Budget 2027 Budget 2027 : un excédent de 6 milliards et le pari de la « souveraineté budgétaire »
Wednesday, 21 Oct 2026 20:00 pm

L'Authentique

Le ministre des Finances, Koudiourou Moussa N'Gnour, a déclaré mercredi soir 21 octobre 2026 que le projet de loi de finances 2027 dégage un excédent global de 6,20 milliards d'ouguiyas (MRU), avec 152,11 milliards de recettes contre 145,91 milliards de dépenses et prêts nets, y voyant une « souveraineté budgétaire » qu'il a qualifiée d'exception dans la sous-région, selon l'Agence mauritanienne d'information (AMI).

Le ministre s'exprimait lors d'un point de presse au siège de l'AMI, quelques heures après l'adoption du projet par le Conseil des ministres, alors qu'une mission du FMI séjourne à Nouakchott jusqu'au 1er novembre pour examiner les finances publiques et l'énergie.

Le cadre macroéconomique

Le projet table sur une croissance réelle de 5 % en 2027, de 4,3 % en moyenne sur 2027-2029, et une inflation de 3,3 %, « dans un contexte de persistance des effets du conflit au Moyen-Orient », selon le ministre.

Il repose sur la programmation budgétaire à moyen terme 2027-2029 adoptée le 1er juillet et sur la nouvelle règle budgétaire de juin, qui plafonne le déficit primaire hors recettes extractives à 3,5 % du PIB nominal. Ce déficit est attendu à 21,03 milliards MRU (3,5 % du PIB), contre 22,18 milliards (4 %) en 2026.

Interrogé sur l'évolution entre les budgets 2026 et 2027, le ministre a indiqué que l'excédent ne dépassera pas 6 milliards, y voyant d'abord un renforcement de la souveraineté budgétaire, ensuite la capacité de l'État à financer ses investissements sur ses ressources propres, « un acquis important ».

Où vont les investissements ?

Le projet consacre 11,59 milliards MRU à la deuxième phase du programme de développement de Nouakchott et 26,4 milliards au programme d'urgence d'accès universel aux services essentiels pour le développement local sur 2025-2027.

Dans la wilaya de Dakhlet Nouadhibou, environ 39,6 milliards MRU seront mobilisés pour le programme de développement 2026-2029, dont 25,44 milliards pour les infrastructures productives, notamment le port en eau profonde et la station de traitement des eaux usées de la pêche, 4,63 milliards pour l'eau et l'assainissement, 3,06 milliards pour les routes et les transports et 3,03 milliards pour la modernisation urbaine.

Ce qui concerne les ménages

Selon le ministre, les mesures sociales prolongent la stratégie suivie depuis 2026 : les crédits de l'opération « Oun » augmentent de plus de 6 milliards MRU et les transferts monétaires aux ménages vulnérables de 1,6 milliard, en plus de diverses subventions qu'il n'a pas détaillées.

Risques et garde-fous

Le ministre a reconnu que les perspectives restent exposées à des risques internes et externes : tensions persistantes ou renouvelées au Moyen-Orient, prix de l'énergie durablement élevés, désinflation plus lente alourdissant les subventions, baisse des cours de l'or ou perturbations de la production de gaz, recul des dons et financements concessionnels, et exécution des investissements en deçà des prévisions.

Pour y faire face, le cadre prévoit un plafond global de dépenses conforme à la nouvelle règle, une réserve de liquidités sur le compte unique du Trésor à la Banque centrale de Mauritanie et des contributions au Fonds national des revenus des hydrocarbures.

Les questions posées

Le projet soulève des questions que le débat parlementaire et l'exécution devront trancher : l'excédent de 6 milliards résistera-t-il à la facture des subventions si l'énergie reste chère ? Dans quelle mesure la croissance de 5 % dépend-elle de l'or et du gaz, que le ministre range lui-même parmi les risques ? Et les hausses de « Oun » et des transferts atteindront-elles les ménages au rythme qu'impose le coût de la vie ?

Ces chiffres interviennent quelques jours après la publication de données du FMI montrant un recul des ratios d'endettement de la Mauritanie, avec une dette extérieure stable autour de 4 milliards de dollars.