Yahya Ould Ahmed El Waghf, président du parti ADIL, membre du FNDU, dans une interview exclusive : "Le chef de l’Etat a raison quand il dit que le tripatouillage de la constitution met le pays en danger et menace sa cohésion et sa stabilité"

jeudi 3 novembre 2016
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Le dialogue national inclusif vient de prendre fin au palais des congrès. Finalement la question du 3e mandat, tant redoutée par le FNDU et une partie de l’opinion nationale, voire internationale a été écartée. Le forum ne regrette-t-il aujourd’hui d’avoir raté une autre occasion de dialoguer avec le pouvoir ?

Yahya Ahmed El Waghf : Le FNDU a toujours œuvré pour qu’il y ait un dialogue sérieux qui met fin à la crise politique que vit le pays depuis plusieurs années. Nous pensons qu’on a eu raison de n’avoir pas participé à ce dialogue. Au niveau politique, ce dialogue, qui est tout sauf inclusif, constitue un recul par rapport à celui de 2011 qui n’avait pas réglé la crise politique.

Il s’est limité à rappeler des principes, que les médias au service du pouvoir répètent à longueur de journée, sans se soucier des dispositifs garantissant leur mise en œuvre. Le problème principal a toujours été le non-respect par le pouvoir en place de ces principes et des lois et règlements du pays, dont certains ont été mis en place par lui-même.

Au niveau des questions nationales, ce dialogue n’a encore rien apporté par rapport aux questions lancinantes d’éradication de l’esclavage et de ses séquelles, du passif humanitaire et de l’unité nationale d’une façon générale. Les seuls résultats de ce dialogue sont des changements constitutionnels annoncés par le chef de l’Etat lors de son meeting de Néma. Le FNDU ne peut pas regretter d’avoir raté un tel dialogue. La question des mandats n’était pas à l’ordre du jour.

Depuis que le chef de l’Etat a déclaré à la presse qu’il n’envisage pas de se présenter à un troisième mandat, le FNDU n’a plus parlé de cette question. C’est le porte-parole du gouvernement et certains dirigeants de l’UPR qui l’ont ramené et qui ont voulu l’inscrire au niveau de l’ordre du jour du dialogue. Ce porte-parole, récidiviste, n’a-t-il pas dit que cette question sera soumise au peuple, même si elle n’a pas fait l’objet d’un consensus ?

- Pensez-vous que la Mauritanie est désormais à l’abri du tripatouillage de la Constitution notamment en ce qui concerne le 3e mandat ?

- J’espère que nous sommes désormais à l’abri de tout tripatouillage de la constitution. Le chef de l’Etat a dit clairement que le tripatouillage de la constitution met le pays en danger et menace sa cohésion et sa stabilité, et en cela il a raison.

Je le vois difficilement se contredire sur cette question. Il a dirigé le pays pendant plusieurs années, a eu tout ce qu’il pouvait imaginer (UA, Ligue Arabe, etc.) et, en homme raisonnable, il ne peut pas courir le risque de tout perdre. Il y a certainement, malheureusement, certains soutiens qui chercheront à le pousser à se contredire, parce que son départ signe leur fin politique.

Mais je suis persuadé qu’il est conscient que ces soutiens seront les premiers à demander son jugement pour haute trahison, s’il cède à leur pression. Ils ne sont pas responsables et ils ne seront pas jugés pour haute trahison. C’est lui seul qui est concerné et ils seront à ce moment dans le camp adverse. Pour le pays, mais aussi pour lui, je ne souhaite pas qu’un tel scénario arrive.

- Nombre des membres du gouvernement, du parti UPR, de l’opposition que vous êtes croyaient dur comme fer que le dialogue politique n’était qu’un prétexte pour déverrouiller l’article 28 de la Constitution limitant le mandat présidentiel à deux. Que s’est-il passé pour que cela ne produise pas ?

- Depuis que le Chef de l’Etat a fait sa déclaration à la presse et a confirmé son intention de respecter la constitution, le FNDU s’est engagé à discuter avec le pouvoir pour organiser un dialogue sérieux. Nous n’avons plus parlé des mandats. Si on n’a pas participé à ce dialogue, ce n’est pas à cause des mandats. C’est le pouvoir qui n’a pas voulu qu’on participe, parce qu’il n’a pas pris en compte nos préoccupations.

- Croyez-vous comme certains que le pouvoir a fait machine arrière ? Si oui, pourquoi a votre avis ?

- Si le porte-parole du gouvernement est réellement son porte-parole, on ne peut que penser que le pouvoir a fait machine arrière. Si le porte-parole du gouvernement n’est pas son porte-parole, on peut à ce moment penser comme on veut. Pour les raisons qui l’ont amené à faire marche arrière, on ne peut parler que de ce qu’on voit. On a vu que le FNDU, toute l’opposition et tout le peuple mauritanien se sont levés contre cette volonté du gouvernement ou de son porte-parole. C’est tout ce qu’on a vu.

- Quelle appréciation vous faites de l’accord signé, ce jeudi soir au terme des débats différents ateliers ? La démocratie mauritanienne n’est-elle pas sortie renforcée ?

- Je pense avoir déjà donné mon avis sur les résultats du dialogue et donc sur cet accord politique.

- Dans son discours de clôture, le président a dit qu’il n’éprouve aucune gêne à demander l’amendement de la Constitution, allusion à l’article 28, mais que ce n’est pas dans l’intérêt du pays…Un commentaire ?

- J’ai déjà dit que je suis d’accord avec lui quand il dit que la modification de l’article 28 n’est pas dans l’intérêt du pays et menace sa stabilité. J’ajouterai même que toute modification de la constitution dans ce contexte n’est pas dans l’intérêt du pays. Le reste se passe de commentaire.

- Le président Aziz vous accuse d’être responsables des problèmes que connaît l’unité nationale. Qu’en dites-vous ?

- Le peuple mauritanien sait pertinemment qui est responsable des problèmes du pays et de son unité nationale. De telles affirmations ne peuvent pas le tromper.

- Le FNDU a organisé le 29 octobre dernier une marche pour protester contre le tripatouillage de la constitution. Comment jugez-vous la mobilisation ?

- La mobilisation au niveau de cette marche a été sans précédent. Tout Nouakchott a répondu à l’appel du FNDU. C’était aussi une marche d’unité pour l’opposition. Tous les partis et mouvements de l’opposition qui rejettent les résultats du dialogue ont répondu présents. Les manifestants ont rempli l’axe « Carrefour Madrid » - Polyclinique (1400 mètres) avec une densité variant entre 2 et 4 personnes au m2.

- En discutant avec nombre de citoyens, on a l’impression qu’ils mettent dans le même sac et vous et le pouvoir. Certains se demandent à quoi servent vos marches, que vous fuyez à la détonation de la première grenade lacrymogène ? Qu’entendez-vous faire pour changer cette perception ?

- Les citoyens veulent le changement. Ils ne fondent aucun espoir sur le pouvoir en place et comptent sur l’opposition pour imposer ce changement qu’ils souhaitent. Ils sont impatients et ils en veulent à cette opposition qui tarde à leur réaliser leurs objectifs. Ce n’est pas le même sac. C’est deux sacs différents.

Propos recueillis par Dalay Lam

Le Calame





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