
Je dois l’avouer : hier, en apprenant la hausse du prix du carburant, j’ai ressenti une inquiétude que beaucoup partagent sans doute. Ce n’était pas simplement un ajustement tarifaire de plus, mais le signe tangible que les secousses du monde frappent désormais à notre porte. Les tensions au Moyen-Orient, les risques d’escalade entre les États-Unis, Israël et l’Iran, que l’on croyait lointains, trouvent aujourd’hui un écho direct dans notre quotidien à Nouakchott comme ailleurs dans le pays.
Toute augmentation des carburants dépasse largement la station-service. Elle se diffuse rapidement dans le coût du transport, dans les prix des produits de première nécessité, dans la facture d’électricité, et finit par peser lourdement sur le budget des ménages. C’est là que réside la véritable portée de la décision : elle révèle notre exposition structurelle aux chocs extérieurs.
Malgré les découvertes gazières prometteuses enregistrées ces dernières années, la Mauritanie demeure fortement dépendante des importations de produits pétroliers raffinés. Cette dépendance nous rend vulnérables aux fluctuations des marchés internationaux, qu’elles soient provoquées par un conflit armé, une crise logistique ou une décision géopolitique prise à des milliers de kilomètres de nos frontières.
Dans ce contexte, l’option de diversifier les sources d’approvisionnement, notamment en se tournant vers l’Algérie en raison de sa proximité géographique et de ses capacités de production, mérite d’être examinée. Une telle démarche pourrait offrir une marge de manœuvre conjoncturelle en période de tension. Toutefois, les contraintes contractuelles existantes, l’absence de gazoduc ou d’infrastructures directes entre les deux pays, ainsi que les coûts logistiques supplémentaires, limitent la portée stratégique de cette solution. Même en cas d’accord, les prix resteraient corrélés aux tendances du marché mondial. L’Algérie peut constituer une partie de la réponse, mais certainement pas une réponse exhaustive.
À mes yeux, le véritable levier se trouve à l’intérieur de nos frontières. Les ressources issues du Grand Tortue Ahmeyim et les perspectives offertes par le champ de BirAllah représentent bien plus qu’un potentiel d’exportation. Elles offrent l’opportunité de repenser notre modèle énergétique. L’enjeu n’est pas uniquement le volume exporté, mais la part destinée au marché national, notamment pour alimenter les centrales électriques au gaz local et réduire ainsi la facture d’importation.
Parallèlement, il serait incohérent d’ignorer l’atout majeur que constituent le solaire et l’éolien. La Mauritanie figure parmi les pays les mieux dotés en ressources solaires et en potentiel éolien dans la région. Chaque investissement dans ces filières est un pas vers une autonomie énergétique progressive et vers une moindre exposition aux aléas internationaux.
La situation actuelle impose donc une approche anticipative. Il devient indispensable de renforcer les réserves stratégiques, de négocier des contrats plus flexibles, d’accélérer l’intégration du gaz national dans la production d’électricité et de communiquer avec transparence auprès des citoyens. La gestion d’une crise énergétique ne relève pas seulement de paramètres techniques ; elle repose aussi sur la confiance et la clarté des orientations publiques.
La hausse du prix de l’essence hier n’est pas un simple ajustement économique : c’est un signal d’alerte. Nous ne pouvons pas nous isoler des dynamiques mondiales, mais nous pouvons réduire notre vulnérabilité. La sécurité énergétique n’est pas uniquement une question de barils et de mètres cubes de gaz ; elle relève d’une vision stratégique et d’une capacité d’anticipation. Les nations qui transforment les crises en opportunités sont celles qui consolident durablement leur souveraineté et leur stabilité.
Par Ahmed Mohamed Hamada
Écrivain et analyste politique