Handicap et Covid-19 : une journée internationale annulée mais une volonté de forcer le destin

jeudi 10 décembre 2020
par  gonga
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Prévue jeudi 3 décembre 2020, la commémoration de la Journée internationale des personnes handicapées, célébrée cette année sous le thème « Une journée pour tous », a été annulée. Pour cause, l’interdiction de tout regroupement, décrétée par le gouvernement la veille lors du dernier conseil des ministres, face à une nouvelle vague de Covid-19. Mais le discours du président de la Fédération mauritanienne des associations nationales des personnes handicapées (FEMANPH) a été largement commenté par les membres qui ont fêté à leur manière cette journée, via les réseaux sociaux.

Pour cause de Covid-19, la Journée internationale des personnes handicapées n’a pas eu lieu comme d’habitude ce 3 décembre 2020. Néanmoins, la fédération a publié un communiqué dans lequel elle a magnifié les décisions importantes prises par le Chef de l’Etat, Mohamed Cheikh Ghazouani, au profit des handicapés à l’occasion de la célébration de l’indépendance nationale, le 28 novembre dernier. Il s’agit notamment de l’assurance maladie pour les personnes handicapées et les cash transferts au profit des enfants polyhandicapés. Le communiqué a rappelé l’inauguration par la Première Dame d’une unité d’éducation des enfants autistes à Nouadhibou, et l’extension de l’Ecole nationale de l’action sociale à Nouakchott, qui devra dispenser une éducation inclusive « cohérente et en harmonie avec les Objectifs du développement durables ODD« .

Mesures sociales fortes en faveur des handicapés

Dans le discours diffusé dans les médias traditionnels et les médias sociaux, le président de la Fédération mauritanienne des associations nationales des handicapées, Lehbous Ould El Id, a rappelé la résolution 47/3 de 1992 des Nations Unies instituant la Journée internationale des personnes handicapées. Il a souligné que cette journée vise à « promouvoir les droits et le bien-être des personnes handicapées dans toutes les sphères de la société et du développement et accroître la sensibilisation à leur situation particulière…« 

Il a également mis en exergue la prise en compte dans le programme du Président Ghazouani « Ewlewiyati » des personnes handicapées, soulignant que « 3.800 personnes handicapées ont été retenues pour bénéficier des projets générateurs de revenus », et que 1.000 personnes handicapées ont déjà bénéficié de crédits sans intérêts, remboursables en 24 mois, avec 6 mois de délai de grâce. Il a aussi mentionné « l’important accompagnement de l’UNFPA dans le cadre de la campagne de distributions de kits d’hygiène contre la Covid-19 » mais aussi « le financement d’activités au profit des femmes handicapées à travers la distribution de kits d’accouchement, la mise en place d’un programme de planification familiale, de consultations gratuites et de distributions de médicaments, en appui aux services de santé à Nouakchott ». Il s’est félicité des décisions prises par le Président de la République à l’occasion du 60ème anniversaire de l’indépendance nationale au profit des personnes handicapées.

Lehbouss Ould El Id a toutefois déploré l’absence d’inclusivité des programmes de développement, soulignant qu’ils nécessitent une nouvelle orientation. Aussi, il a préconisé la redynamisation du « Conseil national multisectoriel pour la promotion des personnes handicapées, pour lui permettre de jouer pleinement son rôle en tant qu’organe consultatif pour la mise en œuvre des engagements du gouvernement dans le domaine« .

L’état-civil, un frein à l’accès aux services de base

Dans le mot qu’il a prononcé, le Représentant résident du fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, a félicité le président de la Fédération des personnes handicapées et son équipe, le Secrétaire général et tous les présidents d’associations membres pour leur combat quotidien en faveur des filles, des femmes et des hommes pour un meilleur accès au bien-être. Selon lui, « l’Etat-civil constitue une des difficultés auxquelles sont confrontées les personnes vivants avec un handicap pour avoir accès à la facilité mise en place par le gouvernement pour la couverture maladie, d’où la campagne soutenue par l’UNFPA pour sensibiliser l’ensemble des membres à l’enregistrement des naissances et des différents faits d’état-civil, et accéder à la carte nationale d’identité ».

S’agissant des mesures préventives contre le Covid-19, le représentant résident de l’UNFPA a tenu à rappeler les actions conjointes menées avec le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF) et le Ministère de la Santé pour soutenir la Fédération des personnes handicapées. « C’est ainsi que nous avons développé ensemble une campagne spécifique de planification familiale au profit des couples et une campagne pour l’accès aux accouchements assistés dans les centres de santé de l’Etat« , a-t-il rappelé. Mais aussi, les actions dans le domaine de l’urgence humanitaire, y inclus le Covid-19, « pour prendre en compte les besoins des personnes vivant avec un handicap impactées par les inondations dans les régions de Rosso, Sélibaby et d’autres localités, afin que dans toutes les initiatives, elles ne soient pas oubliées« .

