Session parlementaire suspendue en attendant de régler l’affaire des Islamistes et de Birame

mardi 2 octobre 2018
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Les Islamistes de Tawassoul et Birame Dah Abeid. Les deux dilemmes que le pouvoir mauritanien doit résoudre avant de sonner la rentrée des classes pour les parlementaires.

La première session parlementaire devait s’ouvrir le 1er octobre 2018, selon l’article 52 de la loi constitutionnelle n°2012-015 portant révision de la Constitution de 1991 qui stipule « le parlement tient deux sessions ordinaires chaque année, d’abord le premier jour ouvrable du mois d’octobre, le second le premier jour ouvrable du mois d’avril ». Contre toute attente, alors même que la Constitution ne le prévoit pas, cette session a été purement et simplement reportée. Mieux, les membres de l’Assemblée n’avaient même pas reçus de convocation et le président de la République n’avait pas, alors que la Constitution l’y oblige, signé le moindre décret de convocation pour l’ouverture de la session. Ceci pour souligner la situation de non-droit dans laquelle la Mauritanie s’est installée depuis quelques années. C’est le DROIT dans sa plénitude qui est même bafoué dans ce pays, comme si l’arsenal juridique existant ne sert que décor. Et ce déni du droit se manifeste dans tous les compartiments de la vie, donnant libre cours à l’Exécutif, celui de naviguer en toute omnipotence, en l’absence de tout contre-pouvoir. Nous sommes même devenus plus barbares que les Califats musulmans du 8ème siècle, eux qui au moins, reconnaissaient au pouvoir judiciaire sa totale indépendance, bien avant qu’un certain Montesquieu dans son "Esprit des Lois" ne vienne poser le postulat des trois pouvoirs, l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire.

Et les exemples du non-respect des lois et des procédures sont devenus hélas légions dans un pays où toutes les décisions reviennent à un seul homme. Mieux, le droit doit se plier à ses volontés. Il est devenu la loi, rappelant tristement cette réplique de Judge Dredd : "Je suis la Loi " dans ce film américain futuriste où l’ordre est assuré par des policiers urbains, à la fois juges, jurés et bourreaux.
Ce report de la session parlementaire serait dicté par cette épée de Damoclès suspendue sur le sort des Islamistes, et celui du président d’IRA, Birame Dah Abeid.

En effet, le pouvoir tergiverse encore dans son intention d’interdire le parti Tawassoul et, par ricochet, empêcher ses 14 parlementaires d’intégrer la future Assemblée Nationale. La tension est certainement forte au niveau de l’Exécutif. Mohamed Abdel Aziz est tenu en tenaille.

D’une part, il y a les Occidentaux qui tentent de le dissuader d’une telle démarche à l’heure où les jihadistes et les extrémistes endurcis leur causent déjà du fil à retordre. S’en prendre aux Islamistes modérés, surtout qu’ils constituent déjà une force politique certaine, ne ferait qu’envenimer la situation.

De l’autre côté, le pouvoir mauritanien doit satisfaire à la demande de l’Arabie Saoudite et celle des Emirats Arabes Unis, des soutiens financiers de taille, qui le poussent à décapiter les frères musulmans comme ils l’ont fait chez eux et en Egypte. C’est ce dilemme que Mohamed Ould Abdel Aziz doit d’abord résoudre avant de permettre la rentrée en classe des nouveaux députés. Il a déjà préparé les prémisses d’une telle décapitation, en s’en prenant à celui qui est considéré comme le référentiel des Islamistes mauritaniens, Cheikh Mohamed Hacen Ould Deddew qui a vu son Centre de formation des Ulémas et son Université Ibn Yacine, fermés en guise d’entrée en matière avant d’attaquer le plat de résistance.

L’échange téléphonique, ce mercredi 3 octobre, entre Mohamed Abdel Aziz et Cheikh Mohamed Ben Zayed Al Nahyane, Chef d’Etat-major adjoint des Forces armées émiratis, pourrait avoir un rapport avec le dossier des Islamistes, marquant certainement l’impatience de l’Arabie Saoudite et celle des Emirats Arabes Unis face à ce dénouement qui tarde à venir. Il faut dire que l’argent émirati coule de plus en plus à flot en Mauritanie, la gestion de l’aéroport Oumtounsy de Nouakchott et celui du Port de l’Amitié, construction, dit-on, d’une future base militaire émiratie en Mauritanie, sans compter d’autres fonds placés ailleurs dans l’économie locale.

L’autre dilemme que Mohamed Abdel Aziz doit régler, c’est le sort de l’antiesclavagiste et lauréat des Nations Unies pour les droits de l’homme, Birame Dah Abeid. En prison depuis plusieurs semaines, sous le fallacieux prétexte d’une plainte pour diffamation déposée par un pseudo-journaliste, l’investiture de cet ennemi de longue date du pouvoir mauritanien comme député à l’Assemblée Nationale, semble être une pilule amère à digérer. Là également, le choix est difficile pour un pouvoir qui compte satisfaire ses élans répressifs envers un "empêcheur de tourner rond", à qui il ne faudrait pas offrir une tribune comme l’Assemblée Nationale, l’immunité parlementaire et le passeport diplomatique. De l’autre, la pression internationale est forte en faveur de la libération de Birame, considéré comme prisonnier politique et dont l’éviction dans ses nouvelles fonctions pourrait le revêtir du manteau de martyr de la cause démocratique, surtout dans un pays qui cherche ad aeternam à redorer son blason de respectabilité.

En attendant, le pouvoir répressif de Mohamed Abdel Aziz continue de faire fi des lois et de la Constitution, en reniant les droits fondamentaux protégés, dont le droit de manifester. Des militants du mouvement IRA ont été sauvagement battus le 1er octobre dernier et l’Honorable député Coumba Dado Kane, malgré son statut, sauvagement violentée, alors qu’ils manifestaient pacifiquement devant les grilles de l’Assemblée Nationale pour réclamer la libération de l’Honorable député Birame Dah Abeid.

Cheikh Aïdara





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