
Dans l’histoire des nations, certains hommes ne se mesurent ni à l’importance des postes qu’ils ont occupés ni aux titres qu’ils ont portés, mais à la noblesse des traces qu’ils laissent dans les cœurs et des valeurs qu’ils sèment autour d’eux. Les fonctions, aussi prestigieuses soient-elles, sont vouées à disparaître ; les vertus, elles, demeurent. Quant à la bonne réputation, elle constitue un patrimoine inaltérable que le temps ne saurait effacer.
Le colonel Mohamed Lemine Ould N’Diayane (1950-2003) appartient à cette catégorie d’hommes. Chef militaire, gouverneur, ministre, il a certes exercé de hautes responsabilités. Mais ce qui marque le plus profondément la mémoire de ceux qui l’ont connu de près n’est ni l’étendue de ses charges ni le rang de ses fonctions. Ce sont avant tout ses qualités humaines exceptionnelles et sa profonde piété.
Il incarnait la discipline et le sérieux, tout en demeurant un modèle de modestie et de générosité. Proche des plus humbles et attentif aux besoins des plus démunis, il tendait spontanément la main à ceux qui avaient besoin d’aide, convaincu que la valeur d’un homme réside davantage dans ce qu’il apporte aux autres que dans l’autorité dont il dispose.
Les responsabilités éminentes qui lui furent confiées auraient pu susciter chez d’autres quelque orgueil ou sentiment de supériorité. Lui demeura fidèle à sa simplicité originelle, préservant sa proximité avec les citoyens et gardant la conviction que la responsabilité n’est pas un privilège, mais une charge morale exigeant loyauté, sincérité et dévouement. Son comportement traduisait avant ses paroles le sens du verset coranique : « Le plus noble d’entre vous auprès d’ALLAH est le plus pieux », tout comme il incarnait l’esprit de cette parole prophétique : « J’ai été envoyé pour parfaire les nobles vertus. »
Dans l’exercice de ses fonctions, la discipline n’était pas pour lui un slogan mais une méthode de vie. Le respect du temps, du devoir et de la parole donnée relevait d’une pratique quotidienne. Sa formation militaire lui avait permis d’allier fermeté et mesure, autorité et bienveillance, sens de la décision et qualité de l’écoute. Il était de ces dirigeants qui inspirent le respect sans susciter la crainte, et qui gagnent la confiance sans jamais la rechercher.
Les vertus authentiques n’ont nul besoin d’une publicité excessive ; elles trouvent naturellement leur chemin vers les cœurs grâce à leur sincérité et à leur profondeur.
Parmi les qualités qui distinguaient particulièrement le colonel Mohamed El Amine Ould Endiyan figurait cette modestie naturelle que percevait quiconque le rencontrait. Elle n’était ni affectation ni convenance sociale, mais le fruit d’une éducation solide et d’une foi sincère. Il savait que la véritable grandeur d’un homme ne se mesure ni à ses galons ni à son rang, mais aux valeurs qu’il porte en lui. Sa compagnie inspirait immédiatement confiance et familiarité.
Il avait compris que la véritable influence est celle qu’exercent les principes et le comportement exemplaire, et que la seule place qui survit au temps est celle que bâtit l’affection sincère dans le cœur des hommes. Voilà pourquoi son souvenir demeure aujourd’hui plus vivant encore que les fonctions qu’il occupa.
Pour ma part, je ne l’ai connu que fidèle à la mosquée, assidu aux prières obligatoires comme aux prières surérogatoires dans la mosquée tout près de son domicile. Cette constance reflétait un équilibre rare entre l’accomplissement du devoir public et la fidélité aux obligations spirituelles. Sa piété qui n’était ni une apparence ni une attitude circonstancielle, constituait l’une des dimensions essentielles de sa personnalité.
Le défunt avait pleinement compris que la responsabilité est d’abord un devoir avant d’être un honneur, et que le service de la patrie est une mission noble, non un moyen de satisfaire des intérêts personnels. Il est finalement tombé en martyr au service de son pays, laissant derrière lui une réputation irréprochable et un héritage moral précieux, sans doute le plus beau legs qu’un homme puisse transmettre après son départ.
Qu’ALLAH accorde au colonel Mohamed Lemine Ould Endiayan Son infinie miséricorde, le récompense pour les services rendus à sa patrie et au peuple mauritanien, l’accueille parmi les justes et inscrive ses œuvres de bienfaisance et de générosité au nombre de ses bonnes actions au Jour où ni les biens ni les enfants ne seront d’aucun secours, sauf pour celui qui se présentera devant ALLAH avec un cœur pur.