Pour SEM. Saidou Kaboré, « les personnes vivant avec un handicap ont les mêmes droits que toutes les autres franges de la population, comme l’affirme la Convention relative aux droits des personnes handicapées ». Il a affirmé que pour l’UNFPA, « tous les pays devraient avoir des politiques et des programmes en faveur d’une santé de la reproduction pleinement inclusive, afin que les personnes vivants avec un handicap puissent y avoir accès« . Selon lui, l’ensemble des agences du système des Nations Unies en Mauritanie œuvrent au côté du gouvernement pour répondre aux besoins des personnes vivant avec un handicap.

A noter que lors de sa déclaration, la directrice exécutive de l’UNFPA, Dr. Nathalia Kanem, a rappelé que « plus d’un milliard de personnes, c’est le nombre de personnes vivant avec un handicap dans le monde aujourd’hui », citant les handicaps non apparents, comme les troubles d’apprentissage, les troubles mentaux, par exemple, qui peuvent selon elle « empêcher une participation pleine et effective à la société« . A l’occasion de cette journée, a-t-elle déclaré, « nous nous engageons à construire un monde accessible à tous » et pour en faire une réalité, « il faut supprimer les barrières persistantes qui en excluent encore beaucoup ».

Réaliser ses droits et ses choix, avoir accès aux services, ouvrir l’égalité des chances de vivre et de prospérer, débarrasser les sociétés de la stigmatisation et de la discrimination auxquelles les personnes handicapées sont trop souvent confrontées… Autant de questions et de pistes de réflexion que la directrice exécutive a ouvertes dans le message qu’elle a adressé au monde, surtout en cette période de Covid-19, qui a imposé des charges supplémentaires aux personnes handicapée.

Témoignages

Abdallahi Oumar Sy, 61 ans, non voyant

« Père de 5 enfants, j’ai été frappé de cécité à partir de 2002-2003, année où j’ai rejoins l’Association des personnes handicapées. Auparavant, je travaillais à la SNIM, qui m’a remercié quand j’ai commencé à avoir des problèmes de vision à partir de 1992. J’ai bataillé dur, jusqu’à fin 2019, pour avoir droit à une pension de retraite avec laquelle je fais vivre ma famille dans le quartier Dar-El Beida à Nouakchott. Ma femme tient un petit commerce de « balbastic » (sachet de lait, bissap ou pain de singe en liquide congelé). Quant à moi, j’ai obtenu une aide de l’Etat, un montant de 30.000 MRU avec lequel j’ai monté un projet de poulailler. Mais j’ai besoin d’un espace pour ce commerce, car il est incommodant de vivre dans une maison exigüe avec des poules. Je profite de l’occasion pour remercier le président Ghazouani pour le geste important envers les retraités dont la pension a été doublée à l’occasion de la célébration de l’indépendance nationale. J’ai un seul reproche à faire aux agences des Nations Unies. Elles doivent donner l’exemple en recrutant les personnes vivant avec un handicap ».

Aminetou Mohamed Mokhtar, 41 ans, présidente du Regroupement des femmes handicapées

« Je suis célibataire endurcie, donc sans enfant, mais j’ai des frères et des sœurs en charge. Je suis archiviste à la Primature, à la Coordination à l’action gouvernementale où je travaille depuis 2017, avec un salaire minime, moins de 10.000 MRU. Je fais partie des 100 personnes handicapées formées puis recrutées par la fonction publique. Il faut dire que les personnes handicapées sont celles qui souffrent le plus des impacts du Covid-19, notamment avec les multiples restrictions qui peuvent les empêcher de poursuivre leurs activités, comme ce fut le cas lors de la période du confinement. Nous avions prévu de faire beaucoup d’activités lors de la célébration de la Journée internationale qui vient d’être annulée, mais nous avons discuté amplement sur nos réseaux sociaux. Nous avons aussi apprécié le geste du président de la République Ghazouani, notamment par rapport à la prise en charge santé et les cash transferts au profit des enfants ayant plusieurs handicaps. Nous demandons à l’Etat de traiter les fonctionnaires handicapés comme tout le monde, avec des salaires décents et surtout des promotions, car on ne peut pas rester stagnant dans la même fonction au moment où les autres avancent et trouvent des promotions. Je demande aux partenaires de financer les personnes handicapées pour leur permettre de développer des activités, mais pas avec de petits montants, qui ne servent réellement pas leurs ambitions. Imaginez des financements qui dépassent rarement 30.000 MRU pour un regroupement qui compte 800 femmes, dont la plupart sont des femmes divorcées avec enfants en charge !« 

Bineta Moussa Sow, licence en sociologie, Université Al Asrya de Nouakchott

« Je ne suis pas handicapée mais c’est tout comme, car en tant que jeune file célibataire, je supporte deux sœurs non voyantes et un frère handicapé physique. Ce qui fait que j’évolue dans le monde des personnes vivant avec un handicap, j’assiste à toutes leurs activités. Licenciée en sociologie, sans travail, j’habite au PK 9 avec ma petite famille dans une situation difficile. Avec un appui du GRDR, j’ai initié un projet de fabrication de savon traditionnel qui peine à décoller, à cause de manque de moyens et de soutien, mais aussi d’écoulement. Je demande à l’Etat et aux partenaires d’appuyer les jeunes et les porteurs de projets qui n’ont pas la chance d’avoir accès à des financements publics ou privés  ».

Cheikh Aidara





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