10ème édition du Festival des Cités du Patrimoine, « discours, reprogrammation, financements…Que d’innovations ! »

lundi 20 décembre 2021
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La 10ème édition du Festival des Cités du Patrimoine, ex-Festival des Villes Anciennes, a été organisée du 10 au 14 décembre 2021 à Ouadane, dans la région de l’Adrar. Elle a connu des innovations de taille. Le nom du festival, la programmation biennale, le financement colossal, mais surtout l’assainissement de la ville, et le discours du président Ghazouani qui continue de faire le buzz sur la toile et les médias classiques.
Le Festival des villes anciennes, dont les rideaux de la 10ème édition ont été tirés le 14 décembre dernier après cinq jours d’intenses activités, change de nom. Il s’appelle désormais « Festival des Cités du Patrimoine ». Ensuite, au lieu d’une programmation annuelle, le festival se tiendrait dorénavant tous les deux ans, avec possibilité de l’élargir à de nouvelles cités, voire la rallonger. Le financement, le casse-tête de tous les festivals dédiés aux cités antiques, n’a pas dérobé à la règle. Il est difficilement contrôlable, vu les dépenses infuses et la nature non connue d’avance des bénéficiaires ainsi que les montants à allouer. De quelques centaines de millions depuis plus d’une décennie, le festival pèse aujourd’hui des milliards d’ouguiyas. C’est surtout le discours du président Ghazouani qui a provoqué une vive polémique dans les réseaux sociaux. Chacun y est allé de ses interprétations. Celle de Samba Thiam, président des Forces Progressistes pour le Changement (FPC) a été la plus commentée.

A l’assaut de l’ordre social
Dans le discours qu’il a prononcé à l’ouverture du festival de Ouadane, le président Ghazouani a mis le doigt sur deux plaies de la société mauritanienne : la persécution des classes dites serviles et le tribalisme.
Les derniers évènements qui ont touché les « Maelemine » ou forgerons, ainsi que l’affaire d’esclavage à Aïn Varba, et d’une manière générale, la situation des populations serviles et castées, auraient certainement inspiré ce discours. En effet, Ghazouani se dit attristé que « ces groupes de notre société ont historiquement été victimes d’injustices et de vision négative, alors qu’ils sont à la bonne échelle ». Selon lui, « ils devraient être au sommet de la hiérarchie sociale ». Pour Ghazouani, « il est temps de purifier notre patrimoine culturel des vestiges de cette injustice odieuse et de se débarrasser de ces préjugés et stéréotypes qui contredisent la vérité, heurtent les règles de la charia et de la loi, affaiblissent la cohésion sociale et l’unité nationale et entravent le développement de mentalités conformes aux concepts d’Etat de droit et de citoyenneté ». Enfin, le président a invité tous les citoyens à transcender les vestiges de cette injustice dans notre patrimoine culturel et à purifier les discours et les comportements de ces préjugés et faux stéréotypes. Mieux, il a appelé chacun « à se dresser face à l’émergence du soi tribal, qui contredit la logique de l’Etat moderne et ce qui nécessite, de se soucier de l’unité nationale ». Le président Ghazouani a déclaré que « l’Etat restera le protecteur de l’unité nationale, de la dignité, de la liberté et de l’égalité de tous les citoyens par la force de la loi, quel qu’en soit le coût, et qu’il n’établirait pas un droit ou un devoir sur toute affiliation, sauf affiliation nationale ».
Ce discours qui a été accueilli avec enthousiasme par un large pan de l’opinion, a été vivement critiqué par une grande frange des négro-mauritaniens, notamment le président Samba Thiam des FPC qui déclare que ce « discours » n’est pas adressé à sa communauté. « A aucun moment, il ne parle de discriminations ou de racisme d’Etat, dont souffrent les négro-africains, tous les jours » affirme-t-il.
Une programmation restée classique
Le festival des cités antiques qui a jusque-là concerné les quatre villes classées Patrimoine mondial de l’UNESCO, Chinguitty, Ouadane, Oualata et Tichitt, est resté classique dans ses programmes. Ouverture officielle en présence du Chef de l’Etat, ministres, corps diplomatique, élus, administrateurs, officiers des forces armées et de sécurité, enfants de chœur, visite des stands, danses, poésie et folklore le soir. Des concours sont organisés, récitation du Coran, Hadith et Sirra, course de chameaux, tirs à la cible, jeux traditionnels, danses. Puis, le Chef de l’Etat et la quasi-totalité des officiels, y compris le corps diplomatique s’en va après le deuxième jour.
