De la Mauritanie à chez nous : l’esclavage moderne dénoncé à Bruxelles

lundi 22 mai 2017
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Aujourd’hui (19 mai), des dizaines de personnes manifestaient à Bruxelles contre l’esclavage pratiqué en Mauritanie. L’occasion de se pencher sur un fait de société encore tristement d’actualité. Sous des formes qui évoluent avec le temps.

Sur le coup de 11h, ce matin, porte de Namur, à Ixelles. Des dizaines de personnes manifestent contre l’esclavage pratiqué en Mauritanie. Ces personnes réclament entre autres la libération de Moussa Ould Bilal Biram et Abdallahi Matala Salek, deux militants abolitionnistes arrêtés le 30 juin 2016 en Mauritanie.

Pourtant, d’un point de vue officiel, ce pays a aboli l’esclavage en 1981. Mieux, l’Etat a récemment adopté une loi qui le criminalise. Hélas, selon l’association Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), c’est de la poudre aux yeux. Les mesures prises n’étant quasi jamais respectées.

Le vice-président de l’association insiste et précise : « En Mauritanie, des personnes naissent encore esclaves. Elles appartiennent entièrement à leurs maîtres. Les femmes peuvent être librement violées. C’est comme un bien. Les enfants peuvent être violés, être forcés d’exécuter des travaux très durs, être privés d’école, voire torturés. »

"Le racisme reste très fort. Il est visible"

Les chiffres font également froid dans le dos. Un cinquième de la population mauritanienne vivrait toujours sous le joug de l’esclavage. Notez que l’emploi du conditionnel est plus que recommandé dans ce cas-ci. En effet, les esclaves ne sont pas déclarés et se trouvent parfois dans des régions reculées.

Mais qui sont les esclavagistes ? Le vice-président de l’IRA indique qu’il s’agit de « Maures, des Arabes qui possèdent des Africains noirs. Les anciens esclaves qui sont parvenus à être libérés sont toujours regardés différemment. Le racisme reste très fort. Il est visible. »

Chez nous aussi

Si l’esclavage est une réalité en Mauritanie, il en est une aussi chez nous, en Europe. Amnesty International évoque le cas de la France et informe qu’il concerne essentiellement les femmes. « Elles viennent d’Afrique, d’Asie ou du Proche-Orient, croyant trouver un travail et un logement en Europe... Mais à l’arrivée, elles deviennent des bonnes à tout faire. Elles sont séquestrées, privées de papiers, et travaillent 15 à 18 heures par jour, 7 jours sur 7, sans congé ni salaire. »

Si Amnesty observe qu’il est très difficile d’investiguer d’un point de vue judiciaire ou policier - certains « employeurs » bénéficiant d’une immunité diplomatique ou étant mutés vers d’autres pays une fois dans le collimateur des autorités, la situation de ces femmes a été merveilleusement racontée en chanson par Pierre Perret dans le titre « Lily », sorti en 1977 et encore d’une terrible modernité.

Un mot ignoré du Code pénal en France

Outre les difficultés liées à l’investigation, un tas d’autres obstacles se dressent quand il s’agit de mesurer l’ampleur de l’esclavage chez nous : intimidation des victimes qui n’osent demander de l’aide ; obtention d’un permis de séjour pour porter plainte ; risque d’être refoulé dans son pays en marge de l’appel à l’aide ; risque, aussi, de prescription liée à une plainte... Et, plus dissuasif encore, risque de n’aboutir à rien, fut-ce la plainte acceptée.En effet, dans le cas français, le Code pénal ne prévoit rien concernant ce type de délit.

Ce qui n’est pas le cas de la Belgique, dont l’article 136 ter. du Code pénal assimile l’esclavage à « un crime de droit international ».

Amnesty International dresse encore le portrait des employeurs de ces « bonnes à tout faire » en France : « Ce sont surtout des Français mariés avec une personne originaire du pays où l’esclave sera recruté, ou encore des Français expatriés qui ont travaillé dans ces pays et en ont ramené une “petite bonne” en rentrant en France. » Selon le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM), les diplomates sont aussi concernés, à hauteur d’un peu moins de 20%.

Le mot « esclavage » défini en 1926

La Société des Nations donne pour la première fois une définition internationale de l’esclavage en 1926 : « L’état où la condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux ». Une définition toujours en phase avec la notion d’esclavage moderne.

Pierre PAULUS

L’Avenir





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