A Bouanze au Guidimagha,

jeudi 2 juillet 2020
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Les personnes serviles, empêchées de diriger la prière

Pour s’être disputé la réfection de leur mosquée et la désignation d’un imam pour la direction de la prière, les populations de la localité de Bouanze (Arrondissement de Lahraj, Moughataa de Ould Yengé), sont en conflit. Aux fins de parer à tout dérapage préjudiciable à la paix civile dans le zone, le Wali du Guidimagha a d’urgence convoqué en fin de semaine dernière, les différentes parties.
Les personnes serviles, ont-elles le droit de diriger la prière ? La question de pose depuis quelques années au sein des populations du Guidimagha. Et c’est pour trouver une réponse à cette interrogation que la capitale régionale du Guidimagha, Sélibaby, a abrité mercredi 24 juin 2020, une rencontre présidée par le Wali. Il s’agissait particulièrement de discuter sur un conflit autour de la gestion d’une des mosquées du village.
« Tout est parti de la volonté des chefferies traditionnelles d’imposer leurs alliés pour gérer le bureau des Parents d’Elèves puis l’une des deux mosquées. Ce qu’un groupe de 140 personnes de conditions serviles, révoltées par leur exclusion, a rejeté, engendrant un conflit sans précédent », selon le témoignage d’un des membres du groupe en question.
Les alliés de la chefferie traditionnelle voulaient à la fois se charger de la réfection du mur, le carrelage et l’Imamat de la mosquée, alors que l’ensemble des habitants du village, y compris les 140 familles serviles, avaient participé à sa construction. Ces dernières ne pouvaient supporter une telle exclusion, ni la perpétuation d’une pratique (celle de l’esclavage) qu’elles trouvent anachroniques et sans aucun fondement religieux. Selon ces familles serviles, la mosquée est la « Maison d’Allah » et non la propriété exclusive d’aucun groupe. Par conséquent n’importe quel érudit, quel que soit son statut social, a le droit de diriger les prières ou de participer à la réhabilitation de cette mosquée.
Il faut souligner que ce conflit avait éclaté en 2016, lorsque les familles serviles ont jugé nécessaire de reconstruire le mur et certaines parties totalement délabrées de la mosquée située dans leur zone géographique. Mais c’était sans compter avec le groupe des Camara et celui des Cissé, qui prétendent avoir la main mise sur les terres et les mosquées, et qui s’opposèrent à l’initiative des familles serviles au motif que la mosquée est leur propriété.
Informé de la situation par le maire de la commune, le chef d’Arrondissement de Lahraj effectua une visite sur les lieux. Il demanda aux deux parties d’accepter la réfection du lieu de culte. Faute de compromis, il ordonna la suspension de toute activité de réhabilitation de la mosquée.
L’affaire sera portée à un degré plus élevé. Une réunion fut en effet convoquée par le Hakem de Ould Yengé, en présence du Délégué régional des Affaires Islamiques et de l’Enseignement Originel de la Wilaya du Guidimagha. Un Comité de gestion, composé de 12 membres, à raison de 6 personnes par groupes antagonistes, fut créé. Il fut chargé de la réfection de la mosquée dont les travaux sont encore en cours.
Quant à l’Imamat de la mosquée, il fut confié à Demba Sidi Cissé qui devait, en concertation avec les fidèles, choisir son suppléant. Or, il se trouve que Demba Sidi Cissé est coincé à Dakar en confinement. Le suppléant imposé par les Camara et les Cissé, au lieu de diriger les prières, aurait confié la tâche à des jeunes « immatures (selon leurs adversaires qui font remarque en substance qu’il existe au sein du groupe des 140 personnes serviles, des personnes qui maîtrisent mieux les textes religieux et qui sont largement capables de diriger correctement les prières.
Face à la persistance des pratiques esclavagistes dans la localité de Bouanze, les habitants serviles ont saisi l’occasion pour rappeler les « Engagements (TAAHOUDATI » du Président Mohamed Ghazwani, notamment dans son Chapitre 3 intitulé « Une société fière de sa diversité et réconciliée avec elle-même » où il a déclaré vouloir « une Mauritanie riche de sa diversité culturelle et déterminée à dépasser les survivances des traditions et coutumes ancestrales dont certaines sont en contradiction avec les progrès universels en matière des droits humains. Un élan sincère de concorde, de fraternité et d’acceptation de l’autre est nécessaire pour assurer une cohésion nationale où l’apport de chacun sera un enrichissement collectif. Une action d’envergure doit vite être engagée pour éradiquer les séquelles de l’esclavage, panser les plaies laissées par le passif humanitaire et résorber toute forme de disparité issue des discriminations sociales ».
Ces « Engagements » ont bien été notifiés aux personnalités et cadres du Guidimagha, qui ont été interpellés sur les questions de discrimination, notamment ses formes les plus assimilables à l’esclavage et à ses séquelles et qui minent la société Soninké en particulier.
C.A





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