Affaire dite de la décennie Dossier classé ?

vendredi 11 décembre 2020
par  gonga
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Depuis la fin du mois d’octobre dernier, le temps semble s’arrêter dans le traitement de l’affaire dite de la décennie portant sur la gestion des biens publics des dix dernières années de la présidence de Ould Abdel Aziz. Autant la mise en place d’une Commission d’enquête Parlementaire, la saisine du Parquet de Nouakchott qui a confié son enquête à la Police spéciale chargée des crimes économiques et financiers puis la formation d’une haute cour de justice ont suscité l’espoir auprès des populations de voir enfin une « opération mains propre » menée jusqu’au bout, autant le silence observée ces dernières semaines autour de cette affaire crée le désarroi chez ces mêmes populations.
L’affaire dite de la décennie est-elle en voie d’être étouffée par les Pouvoirs publics ? S’il y a une interrogation qui taraude les esprits en cette fin d’année, et inquiète l’opinion, c’est bien celle-ci. En effet depuis octobre dernier, un calme olympien règne sur cette affaire. Pour nombre d’observateurs, le Président de la République,- qui affirmait pourtant à cor et à cri prendre ses distances par rapport à cette affaire- y a été projeté en plein, sous le poids de notabilités, d’hommes d’affaires et de hauts officiers des forces armées et de sécurité. Et c’est bien en sa qualité de chef d’Etat, chef des Armées et Autorité suprême du pouvoir judiciaire qu’il aurait finalement pesé de son poids ralentissant le fonctionnement de la machine judiciaire.
Indexé par le Rapport de la Commission d’enquête Parlementaire, acculé par la justice et la police, et mis à nu par la machine de l’Etat mauritanien qui serait parvenu à retrouver les traces de près de 90% de ses avoirs aussi bien en Mauritanie qu’à l’étranger, l’ex-président a pu compter sur ses anciens collaborateurs et amis qui ont amené son successeur à revenir à de meilleurs sentiments à son égard. Et ce serait sans retenue qu’il aurait accepté les bons offices de ces derniers, l’objectif étant de sauver sa peau, celle de ses proches et de récupérer les biens acquis « confisqués par la justice- au terme de ses années au Pouvoir.
Tout aurait pris forme avec l’audience que le président Ould Ghazouany a accordée en fin octobre dernier à l’ex-ministre des Affaires étrangères Isselkou Ould Izidih, bras droit de Ould Aziz. De sources dignes de foi, cette rencontre qui avait été précédée d’une entrevue entre cet homme et son protégé, serait suscitée par de hauts officiers des forces de sécurité finalement désolés de voir les deux anciens frères d’armes s’opposer à mort et qui considéraient que « la Mauritanie perdrait plus qu’elle ne gagnerait avec le développement de cette affaire ». Outre les deux chefs d’Etat, ces derniers seraient d’ailleurs les seuls à être en possession des décisions prises lors de cette audience. Connu pour être très communicatif, assez présent dans les Réseaux sociaux et prompt à réagir à tout propos, l’émissaire du jour continue depuis, de garder un silence entier dans les contours de cette affaire.
L’affaire dite de la décennie va ensuite profiter de la médiation menée par des notabilités de la tribu Oulad essba dans le conflit qui opposait Bedr Ould Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la Fondation Rahma au conseiller à la présidence Hmeida Ould Bah. Ayant réussi à clamer les esprits entre les deux hommes, le Notables ont saisi l’occasion pour élargir leurs « bons offices » entre le président de la République et son prédécesseur. Là aussi, la confidentialité a régné.
Le troisième acte qui a contribué à l’apaisement du dossier dit de la décennie réside dans les entrevues que le président de la République a accordées aux hommes d’affaires connus pour leur proximité avec l’ancien président et dont certains détiennent des fonds qu’il leur a confiés. De sources informées, les hôtes n’ont pas hésité à faire part desdits biens non sans exprimer leur disponibilité à travailler avec le régime en place. Ici, la sécurité de l’Etat et surtout l’image de la stabilité nécessaire de la Mauritanie vis-à-vis d’éventuels investisseurs internationaux ont plané sur les discussions.

