A Abidjan, les experts au chevet d’un malade nommé Sahel

mardi 24 octobre 2017
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Le Sahel est la région la plus malade et la plus misérable du monde. Les femmes y meurent par centaines par an en donnant la vie. Les bébés y ont peu de chance de fêter leur cinquième anniversaire. Les jeunes, même diplômés ont perdu toute illusion, pas de travail et pas de perspectives avec en prime la déception d’années d’études en l’air. C’est aussi la région du monde où l’on se fait des dizaines d’enfants avec la certitude que la Providence va leur ouvrir la voie du succès et qu’Allah va se charger de leur subsistance. Beaucoup d’entre eux finissent dans la rue, comme brigands de grands chemins, s’ils ne sont récupérés par le premier recruteur d’Al Quaïda ou de BokoHaram qui les transforme en torchon ambulant ou en tueur en séries. Au Sahel, plus de la moitié de la population, c’est-à-dire les femmes, est exclue du cycle de production économique. Des analphabètes, on en forme des millions. De simples mères pondeuses, des esclaves sexuelles, tout juste bonnes à faire des enfants dès le plus jeune âge, sans droit au chapitre dans la vie de la cité, même pour décider de leur propre sort ou celui de leurs enfants. On les répudie souvent, vieille à 30 ans, un paquet de marmots entre les bras, sans instruction, sans formation et sans travail.
Dans les pays du Sahel qui vivent sous perfusion de la finance mondiale, règnent la corruption, le détournement des deniers publics, celui de l’aide internationale, des prêts préférentiels, creusant d’année en année des gouffres dans les budgets nationaux et hypothéquant l’avenir de plusieurs générations à venir.
Les écoles y forment des chômeurs analphabètes et les structures de santé y accueillent des malades que l’on détrousse et saigne à mort avant leur séjour à la morgue.
Dans ces pays, végètent des élites corrompues, des Chefs d’Etat à vie et des dictatures implacables qui ratifient tout ce qui bouge en matière de traités ou de conventions internationales, affament leurs peuples, les paupérisent et les tiennent en joue par des armées républicaines transformées en milices.
Ces élites bien en chair se soignent à l’étranger, loin des hôpitaux mouroirs de leurs pays et envoient leurs progénitures dans les plus prestigieuses écoles du monde, loin de leurs écoles à abrutir le petit peuple qui applaudit les réalisations du grand guide éclairé. Oui, malheureusement, le Sahel en est encore là.
Guerres, famine, maladies, fanatisme, rébellion, contre-rébellion, drogue, prostitution, trafics illicites en tout genre, violences, fournissent chaque jour de la matière croustillante à la presse internationale.
Voilà les gros maux dont souffre le Sahel, ce gros macchabée qu’on tente depuis des décennies à Abudja, Nairobi, Addis-Abeba, Maputo, Johannesburg, Niamey, Bamako, Dakar, Nouakchott, et même à Londres, Paris, Bruxelles, à ressusciter . En vain.
La rencontre d’Abidjan des 17 et 18 octobre 2017 consacrée à l’engagement des Premières Dames des pays membres du SWEDD (Projet d’Autonomisation des femmes et du dividende démographique au Sahel), après les engagements non encore tenus de leurs maris, n’est que la toute dernière intervention du médecin avant la mort, une énième tentative de venir au secours de peuples dont le plus grand malheur vient de leurs dirigeants.

Cheikh Aidara





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