Portrait : Yacoub Ould Ethmane, handicapé, tailleur et véritable « Chef »

jeudi 31 décembre 2020
popularité : 0%

Assis dans son atelier de couture, situé près du marché de Médine à Rosso, Yacoub Ould Ethmane est un véritable « Chef ». Ce n’est pas pour rien qu’il tient d’une main de fer depuis plusieurs années la section de la Fédération mauritanienne des personnes handicapées au niveau de la Wilaya du Trarza. Certains lui trouvent même un zeste de petit dictateur qu’il traîne au sein de la corporation.

« Il faut parfois être dur et intransigeant pour faire respecter la discipline  » se défend-il. Il souligne avec fierté, «  aujourd’hui, je peux m’enorgueillir et dire sans risque d’être contredit que tu ne trouveras pas un seul handicapé mendiant dans la ville de Rosso. Je suis parvenu à négocier avec la commune des contrats de gardiennage à leur profit pour surveiller les points d’ordure. C’est pourquoi Rosso est aujourd’hui une ville propre. D’autres travaillent dans d’autres emplois au sein de la mairie ou exercent comme moi leur propre métier ».

L’atelier de Yacoub ne désemplit jamais, surtout quand il y a quelque chose à distribuer, comme en cette fin d’année 2020. En effet, Yacoub et son équipe ont déchargé le 21 décembre dernier auprès de la Délégation régionale de l’Association mauritanienne pour la promotion de la famille (AMPF), un lot de 400 nattes, couvertures et kits de dignité au profit des femmes. Un don du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

Né en 1967 à Rosso, Yacoub était pourtant un enfant alerte qui courait sur ses deux jambes, jusqu’à l’âge de 5 ans, où il fut frappé par la poliomyélite. Ses parents se sont dépensés pendant quatre années et ont tapé aux portes de toutes les structures de santé et de tous les marabouts. En vain. Le petit Yacoub poursuivra par la suite une vie presque normale malgré ce nouvel handicap.

Il fit des études et parvint même à décrocher un certificat d’études, mais n’a pas pu trouver un emploi dans le secteur public. « A cause de mon handicap, je n’ai pas pu décrocher du travail au sein de l’appareil de l’Etat  » regrette-t-il. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Yacoub apprit un métier, celui de fabriquant de chaussures, puis celui de tailleur. Il s’y spécialisa. Il se fit ainsi un nom dans le monde de la couture. Femmes, enfants et hommes se bousculent dans son atelier.

Beaucoup d’handicapés, assis sur leur fauteuil roulant ou s’appuyant sur des béquilles sont aussi là, obstruant presque l’une des entrées de l’atelier. Des jeunes filles aussi et des hommes bien portants, entourant Yacoub. « Chacune de ces personnes que tu vois ont un handicapé chez elles. Elles ont entendu parler du don du FNUAP, mais beaucoup ne sont pas inscrits sur la liste des bénéficiaires. Nous ne pouvons pas satisfaire toutes les demandes  » commente-t-il.

Revenant sur son travail de tailleur, il poursuit, «  je fais des complets, habits, chapeaux et chaussures du même ton  ». Yacoub est aujourd’hui un homme comblé. Il habite dans sa propre maison. Il s’est marié, père de quatre enfants. Les ambitions venant parallèlement à la réussite sociale, Yacoub n’eut aucune peine à remporter il y a de cela quelques années, les élections à la tête de la section de la Fédération mauritanienne des personnes handicapées au niveau de la Wilaya du Trarza.

« Il y avait plein d’ordures dans toutes les rues de Rosso. Après une grande campagne d’assainissement menée par la commune, j’ai proposé au maire de recruter des handicapés pour surveiller les points de dépôts d’ordures pour que personne n’y vienne plus jeter ses saletés. J’ai expliqué au maire que cela allait grandement contribuer à l’insertion des personnes handicapées Et cela a marché. Rosso est devenu plus propre et la frange des handicapés a trouvé un revenu stable qui l’éloigne des trottoirs, des marchés et des garages où elle quémandait sa pitance. Ils ont même créé un groupe d’hygiène qui s’occupe aussi de la propreté des marchés. Par ce biais, nous avons mis fin à la mendicité au sein de la frange » conclut-il avec emphase.

Cheikh Aïdara





Commentaires



New Page 1

Le Journal



   Politique  

Crever l’abcès

--------------------------

Du refus du dialogue… politique

--------------------------

Protéger les travailleurs migrants depuis et vers la (...)

--------------------------


   Economie  

Les dépotoirs de Nouakchott, les incidents de Tivirit (...)

--------------------------

Des routes, des ponts et de l’emploi, l’ambitieux (...)

--------------------------

Lancement de la première enquête sur la protection (...)

--------------------------


   Social  

L’heure est au partage du gâteau

--------------------------

Arafat ne veut pas de ses nouveau-nés

--------------------------


   Culture  

« Traversées Mauritanides » lance sa 2ème édition « Hiver (...)

--------------------------

« Décolonisation », le film de Karim Miské en avant (...)

--------------------------


   International  

Joe Biden élu président des États-Unis

--------------------------

Mali : Ibrahim Boubacar Keïta libéré ce jeudi à 3 h du (...)

--------------------------


   Médias  

Covid-19 : l’initiative Covax pour vacciner les pays (...)

--------------------------

Pandémie du covid-19 La Mauritanie se porterait (...)

--------------------------


   Sport  

CAN U 20 : la Mauritanie perd sur le fil face à (...)

--------------------------

CAN U-20, la Mauritanie face au défi Ougandais

--------------------------