Ces deux jours où le président est sur place sont les plus difficiles pour les visiteurs, vu l’extrême nervosité et le zèle des forces du BASEP. Des bagarres éclatent sporadiquement aux portes d’entrée entre civils et militaires pratiquement tous les soirs.
Le festival, c’est aussi un nombre pléthorique de journalistes, de bloggeurs, de techniciens, de troupes musicales et théâtrales, de quémandeurs, de troubadours.
A l’occasion, le Ministère de la Culture s’installe et déménage avec cadres et personnels dans la cité choisie, cette fois à Ouadane, laissant vaquant pendant plus d’une semaine, ses appartements au 2ème étage de l’ancienne Primature. Fermées pour cause de festival.
Des milliards pour Ouadane
Dans son discours, Ghazouani a déclaré que pour la version actuelle du festival, celui de Ouadane, plus de 3 milliards anciennes ouguiyas sont alloués à la cité pour financer divers projets d’aménagements qui contribueront à améliorer l’accès aux services de base, tels que l’eau, l’électricité, l’éducation, la fin de l’isolement, le soutien au développement agricole et animalier, et d’autres choses qui contribuent à la mise à niveau de la ville et de ses environs et à l’établissement d’un développement local conforme à ses caractéristiques patrimoniales. Un montant de 36 millions d’ouguiyas a été alloué aux différents stands d’exposition. Des prix de plusieurs millions ont été décernés aux lauréats des différents concours. Des adductions d’eau et des branchements au réseau électrique ont été offerts à l’ensemble des habitants de Ouadane. Deux grands projets de 50 ha ont également été lancés pour la plantation de plusieurs dizaines de milliers de palmiers, sans compter la construction de digues de retenue d’eau, de puits pastoraux et de forages pour le développement agricole et animalier. Toutes les familles de Ouadane désignées pour accueillir les milliers de festivaliers ont également reçues d’importantes sommes pour l’hébergement et l’alimentation de leurs hôtes.
Rendre la ville aussi propre qu’avant le festival
Le Ministre de la Culture, Mokhtar Ould Dahi, a supervisé la veille de la clôture du festival une grande campagne d’assainissement de Ouadane. « Nous devons rendre à la ville sa propriété telle qu’on l’a trouvé avant le lancement du festival et débarrasser toutes les ordures que l’organisation de la manifestation a provoquées » a-t-il annoncé à l’entame de l’opération. Munis de pelles et de brouettes, le ministre et son staff, mais aussi les autorités administratives et sécuritaires, ainsi que plusieurs bénévoles ont ainsi consacré l’après-midi du mardi 14 décembre à balayer et à nettoyer la ville. De l’aveu des habitants, c’est la première fois qu’une telle opération d’assainissement est organisée à la fin du festival. « En général, après les festivités, les gens partent et nous laissent leurs saletés » déclare une vieille commerçante.
Des touristes à demi-satisfaits
Quelques 140 touristes français, débarqués à la veille du festival de Ouadane par Point Afrique, se sont lancés à l’assaut des vestiges de la vieille cité, notamment la ville antique, la rue des 40 Savants, le puits protégé, les murailles de pierre, la vieille mosquée, les bibliothèques…
La journée, ils errent entre les différentes curiosités de la cité, déambulent entre les stands d’expositions ou se reposent dans les auberges qui les accueillent. Le soir, ils viennent assister aux folklores. Mais la déception se lit chez certains, face notamment au non-respect de l’horaire des spectacles, ou encore, au manque de programmation le matin.
La plupart sont cependant des habitués du grand Sahara et du festival des villes anciennes, d’où une certaine endurance face à la non ponctualité des Mauritaniens.
Jean-Marc Rouget, originaire de Paris et résident aux alentours de Montpellier, est un vieil amoureux des randonnées sahariennes. Il est retraité, Secrétaire d’une association internationale, « Les Amis de l’Art Rupestre Saharien », créée il y a trente ans et qui regroupe plusieurs nationalités. « J’ai toujours été passionné par le Sahara, que j’ai connu assez tard dans ma vie » reconnait-il. Il souligne que sa première visite dans cette région, c’était au Sud de la Libye à l’époque de l’embargo aérien sous Kadhafi.
