Les Mauritaniens à l’étranger, étude exploratoire sur leur présence, leurs conditions de vie et de travail

vendredi 19 février 2021
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France, Sénégal, Mali, Gambie et Côte d’Ivoire. Cinq pays d’accueil de fortes communautés mauritaniennes ciblées par une étude, première du genre en Mauritanie, menée par le Projet d’Appui à la Migration Equitable pour le Maghreb (AMEM) du Bureau International du Travail (BIT), sur financement de l’Agence italienne de coopération pour le développement. L’objectif, fournir des données sur la présence, les conditions de vie et de travail des migrants mauritaniens à l’étranger en vue de renforcer leur protection tout au long de leur cycle migratoire. Une restitution des résultats de l’étude a eu lieu le 11 février 2021 à Nouakchott.

Comment les Mauritaniens et leurs familles établis en France, au Sénégal, au Mali, en Gambie et en Côte d’Ivoire, vivent-ils ? Comment travaillent-ils ? Autant de questions auxquelles l’étude menée par le projet AMEM du BIT sur financement de la coopération italienne compte apporter des réponses.

Les résultats de l’étude, menée par le consultant du BIT ; M. Isselmou Ould Taleb ; avec l’aide de points focaux installés dans ces cinq pays, ont été en effet partagés lors d’un atelier de restitution qui a eu lieu jeudi 11 février 2021 à Nouakchott, en présence des mandants de l’OIT (Etat, syndicats et Patronat), des organisations internationales et la société civile.

Etat et BIT, même combat pour la gouvernance migratoire

L’état mauritanien, tout comme le BIT, tiennent à la bonne gouvernance dans le domaine de la migration, et de la migration du travail en particulier. C’est un point essentiel qui ressort dans le discours que le ministre de la Fonction Publique, du Travail et de la Modernisation de l’Administration, Son Excellence Monsieur Camara Saloum Mohamed, a mis en exergue, lors de l’ouverture des travaux.

Il a évoqué la Convention 143 que la Mauritanie a ratifiée, soulignant que « cette restitution explique largement l’engagement des autorités mauritaniennes, et à leur tête le président de la République et son premier ministre, dans une réelle gouvernance de la migration et son harmonisation avec les textes nationaux ». Il a ajouté que « le déroulement de cet atelier n’est qu’une adaptation de notre législation à toutes les conventions bilatérales ou multilatérales que la Mauritanie a signées ou ratifiées  ».

Selon lui, « notre participation à cet atelier souscrit aux engagements que le président de la République a pris par rapport à la couverture et à la protection efficiente des droits des migrants en Mauritanie et des droits des Mauritaniens à l’étranger »

Le Coordinateur du Projet Bridge et représentant du BIT Alger qui couvre le Maghreb (Algérie, Mauritanie, Maroc, Libye, Tunisie), M. Marc Ninerola, avait auparavant remercié le Ministère de la Fonction Publique, en sa qualité de chef de file des activités du BIT en lien avec la migration au travail.

Il s’agit, selon lui, de l’implication du département,« à travers la Direction générale du travail ». Celui-ci participe« à la mise en œuvre de toutes les études et enquêtes en lien avec l’amélioration de la base de connaissances, des systèmes d’informations, des statistiques nationales, sur la migration du travail depuis et vers la Mauritanie  »a-t-il affirmé.

D’après Marc Ninerola, cela concerne les données statistiques et administratives au niveau national et international de ces travailleurs qui viennent en Mauritanie et des Mauritaniens qui partent à l’étranger. Il a cité dans ce cadre l’étude sur la présence, les conditions de vie et de travail des Mauritaniens à l’étranger, objet de l’atelier.

Selon Marc Ninerola, « comme dans la plupart des pays de la sous-région, la problématique de l’emploi croise celle de la migration », précisant que « la Mauritanie porte légitimement une attention particulière à la gouvernance de la migration, et c’est pourquoi nous sommes aujourd’hui ici ». Il rappelle que la Mauritanie a ratifié en 2019, la Convention 143 sur les travailleurs migrants, pour la lutte contre les abus et la promotion de l’égalité des chances et de traitement des travailleurs migrants.

Il a souligné que « le contexte lié à l’évolution de la pandémie Covid-19, avec ses répercussions sur les travailleurs migrants en tant que groupe vulnérable, rappelle toute la pertinence de l’approche du gouvernement mauritanien de se doter d’un arsenal juridique et de développer des services pour les processus migratoires de plus en plus équitables, assurant la protection pour tous les travailleurs migrants au départ et à l’arrivée en Mauritanie ».

Il s’est réjoui enfin de voir cet atelier marquer le début d’un processus de réflexion pour la mise à niveau de la législation mauritanienne et du lancement d’une campagne de communication autour de la Convention 143, conformément aux recommandations qui ressortiront de cet atelier et que le BIT à Alger suivra avec une attention toute particulière.

