Disparition de MBaraka Mint Chah : Une icône de l’histoire sociale et politique du Hodh Gharbi

mercredi 30 mars 2016
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MBarka Mint Chah, l’icône du Hodh Gharbi s’est éteinte le 17 mars 2016 dans sa ville natale, Aïoun. Elle avait à peu près 86 ans, même si certains la trouvent centenaire. Une disparition qui a plongé la région du Hodh Occidental dans l’émoi et la douleur, car elle perdait là l’une de ses plus éminentes personnalités. MBaraka Mint Chah fut une véritable dame de fer. Elle damait le pion aux notables mâles qui n’ont jamais pu la détrôner de son piédestal, celle d’une femme leader social et figure politique emblématique. La défunte qui avait la langue fourbue était crainte car d’une seule parole, elle pouvait déstabiliser n’importe quel impertinent qui osait mettre son pied sur ses plates-bandes. Elle était connue pour son humour vitriolé qui forçait le rire chez n’importe quel tristounet.

C’est surtout sous le long règne de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya qu’elle se fera davantage connaître. Ould Taya lui accordait une attention toute particulière, tant et si bien qu’elle faisait et défaisait les carrières et les fortunes dans la région du Hodh Gharbi. Dans toutes les manifestations importantes qui se déroulaient dans ce pré-carré, elle prenait la tête des délégations. Elle était incontournable dans une société pourtant traditionnellement dominée par les hommes.

Elle aimait dire « le Chargh n’est rien sans moi », d’un ton qui ne souffrait d’aucune contestation, avec ce regard d’acier qu’elle promenait alentour, les yeux pendant au dessus de ses lunettes, pour voir si dans l’assistance quelqu’un osait la contredire.
Pendant les vingt et une années de règne de Ould Taya, elle présidait la section féminine du puissant parti au pouvoir, le PRDS (parti républicaine démocratique et social). Les hommes lui vouaient un grand respect, mais un respect teinté de crainte. MBarka Mint Chah était un élément moteur dans les accueils carnavalesques réservés au président Taya durant ses visites au Hodh Gharbi. Elle était toujours la première devant la passerelle de l’avion où elle lançait sa phrase fétiche « Bonne arrivée à mon fils Maaouiya »

Et c’est la seule qui osait briser les carcans du protocole d’Etat et aucun gorille n’osait s’interposer entre elle et le président de la République. La première question que Ould Taya posait sans faille à tous ses visiteurs en provenance du Hodh est « comment va MBaraka Mint Chah ? » Maaouiya couvrait MBaraka de présents et lui a distribué des floraisons de médailles. Mais de l’avis de plusieurs observateurs, la plus grande médaille qu’il lui a donné est celle qui faisait d’elle un exemple pour les femmes, celle d’une dame qui n’avait pas froid aux yeux, savait ce qu’elle voulait et faisait tout pour l’avoir. Celle d’une femme conquérante, devenue politiquement incontournable au Hodh Gharbi, eu égard à sa forte personnalité. Son ascendance sur les autres, elle le tirait surtout du fait qu’elle a pratiquement assisté à la naissance de la plupart des leaders politiques de la région, elle les a vu grandir sous ses yeux.

Les observateurs locaux la décrivent comme une véritable machine à voix en périodes électorales. Son don dans la mobilisation de l’électorat était sans nul autre pareil, ce qui faisait d’elle une perle rare aux yeux des politiques. Les populations du Hodh Gharbi l’adulaient également et lui vouaient un respect illimité, car elle avait le sens de la solidarité, de l’humanitaire et de la compassion, d’où le grand rôle qu’elle a joué de son vivant dans le domaine social. Elle était toujours prête à régler les problèmes des populations, jouant à merveille le rôle du médiateur régional.
Cette dimension de MBarka Mint Chah était d’autant plus importante dans ces années 90 que l’opposition était dans la plénitude de sa force. Pour le pouvoir de Ould Taya, ce n’était pas une évidence d’avoir dans son escarcelle un grenier électoral aussi précieux que la région des deux Hodhs, notamment le Hodh Gharbi. D’où le rôle primordial que jouera MBaraka Mint Chah dans la main mise du parti-état dans la région.

En contrepartie, la dame de fer est parvenue à attirer d’importants investissements publics dans le domaine économique et social au profit des habitants du Hodh Gharbi. Elle était surtout celle qui a placé plusieurs cadres ressortissants de la région dans les fonctions d’Etat au cours des trois dernières décennies, grâce ses relations privilégiées avec le président Taya, « le fils obéissant » comme elle aimait l’interpeller. Pour elle, et jusqu’à sa mort, le règne de Ould Taya « fut celle de l’opulence et de la Baraka ». C’est le ventre noué d’angoisse et avec une grande tristesse qu’elle avait accueillie le coup d’état qui l’avait renversé en 2005, comme elle l’a avoué dans une interview avec le journal « Essiraj » en 2010. Selon elle, « c’en est fini de la Mauritanie après Ould Taya, je souhaite qu’il reste au Qatar ».