Jean-Marie Rouget et son épouse ont déjà visité la Mauritanie, il y a deux ans. Ils avaient marché pendant quinze jours, avec d’autres touristes, et à dos de chameaux, en redescendant d’Atar vers Chinguitty. « Cette année, j’ai été surtout très heureux d’avoir visité Guelb Richatt, « l’œil de l’Afrique » sourit-il. Sur le plan des appréhensions, lui et son épouse se déclarent tout à fait rassurés sur le plan sécuritaire. Surtout, selon lui, « Maurice Freund, le patron de Point Afrique, est très responsable ; il n’allait pas nous amener ici s’il n’était pas sûr que nous n’avions rien à craindre » argumente-t-il. Jacques habite à Toulouse, en France. Il parcourt l’Afrique depuis très longtemps et la Mauritanie depuis plus de 25 ans, avec son épouse. « Dans les années 80, il n’y avait rien à Ouadane, rien que des pierres et de rares habitants » se souvient-il. Il garde de beaux souvenirs de la cité, surtout sa descente vers Guelb Richatt. « Nous sommes tombés tout simplement amoureux de la Mauritanie » avoue Jacques, qui dit son émerveillement en découvrant le ciel et les étoiles, qu’il ne voit pas en France. De cette passion est née une amitié durable avec une famille de chameliers, avec qui, lui et son épouse ont partagé une vie de nomade, même nourriture et même habitat rudimentaire. Mais aussi son autre amitié avec Sid’Ahmed, un guide qu’il a reçu chez lui en France et avec qui il a noué une sérieuse amitié au cours de son séjour à Atar.
La philosophie de Jacques est simple. « Je pense que nos jeunes devraient venir faire un petit stage ici pour rencontrer la nature et remettre certaines valeurs en bon ordre. Aujourd’hui, quand on demande à un jeune qu’est-ce qu’il y a de plus important pour lui ? Il répond : mon smartphone d’abord, puis le reste. Tandis que nous, nous savons que c’est d’abord pouvoir manger, dormir et se mettre à l’abri. C’est ça les vraies valeurs dans l’ordre, le téléphone vient très loin vers le bas. J’aimerai bien que les jeunes arrivent à comprendre ça et pour cela, il leur faudra le vivre. Donc, ils devraient venir ici pour un stage ».
Pour le festival, il dit qu’il s’attendait à quelque chose de mieux organisé. « Attendre le soir pour voir quelque chose, je trouve que c’est loin. Puis, on vous dit le soir que cela va commencer à 8 heures et ça commence à 11 heures…C’est vrai que ce sont vos coutumes, vous en avez l’habitude » avance-t-il.
Pour Jacques, le pays doit prendre en compte qu’il a besoin de tourisme et que les touristes aussi ont besoin de lui. Il faudrait, d’après son avis, arriver à trouver un certain équilibre. « Parce que si vous parcourez des milliers de kilomètres jusqu’ici, que l’on passe toute une journée sans rien à voir et le soir, on se met mal au dos sur une chaise, en attendant que le politique arrive à onze heure ou minuit, c’est un peu difficile. Nous, on le prend avec philosophie, parce qu’on en a l’habitude, mais tout le monde n’a pas l’habitude » fait-il remarquer.
Figures clés du festival
Impossible de parler du Festival de Ouadane sans mentionner quelques personnalités clés de ce festival. Il s’agit en l’occurrence du cinéaste Abderrahmane Cissako, ingénieur et véritable maestro de cette manifestation sur le plan conception générale et supervision. Pas étonnant qu’il ait été nommé Ambassadeur culturel itinérant de la Mauritanie. Il s’agit aussi du député des Mauritaniens en Afrique, Sidi Baba Ould Lahah pour son rôle dans l’accueil et l’offre de divers services aux visiteurs du festival, notamment les élus venus des autres régions du pays, le staff du ministère de la Culture et autres hauts responsables de l’Etat. Il y a également tous ces soldats de l’ombre du Ministère de la Culture qui s’occupaient parfois jusque tard dans la nuit, de tous les aspects administratifs de la manifestation.
C.A - Envoyé spécial Ouadane





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