La précarité extrême des migrants mauritaniens à l’étranger

Dans sa restitution des résultats de l’enquête sur la présence, les conditions de vie et de travail des travailleurs migrants mauritaniens en France, Gambie, Sénégal, Mali et Côte d’Ivoire, M. Isselmou Ould Taleb, Consultant du BIT chargé de l’étude,a souligné que les trois quarts des migrants mauritaniens vivent dans la précarité dans ces pays d’accueil. Le tiers est sans travail car ne disposant pas de permis de séjour. Près de 94% ne sont pas couverts par une sécurité sociale, avec une faible syndicalisation (6% sont syndiqués). L’écrasante majorité n’a jamais fréquenté l’école moderne et n’a suivi qu’un enseignement traditionnel (mahadra).

C’est surtout par rapport à la pandémie de la Covid-19 où cette précarité est plus prégnante selon le consultant. En matière d’impact de la Covid-19, 16% des migrants mauritaniens déclarent avoir perdu leur emploi, 13% se disent inquiets pour l’avenir de leur emploi, près de la moitié estime que les conditions de travail sont devenues mauvaises.

Cependant, 80% des migrants considèrent que le transfert des fonds vers la Mauritanie n’a pas été affectés par la Covid-19. Près de deux tiers (2/3) jugent que la Covid-19 a impacté négativement leur épargne. Près de 40% ont déclaré une cessation de leur activité.

Recherche d’emploi, la première cause de migration des Mauritaniens

L’étude qui a porté sur un échantillon de 5.000 personnes réparties entre les cinq pays, a presque corroboré, selon le consultant, les données du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH 2013) qui ont révélé, sur les motifs de la migration, que 40% des Mauritaniens vont à l’étranger à la recherche de l’emploi, 14% pour des études et 12% pour cause de regroupement familial.

L’étude donne également un aperçu sur la composition de cette migration (80% hommes et 20% femmes), sur leur âge, (80% ont entre 21 et 49 ans), sur les transferts d’argent vers la Mauritanie, avec prédominance du système traditionnel d’envoi (parents, amis), au détriment des transferts bancaires très minime.

Des données ont également été fournies par l’étude sur la sécurité et la discrimination, la plupart des migrants mauritaniens se déclarant en sécurité et non discriminé dans leur pays d’accueil.

Au début de son intervention, le consultant s’était étalé sur l’organisation et la méthodologie de l’enquête, mais aussi sur les difficultés rencontrées au cours de la mission.

Parmi ces difficultés, un contexte marqué par l’absence de données statistiques ou administratives coordonnées et fiables dans le domaine de la migration, et de la migration du travail en particulier, aussi bien pour les étrangers établis en Mauritanie que pour les Mauritaniens installés à l’étranger. Même déficit pour les analyses des données en rapport avec celles du marché du travail. «  Ces données sont quasi inexistantes » affirme-t-il. Pas d’institutions chargées de la collecte régulière et périodique de données qualitatives et quantitatives sur les travailleurs migrants en transit, immigrés ou émigrés. Insuffisance et peu de produits fournis par la coordination en matière de la stratégie nationale de l’emploi et de la stratégie de gestion des migrations. Absence de cadre légal de régulation des agences privées de recrutement ou de placement à l’international. Absence de dispositif pénal dissuasif de lutte contre la traite. Insuffisante implication des partenaires sociaux dans la gestion de la stratégie nationale de la migration à travers le dialogue sociale tripartite.

« Tenant compte de cette situation telle que décrite dans le cadre des constats de l’étude, quelles pistes d’amélioration peut-on envisager pour améliorer la situation ?  » s’est interrogé le consultant.

Traçant certaines pistes, il déclare nécessaire de renforcer la prise en charge et la protection des travailleurs migrants mauritaniens et les membres de leur famille tout au long de leur cycle migratoire. Car, sur les questions essentielles de conditions de vie, selon lui, les Mauritaniens dans ces cinq pays vivent dans la précarité.

Il faut aussi, ajoute-t-il en substance, mettre en œuvre une politique migratoire équitable. Mais également, renforcer les capacités des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux pour gérer la migration au travail. Il estime que les Mauritaniens à l’étranger sont mal encadrés. Il s’agit enfin, souligne Isselmou Ould Taleb, d’assurer un paquet minimum de protection des droits des travailleurs mauritaniens à l’étranger, d’autant plus que seuls 6% sont affiliés à la sécurité sociale.

Plusieurs interventions ont enrichi les débats et les participants ont avancé des recommandations qui viendront compléter les données de l’étude dont les résultats définitifs sont attendus par tous les acteurs.

Avaient pris part à la rencontre plusieurs cadres du Ministère du Travail, notamment le Secrétaire général, le Directeur général du Travail et le directeur de la Migration, des cadres du Ministère des Affaires Sociales, des Affaires Etrangères, de l’Intérieur, de la Caisse nationale de sécurité sociale, de l’Agence « Tech Ghil » ex-Anapej, l’Office national de la Statistique, les syndicats (UTM, CGTM, CLTM et CNTM), le Patronat, l’OIM et l’AMDH, en plus des personnes ressources du BIT.

Cheikh Aïdara





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