Rupture des relations diplomatiques entre la Mauritanie et le Qatar Quoi derrière la décision de la Mauritanie ?

mercredi 14 juin 2017
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La Mauritanie a mis fin à ses relations avec le Qatar. Décision individuelle, souveraine, acte de soutien à l’Arabie saoudite qui a franchi le même pas 24 auparavant, ou coïncidence ?
Au dixième jour du mois de ramadan, la décision a été brutale. Comme un coup de surin diplomatique : rapide, précis, méthodique. Les Saoudiens et leurs alliés (Bahreïn, Émirats Arabes unis, Yémen, Égypte) ont décidé à l’aube de rompre leurs relations diplomatiques avec l’émirat du Qatar. Au onzième jour, le mardi 6 juin, c’était au tour de la Mauritanie. Le Pouvoir de Ould abdel Aziz a évoqué ce qu’il a appelé « la politique pro-terroriste du Qatar » qu’il accuse de propager des idées extrémistes et d’avoir sciemment semé l’anarchie dans de nombreux pays arabes et plus particulièrement dans la sous région sahélienne où il soutiendrait le Mujao, l’organisation terroriste qui a sévi à Gao, et appuyerait les Frères musulmans via le parti Tawassoul.
Alors même que le monde se posait des questions sur la brulante actualité dans les pays du Golf, voilà que la Mauritanie -qui est à mille lieux de la zone- se jette dans la « bataille » en emboitant le pas, à l’Arabie saoudite. Que perd le pays et que gagne-t-il en se positionnant -si vite- dans cette affaire ? En décidant de rompre ses relations avec ce pays, le président Ould Abdel Aziz jouerait ainsi sur trois fronts : dénoncer le Qatar dans le but de proscrire son soutien dans la zone sahélo- saharienne située entre la Mauritanie et le Mali voire l’Algérie. Il s’agit ensuite d’envoyer un message fort à l’Occident en lutte contre le terrorisme et plus particulièrement à la nouvelle administration américaine dont le président Donald Trump, qui a appelé les pays musulmans à faire bloc contre la radicalisation de l’Islam. Il s’agit enfin d’adresser un appel du pied à l’Arabie saoudite qui est l’un des principaux bailleurs de fonds publics dans le pays.
Ainsi, l’enjeu a valu le jeu pour la Mauritanie qui aurait quantifié ce qu’elle perdrait en s’éloignant du Qatar. Il faut dire qu’entre les deux pays, les relations ont toujours été au beau fixe avec particulièrement l’attention que le Qatar adresse à la Mauritanie : soutien diplomatique dont le point d’orgue reste la tenue à Nouakchott, du sommet de la Ligue arabe il y a une année, assistance de l’État qatari à de nombreux projets de développement, renforcement des financements privés qataris… Si pour la Mauritanie, les fruits de la coopération mauritano-saoudienne sont nettement plus importants que ceux qu’elle récolte auprès du Qatar, le pays gagnerait par ailleurs sur de nombreux autres espaces en s’alignant derrière l’Arabie Saoudite : Il s’agit surtout d’exprimer aux yeux de l’occident son engagement total dans la lutte contre le terrorisme.

Interventions
Comme on pouvait s’y attendre, l’opinion mauritanienne a rapidement réagi à l’événement. Nombreux en effet furent, les intellectuels qui ont pris la défense du pouvoir de Ould Abdel Aziz en qualifiant « d’opportune et sage » sa décision et en soutenant qu’elle est « souveraine, sans pression extérieure ». L’occasion pour ceux-ci de mettre le Qatar à l’index, relevant le rôle qu’il aurait joué dans l’instabilité de la sous région ces dernières années, et celui de premier plan qu’il aurait exercé dans les attaques menées pendant les années 2000 dans les camps militaires et qui auraient fait plusieurs dizaines de morts dans les rangs de l’armée mauritanienne. Pour de nombreux autres analystes, il s’agit au contraire d’une attitude « maladroite et grave dictée par des considérations opportunistes, qui n’élèvent pas la Mauritanie ». Pour ceux-là, le pays commet une nouvelle maladresse diplomatique après celle qu’il avait de la guerre du Golf quand il avait brutalement rompu ses relations diplomatiques avec l’Irak de Saddam Hussein.

Particularité
Alors que l’Algérie, la Tunisie et le Maroc observent une certaine neutralité, la Mauritanie – et quelque part, la Libye » l’attitude consiste à rompre leurs relations diplomatiques avec Doha. Les cinq pays qui forment le Maghreb semblent ainsi réagir en fonction de leur culture politique : si le Maroc considère l’Arabie saoudite comme un allié historique, il s’agit surtout pour lui, de maintenir les bonnes relations avec le Qatar. La Tunisie a elle gardé une stricte neutralité, espérant que « les frères dans le Golfe trouvent un compromis afin de dépasser leurs divergences et de trouver une solution ». Pour le pays de Bouteflika, « l’ensemble des pays concernés doivent adopter le dialogue comme seul moyen de régler leurs différends ». Du côté de la Libye, faute d’unité politique, les réactions divergent de Tripoli à Tobrouk. À l’est, où les autorités au pouvoir sont notamment soutenues par les Émirats Arabes unis, on a tranché : rupture totale avec le Qatar. Mais sur le sol libyen, les jeux d’influence sont mouvants. Le Qatar a joué un rôle militaire aux côtés de l’Otan en 2011 face au régime de Kadhafi qui s’apprêtait à écraser Benghazi. Puis Doha a soutenu, avec la Turquie, les forces islamistes qui ont régné en maître à Tripoli. Un interventionnisme qui alimente les rancœurs du jour.

Rupture sans surprise
La vérité étant que l’Arabie Saoudite a l’habitude de menacer ses amis et alliés en matière financière. Si les saoudiens ont osé menacer même les USA de libérer certains milliards en bons du trésor américain si les USA osaient autoriser la poursuite des états sur le sol américain en matière terroriste, on ne peut comprendre la peur de Nouakchott dont la politique de la main tendue est proverbiale chez les arabes.
En se faisant l’écho des intérêts saoudiens, elle soutient ainsi la déclaration de Trump. C’est diplomatiquement bien joué quand on sait que la Mauritanie accuse sous barbe, les USA de soutenir Birame Dah Abeid mais aussi nombre d’associations de défense des droits de l’homme, pour déstabiliser la Mauritanie. Le pouvoir mauritanien sait donc qu’un rien suffirait à un Trump pour tweeter que la Mauritanie est un pays raciste esclavagiste et ami des terroristes locaux.
JOB





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