Pour revenir à l’histoire, MBarka Mint Chah dans sa jeunesse fut l’une des rares femmes à s’être intéressée au combat politique avant les indépendances. C’était à une époque où l’expression « combat politique » était encore absente du dictionnaire social, comme il était mal vu qu’une femme s’immisce dans le débat public, car selon l’entendement prégnant, c’était là uniquement affaire d’hommes.
Dans plusieurs entretiens, elle déclare avoir commencé l’action politique dans les années 1950. Elle avait à peine 20 ans. Elle dit avoir été arrêtée pendant trois jours en 1958 lors du référendum, populairement connu sous le nom « Oui Non ». En cela, elle est la première femme prisonnière de l’histoire politique de la Mauritanie.
A l’indépendance du pays, elle faisait partie des trois seules femmes présentes sous la tente du gouverneur général de l’AOF à Saint-Louis du Sénégal. Une présence féminine qui, selon elle, avait marqué les esprits car elles étaient les seules femmes dans une très grande assemblée d’hommes. Elle raconte avoir fêté dans la liesse l’indépendance du pays et l’intronisation du premier président de la République Islamique de Mauritanie, Me Mokhtar Ould Daddah.

Lors de sa première tournée dans sa ville natale, Aïoun, elle était à la tête de la délégation à l’accueil.

Ceux qui l’ont côtoyé la décrivent comme une femme douée d’un sens inouï de l’innovation spontanée, avec une mémoire forte et fulgurante, et une connaissance approfondie de la Mauritanie. MBarka Mint Chah était également foncièrement respectueuse de la notion de l’Etat, pour une femme qui n’a jamais fais les bancs. Avec le premier président de la République, Me Mokhtar Ould Daddah, elle était parvenue à tisser des relations très étroites et spéciales. Et ces relations avec le Père de la Nation, elle n’hésitait pas à les rappeler devant ses successeurs. Sur Mokhtar Ould Daddah à qui elle vouait un immense respect, elle disait avoir été sa conseillère, alors qu’elle militait au sein du PPM (parti du peuple mauritanien), du temps du monopartisme d’Etat. Bien que n’ayant pas partagé avec le président sa guerre du Sahara, elle affirme avoir été choquée au lendemain du coup d’état qui l’avait renversé en 1978. Pour elle « je ne pouvais pas concevoir la Mauritanie sans Mokhtar ».

Après Mokhtar et Maaouiya, MBaraka a toujours su conserver avec tous les présidents qui les ont succédés des relations privilégiées, Mohamed Khouna Haidalla, Ely Ould Mohamed Vall, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Mohamed Abdel Aziz. Sur Ould Haidalla, elle soutenait « c’est un bon président mais qui a commis beaucoup d’erreurs ».

Hélas, l’arrivée de Mohamed Abdel Aziz au pouvoir a coïncidé avec une MBarka Mint Chah vaincue par le poids des âges. Ce qui ne l’empêchera pas cependant d’assister à tous les grands évènements qu’a connu la région, même si sa présence se faisait de plus en plus rare, compte tenu de sa fragile santé. Dans son entretien avec « Essiraj », elle déclare soutenir Mohamed Abdel Aziz, et lui souhaite de réussir dans son entreprise pour le bien du pays. Mais l’énergie de ses actions passées ne sera plus la même

MBarka Mint Chah ne millita pas au sein de l’UPR, elle qui a accompagné tous les partis d’état. Son nom figure dans la liste du Conseil national du parti HATEM que dirige Salah Ould Hanana, un autre fils de la ville d’Aïoun qui a accompagné l’évolution politique et sociale de la « Première Dame du Hodh Gharbi ».
Le 17 mars 2016, la flamme de MBarak Mint Chah s’est éteinte, confiant dans les plis de l’histoire, l’épopée d’une Noria qui a longtemps marqué les esprits de son temps. Elle fut l’unique femme à percer dans une Mauritanie jadis connue sous le nom de la « Terre des hommes ».

Elle fait partie des pionniers de la lutte politique en Mauritanie et partage avec Boïdiel Ould Houmeid qui l’a fait pleurer, l’amour fidèle à Ould Taya. Boidiel avait écrit sur sa page facebook parlant de MBarka, « je l’ai connue lorsque je fus en charge du Hodh Gharbi pour le compte du PRDS. Elle avait fait avec moi la tournée de toute la région sans aucune trace de fatigue malgré son âge avancé. Elle avait le don de décrisper les atmosphères et de raccourcir les trajets par son humour irrésistible et ses anecdotes amusants sur ses combats politiques avant et après indépendance, en passant par les régimes militaires jusqu’à l’ère du pluralisme politique ».
MBarka Mint Chah est partie dans le silence des limbes, elle qui fut connue pour son air plaisantin, ses piques sarcastiques et sa grande modestie. Quelqu’un dirait à son propos « MBarka ne fait pas partie de ceux dont la disparition prend une dimension nationale, à cause de leur fortune ou de leur pouvoir, ou les deux à la fois ».

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