Droits de l’homme Le fardeau dérangeant de « Ould M’Kaïttir »

lundi 21 novembre 2016
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Ils étaient vendredi dernier à l’issue de la prière du jour, quelques 4000 personnes qui se dirigeaient vers la Présidence de la République, pour réclamer la mise à mort de Ould M’Khaïttir ». Une manifestation rudement réprimée par les forces de l’ordre…

Forts de l’accueil qui leur avait été réservé par le président de la République à l’issue de la marche qu’ils avaient organisé en 2014 après l’autodafé de Biram Ould Abeid, les représentants de courants religieux regroupés cette fois autour d’un forum de religieux, en auront eu cette fois pour leur engagement dans leurs interprétations des faits islamiques dans le pays. Juste après la prière du jour, près de 4000 mille personnes provenant de diverses parties de la ville s’étaient donné rendez-vous aux alentours de la mosquée saoudienne de la capitale. Parmi les manifestants, des érudits mais aussi et surtout, des jeunes filles et des jeunes garçons dont une très forte majorité provenait des quartiers périphériques de la capitale. Munis de banderoles dont le maître mot est d’appeler au jugement et à l’exécution pour apostasie, du jeune blogueur Ould M’Khaïttir, les manifestants devaient écouter deux discours prononcé par deux intervenants. Il s’agissait de revenir sur les termes utilisés par l’incriminé dans un article blasphématoire où il se serait attaqué frontalement au prophète Muhmammed (PSL) qu’il a accusé de partialité notamment à l’endroit de la caste des forgerons. Il s’agissait aussi pour les intervenants qui sont parvenus à ameuter la foule, d’exiger que soit exécutée la sentence prononcé par la cour pénale de Nouadhibou qui avait condamné à mort le prévenu lors de son premier jugement. Et pour les intervenants, l’appel interjeté par le condamné n’avait pas de raison d’être puisque d’emblée la sentence était connue de tous puisque édictée par la loi islamique d’avance. Remontés par les discours qu’ils venaient d’entendre et par les appels à la révolte face à un régime qui semblait hésitant dans le traitement de l’affaire en question, les manifestants ne tenaient plus sur leurs pieds. Comme des bêtes féroce qui plongeaient sur leurs proies, ils s’ébranlèrent en direction de la Présidence, dans l’espoir d’être reçus – comme ce fut le cas lors de la manifestation contre l’autodafé de Biram Ould Abeid- aux portes de la présidence de la République, par le chef de l’État en personne ! Mais c’était sans compter avec les forces de l’ordre qui avaient été dépêchées à l’avance sur leur chemin. A peine les manifestants auront-ils franchi une centaine de mètres que la police anti-émeute intervint. Les premières échauffourées entre es deux parties furent rudes du fait particulièrement de la conviction des manifestants, ou plus particulièrement de leur engagement, eux qui, encadrés par des érudits, qui les avaient persuadés qu’ils agissaient dans le cadre d’un Jihad, semblaient déterminés à résister, même au prix de leur vie. Finalement, pour venir à bout des marcheurs, la police dut employer les gros moyens en usant de grenades lacrymogènes mais aussi de matraques.
Après près de deux heures d’affrontements, le centre-ville de Nouakchott reprit peu à peu son calme. Avant de se disperser, les manifestants ont promis de ne pas baisser les bras et de revenir sur le terrain autant de fois que cela l’exigerait jusqu’à l’exécution de la sentence contre Ould M’Khaïttir.

Embarras.
Sans nul doute, le cas Ould M’Kaïttir semble être l’affaire qui a le plus dérangé le président Ould Abdel Aziz lors de ses deux mandats. En témoigne, les hésitations manifestes des pouvoirs publiques dans le traitement du dossier. En témoigne aussi la traîne observée dans la gestion du dossier par la justice mauritanienne. En témoigne encore, la répression vendredi dernier d’érudits ; une première qui pourrait marquer le changement de stratégie du gouvernement qui a été jusqu’à présent complaisant avec les islamistes sur ce dossier. En témoigne encore, les propos prêtés au Premier ministre, Yahya Ould Hademine, qui aurait promis de libérer l’auteur de l’article blasphématoire. De sures dignes de foi, le Chef du gouvernement a demandé, à ce propos, aux hommes politiques et religieux d’amadouer la rue et à la préparer à cette délivrance attendue
Et en témoigne enfin, la réunion convoquée ce même jour par le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Ould Ehel Daoud, qui a réuni plusieurs imams proches du pouvoir à son cabinet, dans le cadre d’une manœuvre visant à faire échec à l’initiative « des extrémistes » religieux qui appellent à l’exécution du blogueur.
En fait tout indique que le gouvernement n’a jamais été aussi embarrassé que dans le cas précis où il doit faire face, également, à la pression de sa population pressée de laver l’opprobre d’une part et de l’autre, une communauté internationale de plus en plus regardante sur les droits de l’homme dans le pays, et qui ne cache pas sa sympathie pour le bloggeur. Libérer Ould M’Khaïttir déclencherait la fureur des islamistes notamment la mouvance que le gouvernement semblait caresser dans le sens du poil depuis l’arrestation du jeune blogueur en décembre 2014, mais aussi, de très nombreuses franges de la population. Cela conduirait nécessairement ce denier à l’exil en occident où il serait totalement pris en charge. Et, porté en vedette tel Salman Rujdi, il pourrait être amené à commettre nombre d’impairs à l’endroit du Prophète Muhammed (PSL). Et dans le cas où le jeune libre, décidait de rester en Mauritanie, sa vie serait perpétuellement en danger quand on sait que pour nombre des manifestants de vendredi, le réprimander voire, l’exécuter relèverait d’un acte de foi ! Sa peine confirmée, le jeune n’est pas à l’abri d’une agression si ce n’est d’un assassinat dans la prison où il serait installé. Le cas échéant, il ne serait jamais exécuté, non pas parce que la tendance dans le pays, est de ne plus mettre fin à la vie des condamnés à mort, mais plus, l’occident n’apprécierait pas.
Il n’accepterait même pas. Et quand on sait la dépendance de la Mauritanie vis-à-vis e la communauté internationale, on mesure combien celle-ci pèse sur les décisions du pouvoir central dans le pays, notamment dans les questions relatives aux droits de l’homme.
En tout état de cause, malgré la pression de la rue, la sentence semble être dite par les pouvoirs publics : on se rappelle encore que dans un entretien avec des organes de presse occidentaux (français et espagnols) au début de l’année 2016, le président Mohamed Ould Abdel Aziz avait évoqué « la possibilité d’une solution » pour le cas du jeune blogueur. Interrogé sur la même affaire cette semaine, à l’occasion de son déplacement à l’intérieur du pays, le chef de l’Etat a répondu dans un langage modéré, laissant la porte ouverte à la non exécution de M’Kheitir.

JOB





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