Dérives répressives

jeudi 7 avril 2016
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Ces derniers mois, la Mauritanie vit au rythme des crépitements des grenades lacrymogènes et des coups de matraque. Après le triste sort réservé aux militants de IRA qui occupent le pavé depuis plus d’un an en signe de protestation contre l’arrestation de leur leader Biral Ould Abeid, et après celui adressé aux sorties publiques de l’initiative, ‘Touche pas à mon gasoil », voilà que les jeunes de « Touche pas à ma constitution » hument de la fumée.

Le pouvoir, retranché dans ses derniers sentiers, ne semble avoir de réponse aux exigences d’une partie du peuple que la violence. La police qui semblait être mise à la touche reprend du service. Partout, et chaque fois, elle a réprimé sans ménagement, ni respect de la loi et encore moins de la vie et de l’intégrité des personnes. Des jeunes de l’université de Nouakchott aux "vieillards rêvant de révolution", tout le monde a goûté ainsi à la brutalité des éléments des forces de "l’ordre". Dommage quand on sait qu’au même moment, l’on nous dit que le gouvernement ne ménage rien pour faire respecter les règles de liberté et de démocratie.

Dommage parce que ici, il est maintenant clair que l’autorité de l’Etat se décline d’abord en termes de rapports de force et l’exercice de la violence. Carte blanche est donnée aux "instruments" et autres apprentis bourreaux pour rappeler à ceux qui assurent exercer leur droit naturel à la contestation pacifique du pouvoir ou de l’ordre social en place que la seule volonté qui compte est celle du Système. Bastonner, "casser les côtes" et humilier est la méthode la mieux indiquée dans les dictatures du monde.

Et c’est celle qui en voie d’être suivie. L’arbitraire érigé en mode de gouvernance malgré les propos pompeux que l’on tient sur la nature démocratique du régime saute aux yeux à tous les niveaux de la vie et dans tous les endroits en Mauritanie.
Tout se passe comme si on invitait les Mauritaniens à replonger dans l’atmosphère des années noires de la grande muette. Aujourd’hui, la charge se retourne contre le président lui-même du fait qu’il laisse certains zélés des forces publiques sévir.
Au fur et à mesure que notre société évolue, personne ne devrait plus avoir le droit de manifester si ce n’est pour prêter allégeance au pouvoir. L’esprit de la loi qui est l’essence même de la démocratie et de la vie civilisée dans la société est dévié et prostitué.

Depuis quelques mois, le régime déclaratif des associations et des réunions publiques est remplacé, de facto, par un régime d’autorisation. L’Etat qui devait encadrer les manifestations les infiltre au contraire, par des agents malintentionnés pour trouver le prétexte de sévir. Et de manière disproportionnée.
Pire, tous les moyens de la collectivité sont désormais dédiés à la répression. Face aux voix longtemps inaudibles des populations qui s’élèvent de partout pour réclamer la baisse du prix du gasoil, le respect de la constitution, mais aussi et surtout, l’eau potable, l’éclairage, la nourriture, les soins de base, l’éducation, une administration neutre, objective et efficiente, les budgets des services de l’ordre gonflent les dépenses, les forces de l’ordre sont toujours là prêtes à agir. Au lieu d’un citoyen, un doit de manifester, on s’achemine vers une autre réalité : un citoyen une grenade et un gourdin.

Est-ce le destin que nous réservent nos dirigeants en emplissant l’horion de chimères ?

Amar Ould Béjà





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