grands axes de Nouakchott, menant vers le Parlement.
Et une fois n’est pas coutume. Ce jour, les 147 députés de l’Assemblée nationale ont fait le déplacement. D’emblée, le point à l’ordre du jour fut présenté : suppression du sénat, création de conseils régionaux, nouvelle division administrative des 13 gouvernorats du pays, modification du drapeau national et de l’hymne national, organisation d’élections municipales… Le ton était donné, la prise de parole ouverte. Sur les 147 députés, 100 vont demander à intervenir. Ce sera donc mille minutes de palabres, quand on sait que le temps de parole a été arrêté à 10 minutes. Il s’agira pour les intervenants - tous ayant été reçus en audience les jours précédents par le chef de l’Etat- de réitérer l’engagement pris devant ce dernier et d’exprimer sa force d’adhésion aux idées du chef de l’Etat.
Entamées en milieu de matinée de ce premier jour, les interventions vont se poursuivre jusque tard dans la soirée. Au total, ils seront ainsi 44 à prendre la parole, parfois dans un immense chahut soulevé par les 12 députés islamistes de Tewassoul qui n’ont cessé d’interpeler leurs camarades sur la situation que vivaient, au dehors, les manifestants opposés aux réformes
En effet, dehors, les leaders de l’opposition s’étaient organisés pour improviser un meeting populaire dont l’affluence grandissait à vue d’œil. Alors que ceux-ci déclinaient leurs discours devant une foule calme, la police antiémeute qui avait renforcé ses rangs, s’invita sur les lieux. Elle attendra qu’intervienne le président Saleh Hanena pour se mettre à lancer des grenades lacrymogènes en direction des foules et des leaders politiques. Près d’une quarantaine de blessés graves furent répertoriés dont quatre cas critiques, évacués à l’hôpital national par leurs propres camarades..

Vote tout azimut
Finalement, les suffrages portant sur les réformes constitutionnelles se sont déroulées en deux temps : Il y a d’abord eu un « vote présidentiel », consacré par une audience furtive accordée à chacun des parlementaires de la majorité -ou collectivement- par le Boss sur fond de promesse (comme ce dernier sait si bien le faire). Il y aura ensuite le second vote dont les préliminaires ont commencé depuis lundi par un débat. En réalité, le vote est déjà fait. Les élus ne font répéter dans l’hémicycle les engagements pris devant le président. Manière pour eux, de donner des assurances en direction du Chef, d’autant plus que le vote sera secret. Manière pour eux aussi de signifier leurs attentes par rapport aux promesses qui avaient été tenues en leur faveur et surtout de réconforter le président de la République, qui manifestement angoissé de peur d’échouer, a multiplié ces derniers jours ses audiences auprès des Parlementaires.
Il faut dire que près de 95% des élus qui forment la présente assemblée n’existent pas et ne disposent pas de base populaire réelle. En fait, ils n’ont d’existence qu’à travers ce Pouvoir qui les a créés et qui compte les « dédommager ». Ce qui veut dire que les ficelles se tirent ailleurs. Et quand on sait que ce « ailleurs » n’est autre que le président Ould Abdel Aziz, on en déduit que l’issue est déjà connue. Parce que le président est spécialisé dans la caporalisation des députés. Il l’a déjà réussi en créant une fronde parlementaire contre l’ancien président Sidioca. Il la aussi réussi en faisant le vide autour de lui après avoir bouté hors du sérail, ses anciens compagnons de route et en s’entourant de ses plus fidèles camarades.

Dernier round
Si les travaux de l’assemblée nationale continuent à leur rythme du premier jour, il faudra attendre au plus tôt, jeudi, pour voir se tenir les suffrages. Le pouvoir aura alors besoin des 2/3 des voix pour faire passer ses réformes constitutionnelles. Ce qui est largement à sa portée. Le deuxième pallier consistera à organiser un vote au Sénat où le projet de constitution aura besoin de 2/3 des 56 sièges qui constituent cette chambre. Une fois ces scores acquis, il faudra alors organiser le congrès du Parlement. Il s’agit d’un vote des deux chambres réunies qui devrait consacrer l’adoption des réformes constitutionnelles dès lors où ce sont ceux-là qui avaient voté dans les deux suffrages précédents qui vont de nouveau exprimer leur vote.
Dans tous les cas, même s’il affiche une certaine crainte de se voir trahi par certains élus qui pourraient profiter des suffrages à bulletins secrets pour exprimer des vues autres, le président de la République sait qu’il dispose d’une majorité largement confortable. On se rappelle encore des chiffres des dernières élections législatives où l’’UPR avait obtenu soixante-seize des cent quarante-sept sièges de l’Assemblée nationale. Avec ses alliés d’une douzaine de petits partis, il totalise cent huit sièges. L’opposition avait obtenu trente-sept sièges, dont seize pour les islamistes du parti Tewassoul, alors que El-Wiam avait obtenu dix députés, et l’Alliance populaire progressiste (APP), sept. L’Alliance pour la justice et la démocratie-Mouvement pour le renouveau (AJD-MR) avait quant à lui obtenu deux députés.

JOB





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