Reconsidération
Finalement, « la montagne accoucherait d’une souris » dans l’affaire dite de la décennie. Au rythme de l’évolution des choses, tout porte à croire qu’elle va finir dans l’œuf. Les grands élans des députés qui ont réussi à présenter au plus tôt un rapport d’enquête sur la gestion des dix dernières années de l’ex-régime, sont à présent vains. C’est aussi le cas de la haute cour de justice montée avec fracas, la mise en berne des activités du groupe d’avocats de l’Etat, les investigations de la Police chargée des crimes économiques. Manifestement, les Autorités semblent avoir reculé cette affaire… Toutes les initiatives et autre actes qui militaient en faveur du traitement expresse de cette affaire semblent appartenir au passé. Plus, des hommes de l’ancien Régime, cités dans le Rapport des Parlementaires, jusque-là bannis des fonctions administratives du seul fait que leur nom ait été cité dans ledit dossier, sont désormais sollicités dans des postes de choix.

Traque
Tout semble indiquer que la Mauritanie est un « pays fragile, qui ne peut pas supporter de grands soubresauts ». Il faut reconnaitre que si une véritable traque aux biens mal acquis était engagée en Mauritanie, les magistrats auraient de quoi faire imploser dix fois la République !. Des symboles de l’administration publique de la gabegie aux milliardaires de la grande muette, la Mauritanie est un véritable champ ouvert de toutes les formes possibles et imaginables ou inimaginables de mauvaise acquisition des "biens".
A de très rares exceptions près, toutes les grandes figures riches du pays ont un passé de gestionnaires, de directeurs, de comptables, de ministres ou d’officiers de l’une des officines sécuritaro-militaires. Le milieu des affaires n’est lui aussi pas du reste. Nombreux sont ces hommes d’affaires mauritaniens qui ont bâti leurs fortunes sur des pratiques louches faites de passe-droits, de favoritisme et de mauvais procédés dans le traitement des droits fiscaux de la collectivité. La manne financière de la Mauritanie est surtout connue pour servir les fils du pays qui sont bien nés au grand dam de la masse laissée pour compte. L’aristocratie d’aujourd’hui, est née dans les officines obscures de la mauvaise gestion qu’elle a adoptée pour la banaliser. Cette classe sociale est le pur produit du détournement des deniers publics, de la gabegie et de la corruption. Ayant accumulé les richesses par les seules voies en vigueur qui sont les voies détournées, elle est la sève du vice économique bâti sur la fraude, le mensonge, le faux et le trafic de l’illicite. Cela, tous les mauritaniens le savent. Combien d’hommes, jadis misérables et sans attaches sociales connues, ont trimé dans la misère avant d’être désigné à des postes de responsabilité financière pour ensuite s’imposer dans les hautes sphères du fait de l’argent qu’ils ont détourné durant la magistère ? Combien sont-ils ces arrivistes qui ont atterri dans une fonction, pour acquérir aujourd’hui la renommée irréprochable et un arbre généalogique qui s’entrecroise, à son milieu, avec les branches de la famille du prophète ? Combien de va-nu-pieds que l’argent facilement acquis a rendu respectables, craints et influents dans la société ? Combien de petits fonctionnaires, sans formation, ni niveau, brassent des millions et des millions pour avoir tout simplement eu accès à la « fonction » et géré les fonds d’une « boîte » ? Combien de belles maisons, de voitures luxueuses, de « caves » et de comptes garnis d’argent liquide détiennent les nouveaux nantis dans notre pays ? Combien sont-ils ces gens que l’on connait démunis, cravant la dalle, aujourd’hui nouveaux propriétaires fonciers, détenteurs de licences de banques, de pêche, de recherche ou d’exploitation minière, qui ont subitement quitté la misère pour se retrouver dans l’opulence, sans avoir de comptes à rendre à personne ?
En Mauritanie, le circuit économique et soc les équilibres sociaux sont très faibles. S’ils sont éclaboussés, c’est tout le pays qui risque de plonger.
MOM





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